"Les entreprises ne font rien avec des données qui valent de l'or"

©Tineke De Vos

Esoptra, une start-up anversoise pionnière dans l’exploitation des données permet aux entreprises de valoriser les données inexploitées qu’elles possèdent déjà.

Paul Carpentier et son associé Jan Van Riel ne ressemblent pas au cliché des spécialistes de la donnée. Les cheveux gris et le costume bien taillé, ils sont pourtant à la tête de l’une des start-up les plus prometteuses en la matière. Esoptra vient de clôturer une levée de fonds de 2,4 millions d’euros et totalise déjà plus de 4,5 millions d’euros levés en deux ans. Même si ce n’est pas une garantie de succès, les deux fondateurs semblent bien armés pour un marché très spécifique et extrêmement concurrentiel.

Si Esoptra s’est spécialisée dans la valorisation de données, ce n’est pas par hasard. Les deux fondateurs sont des vieux briscards du secteur: il s’agit de leur sixième start-up. Ils sont notamment à la base de Gnosis, Wave Research, FilePool et Caringo. Leur plus gros fait d’armes restant la vente de FilePool au géant américain Dell EMC en 2001 pour 50 millions de dollars.

Des données peu ou mal exploitées

"Les données sont devenues l’équivalent d’une mine d’or pour une entreprise. Beaucoup l’ont compris maintenant et en collectent donc de plus en plus, nous explique Paul Carpentier, PDG d’Esoptra. Mais trop peu de cet or accumulé est exploité rapidement et de manière rentable. C’est précisément là que réside la force de notre plateforme." La start-up anversoise se concentre sur les données déjà présentes au sein des entreprises, mais qui sont mal exploitées ou carrément inutilisées. "Les entreprises ne se rendent pas compte de la valeur des données qu’elles possèdent. Elles ne font rien avec des données qui valent de l’or", ajoute-t-il.

Si la start-up est quasi inconnue hors de l’écosystème des spécialistes du secteur, elle est pourtant présente dans les rayons des supermarchés Carrefour. Elle a développé une solution avec la société de certification Vinçotte qui permet à chaque consommateur de retracer l’origine détaillée d’un morceau de viande vendu par la marque Carrefour Belgique sur la base d’un code QR présent sur l’emballage. Marco Croon, PDG de Vinçotte, explique l’utilité de cette innovation: "Grâce à cette solution de traçabilité, les acteurs impliqués peuvent réagir plus rapidement et plus précisément aux éventuels problèmes dans la chaîne d’approvisionnement, garantissant ainsi une meilleure sécurité alimentaire globale." Hormis cet exemple grand public, la start-up se concentre majoritairement sur des projets entre entreprises.

Elle propose une boîte à outil modulable en fonction des besoins. Le but est de proposer une valorisation rapide et concrète des données possédées par l’entreprise. Encore faut-il pour cela que cette dernière soit consciente de son patrimoine en la matière. Ce qui est rarement le cas, selon les deux fondateurs de la start-up. Un problème auquel Esoptra doit faire face régulièrement et qui peut potentiellement freiner son développement.

La start-up anversoise fait partie d’une mouvance appelée DataOps. Un terme un peu barbare pour définir un ensemble de pratiques liées à l’utilisation des données. Les entreprises actives dans ce domaine ont pour but d’améliorer et d’optimiser le cycle de vie des projets liés aux données en matière de rapidité, de qualité et de rentabilité. Ce concept business est né suite au constat, notamment chiffré par Gartner, que 8 projets sur 10 impliquant l’utilisation de données ne passent pas l’étape de production. Une véritable opportunité business dans laquelle se sont insérés Paul Carpentier et Jan Van Riel.

Les héritiers de Showpad et Collibra?

Avec cette augmentation de capital de 2,4 millions d’euros, deux noms bien connus rejoignent le conseil d’administration de Esoptra: Omar Mohout, figure iconique de l’écosystème technologique flamand, ainsi que Pieter-Jan Mermans, cofondateur de la société de récupération d’énergie REstore acquise par Centrica en 2017.

Esoptra avait déjà levé près de 2 millions d’euros auprès d’entrepreneurs et business angels belges et de l’Agence flamande pour l’innovation et l’entreprise (Vlaio). L’opération actuelle inclut la conversion de 1 million d’euros de prêt convertible ainsi que 1,4 million d’euros de capital. "En 2020, nous voulons attaquer les Etats-Unis, marché de référence dans notre domaine", avec l’ambition de répéter les récents succès de Collibra et Showpad. Une ambition logique et saine mais qui demandera l’arrivée dans l’année qui vient d’un financement beaucoup plus important. La start-up va donc mettre l’accent sur le marketing et la promotion de sa solution dans les prochains mois pour se faire remarquer auprès d’un potentiel gros investisseur "américain de préférence" pour pouvoir atteindre ses objectifs.

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