Les discothèques et le monde du spectacle les plus touchés

Les exploitants de discothèques ont vu s'évanouir la quasi totalité de leur chiffre d'affaires entre la mi-mars et fin septembre. ©BELGAIMAGE

Après les boîtes de nuit, les secteurs d'activité liés aux spectacles accusent les plus fortes chutes de revenus dues à la crise, devant l'horeca, selon Graydon.

Les exploitants de discothèques sont les plus grands perdants de la crise en Belgique avec une chute de 96% de leur chiffre d'affaires entre le début mars et la fin septembre. Le secteur devance les activités foraines et celles liées au monde du spectacle (chute de 88% dans les deux cas), selon l'analyse de Graydon. A l'autre extrémité de l'échelle, ce sont les compagnies d'assurance vie qui s'en sortent le mieux, avec une progression estimée à 12% de leurs revenus.

Pour évaluer l'état de résistance des différents secteurs de l'économie face à la pandémie et aux mesures sanitaires, Graydon a délaissé l'analyse traditionnelle, impraticable à ce stade (comptes annuels...), pour se concentrer sur les sources dont il dispose et qui peuvent faire l'objet de mises à jour régulières à courte échéance. Il faut savoir que le spécialiste de l’analyse des données d’affaires a développé un système d'évaluation des expériences de paiement de plusieurs milliers d'entreprises, qu'il alimente en enregistrant les factures payées par celles-ci.

Par trimestre, cela représente un volume de 1,25 million de factures qui passent sous le radar de ses enquêteurs. "Depuis la fin mars, on a observé que le volume et les montants des factures diminuent", souligne Eric Van den Broele, son directeur R&D. Son équipe a eu l'idée de comparer cela avec l'évolution des déclarations TVA et a recherché des corrélations entre les deux sources d'informations et les chiffres d'affaires en remontant jusqu'à dix ans dans le passé.

Avec une heureuse surprise au bout du compte; la corrélation s'est avérée très élevée. Ne restait plus qu'à appliquer le modèle aux entreprises sur les mois difficiles de 2020 et à soumettre les premiers résultats à quelques experts tiers, pour jauger leur pertinence. Deuxième bonne surprise, ceux-ci les ont validés. On peut donc en tirer des conclusions intéressantes, non sans rappeler qu'il s'agit d'estimations, pas de chiffres exacts. Graydon a par ailleurs travaillé sur la base de la classification des secteurs d'activités économiques NACE BEL, telle qu'utilisée par le SPF Economie. L'Echo a respecté ce choix mais agglutiné les secteurs par regroupement d'activités proches. Les données concernent la période allant du début du lockdown à la mi-mars jusqu'au 30 septembre 2020.

Dans l'horeca, les cafés et les restaurants paient tous deux un tribut comparable à la crise avec des chutes de revenus s'étageant de 72 à 83%.

Des chutes de 80 à 96%

Les discothèques y apparaissent les plus mal loties (-96%), ce qui ne surprendra pas puisque leurs activités sont à l'arrêt depuis le lockdown décrété le 17 mars. Les forains, contraints à l'arrêt puis limités à une portion de leurs actvités, les suivent de peu, avec des revenus en chute de 88%. Viennent ensuite les différents métiers liés aux spectacles, avec des baisses de 86 à 88%: spectacles vivants, décors, sons, arrtistes indépendants, créations, gestion des salles de théâtre et de centres culturels, etc. Le milieu du cinéma évolue sur un terrain un rien plus solide: la production de films fait -75%, mais le secteur des projections (salles) limite la casse à -68%.

L'univers du sport et l'horeca se disputent, si l'on ose dire, la quatrième place de ce classement un rien macabre, avec des chiffres d'affaires contractés de 76 à 80%. Les activités liées au football accusent par exemple une baisse de 80%, celles liées au tennis de 78%. Dans l'horeca, les cafés et les restaurants paient tous deux un tribut comparable à la crise, des chutes s'étageant de 72 à 83%, ce qui s'explique par la période couverte: jusque fin septembre, soit avant les mesures de fermeture visant les seuls cafés. Les hôtels s'en sortent un peu mieux, avec -64%. Les centres et villages de vacances ont perdu, eux, 71% de leurs revenus.

Le tatouage n'a plus la cote

Le transport aérien de passagers a perdu les trois quarts de ses revenus (76%). Il est plus lourdement atteint que les agences de voyages et voyagistes (-65%). A noter aussi la baisse de 58% du secteur du transport maritime de passagers, sans doute plus anecdotique en termes de clients et d'emplois concernés. Dans le même environnement de baisse, on épinglera les entreprises de tatouage et piercing (-73%), une évolution logique vu la proximité de contact que cela induit, et les services de soins aux animaux de compagnie (hors vétérinaires, -63%).

De nombreux autres secteurs ont vu leurs rentrées érodées d'un peu moins de 50% sur la période. C'est notamment le cas du travail intérimaire (-44%) et des agences de placement (-47%): important à relever, car il s'agit d'une activité qui sert traditionnellement de soupape lors des débuts et les sorties de crise.

-75%
évolution du chiffre d'affaires de l'aérien de mi-mars à fin septembre
Le secteur du transport aérien (passagers) paie un lourd tribut à la crise en termes de revenus.

Il y a aussi des gagnants

En regard de ce chapelet d'informations préoccupantes, l'analyse de Graydon permet aussi d'identifier les secteurs qui ont continué de progresser malgré la crise ou qui ont fait un prometteur surplace. Les assureurs s'y distinguent avec ceux spécialisés dans la branche vie en pointe (+12%), devant les caisses de retraite (+6%), la réassurance (+4,7%) et les compagnies multibranches (qui font vie et non-vie, +4,7%). Les activités de factoring (rachat de créances) se distinguent aussi avec une progression de 4,7%, qu'on peut sans doute justifier ici par la mauvaise conjoncture.

Quelques secteurs sans beaucoup de contenu (peu d'entreprises, peu d'emplois) apparaissent dans la colonne des gagnants de la crise. On citera ainsi pour mémoire le commerce de gros de tabac (+6%) et l'extraction de gaz naturel (+4,7%). Plus interpellante, la relativement faible hausse du "commerce de détail par internet", autrement dit du commerce en ligne: +2,4% seulement, alors que d'autres sources de données le citent comme un des principaux bénéficiaires du moment. Mais peut-être faut-il remettre en cause ici la classification NACE: il y a de fortes chances que l'ensemble des entreprises impliquées dans le e-commerce débordent le cadre du code 47910! Ne serait-ce que parce que nombre de détaillants viennent de se mettre au business en ligne...

Quant aux banques, aux institutions de crédit, aux sociétés de Bourse, aux holdings et aux fonds, ils font moins bien que les assureurs, mais ils oscillent entre le statu quo et de légères baisses, de l'ordre de quelques pourcent. Rien d'inquiétant pour eux, à ce stade.

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