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Les entreprises s’arment face à l'arrivée des quarantaines

Le secteur de la construction craint particulièrement que les absences se multiplient et demande aux clients de la compréhension sur les délais. ©BELGA

Avec les quarantaines de 10 jours, de nombreuses entreprises doivent s'organiser pour s'assurer qu'elles pourront faire tourner la boutique dans les prochaines semaines.

C’est pour l’instant un problème qui n’est pas encore présent dans tous les secteurs, mais c’est déjà un problème. Avec la crise du coronavirus, de plus en plus d’entreprises font face à une augmentation des absents sur les chaînes de production, de logistique, etc. Dans les semaines qui viennent, la situation ne devrait pas s'améliorer. Beaucoup commencent à se poser la question : comment vont-ils faire tourner la boutique malgré la multiplication des quarantaines ?

"Il y a des craintes que la situation se détériore. Quand on voit les contaminations, elles arrivent aussi en entreprise. De plus en plus de gens se retrouvent malades ou en quarantaine. Aujourd’hui, les manques sont encore gérables, mais à la vitesse où vont les chiffres cela va devenir compliqué dans une à deux semaines", confirme Marc Lambotte, CEO d’Agoria.

Beaucoup commencent à se poser la question : comment vont-ils faire tourner la boutique malgré la multiplication des quarantaines ?

Dans certaines entreprises, il ne faudra pas attendre deux semaines. Il nous revient que c’est par exemple le cas chez Audi Brussels, qui lutte pour maintenir son niveau de production alors que le nombre d’absents y est conséquent.

2,15%
de la population active
Selon les calculs de la Confédération Construction, 2,15 % de la population active devra observer une quarantaine d'une dizaine de jours.

L’industrie au sens large redoute donc des problèmes de production.  Il s'agirait "d'une préoccupation majeure pour l'industrie chimique. Probablement que la plupart des problèmes surviendraient dans les provinces de Liège et de Hainaut au vu des nombreuses infections", nous répond Pauline Bertrand, de la FEB.

"Je suis allé, hier, dans une entreprise où deux machines sur quatre ne tournaient pas à cause des absents. La réalité sur le terrain, c'est que dans le secteur du papier, on a par exemple déjà des taux d'absence de plus de 20%", dit Olivier Van Den Eynde, permanent FGTB à Bruxelles.

Face aux problèmes, les entreprises élaborent des plans. "Certaines entreprises ont engagé 5% de personnel temporaire en plus. D’autres ont changé leur planification avec des systèmes de shifts différents", témoigne Marc Lambotte.

PME les plus à risque

Les PME sont les plus à risque face à l'absentéisme. "Avec la prolongation de la quarantaine à 10 jours, il ne sera plus possible de savoir en 2 ou 3 jours si on est positif. On craint que les absences vont se multiplier. Cela ne sera pas évident pour les petites entreprises, qui ne pourront pas travailler. Nous demandons donc aux clients d’être compréhensifs sur les délais", détaille Sven Nouten, responsable presse de la Confédération Construction. "Les grandes entreprises ont des moyens pour retrouver du personnel à droite, à gauche. Quand on n'a que 8 personnes et qu'une ou deux disparaît, la société va souvent devoir fermer", abonde Marc Lambotte.

Selon les calculs de la Condédération Construction, 2,15 % de la population active devra observer une quarantaine d'une dizaine de jours. "Cela concerne 4.622 travailleurs dans le secteur de la construction, sur un total de 215.000 travailleurs", détaille la Confédération. Une entreprise sur deux dans le secteur a déjà été confrontée à des absences consécutives au coronavirus.

"Les travailleurs dans l’événementiel qui construisent par exemple des podiums pourraient être formés en quelques jours pour faire de l’assemblage."
Marc Lambotte
CEO d'Agoria

Les acteurs économiques ont néanmoins un peu d’expérience accumulée lors de la première vague. Dans la distribution, alors qu’au printemps plusieurs supermarchés de différents enseignes ont dû fermer momentanément par manque de personnel pour cause de coronavirus, la situation est globalement mieux contrôlée actuellement. "Depuis quelques années, nous avons mis en place une équipe chargée de renforcer ponctuellement les effectifs dans les magasins où l’absentéisme est trop élevé. Le nombre de personnes affectées à cette équipe varie. Nous avons gonflé les effectifs en engageant des CDD, et nous n’avons eu aucun problème de recrutement", détaille ainsi Isabelle Colbrandt, porte-parole de Lidl.

Delhaize, de son côté, se trouve dans une situation similaire à celle du printemps, avec un niveau d’infections inférieur à la moyenne du pays. Mais le taux d’absentéisme est supérieur à sa moyenne habituelle à cause des quarantaines. "En cas d’aggravation, nous pouvons affecter du personnel des services centraux dans les magasins et engager des étudiants et/ou intérimaires", détaille Roel Dekelver, porte-parole de Delhaize.  

Mobilité interne et externe

Le personnel central de Colruyt et ses étudiants permanents seront également mobilisables. D'autre part, Colruyt travaille aussi "avec des travailleurs intérimaires via nos partenaires Randstad et Synergie", explique Hanne Poppe, porte-parole de Colruyt, qui lance un appel du pied aux "personnes du secteur de l'hôtellerie et de la restauration qui souhaitent aider ou se lancer". Carrefour prévoit également du personnel qualifié, par exemple du personnel en formation pour devenir gérant de magasin, pour remplacer des équipes qui ne seraient plus disponibles.

L'idée est donc partout de faire jouer la mobilité des travailleurs pour pallier les manques. Une mobilité interne mais aussi externe. Agoria voudrait ainsi qu'une mobilité des chômeurs temporaires soit organisée. "Il serait très utile d’offrir à des gens d’autres secteurs de travailler dans nos entreprises. Les travailleurs dans l’événementiel qui construisent par exemple des podiums. Nous pourrions les former en quelques jours pour qu’ils viennent faire de l’assemblage", détaille Marc Lambotte.

A la Sabca, qui ne compte actuellement pas un grand nombre d'absents, "le taux de production réduit, le régime de travail adapté et les mesures prises nous permettront de continuer à anticiper tout impact plus important à l'avenir". Contactées, des entreprises aussi variées que Safran Aero Boosters, Carrefour, IBA, la SNCB, Aldi, ou Infrabel indiquent qu'elles ne rencontrent aujourd'hui pas de problème majeur d'absentéisme et qu'elles insistent sur les mesures pour garantir la sécurité des travailleurs et prévenir les problèmes.

L'idée est donc partout de faire jouer la mobilité des travailleurs pour pallier les manques.

"La situation en matière d’absentéisme et de mise en quarantaine évolue rapidement parmi notre personnel, à l’image de ce qui se passe dans le pays actuellement. Nous suivons la situation attentivement et adaptons les mesures préventives en vigueur sur nos sites, si nécessaire en collaboration avec notre service interne de médecine du travail", nous répond-on chez GSK. Proximus travaille avec une équipe volante pour combler les absences dans ses shops.

Les problèmes vont en tout cas s'accumuler avec l'absence de tests et les quarantaines de 10 jours qui vont s'accumuler. Agoria demande donc d'augmenter rapidement le nombre de tests et de passer en parallèle aux tests rapides/salivaires. La Flandre vient d'en commander 4 millions pour les entreprises, le personnel soignant et les écoles.

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