Les fusions sont au plus haut depuis la bulle internet

La biotech gantoise Ablynx passe entre les mains du géant pharmaceutique français pour 3,9 milliards d’euros. ©Ablynx

Le mois dernier, on a annoncé pour 348 milliards de dollars d’acquisitions! Pour retrouver pareil niveau, il faut remonter à l’éclatement de la bulle des sociétés "dotcom" en 2000. Aujourd’hui, l’omniprésence des Etats-Unis étonne.

Alors qu’elles étaient restées à un niveau élevé l’an dernier, totalisant pour 3.150 milliards de dollars de transactions, les fusions et acquisitions au plan mondial ont atteint un sommet mensuel en ce mois de janvier 2018. Avec un total en valeur de 348,3 milliards de dollars, selon les calculs faits par le bureau spécialisé Dealogic, elles ont établi un plus haut depuis l’avènement de la bulle internet. Il faut en effet remonter à janvier 2000 pour retrouver un montant plus élevé (474 milliards). Au début de cette année-là, les marchés avaient flambé avec une série de méga-deals concentrés sur les sociétés "dotcom", avant que la bulle n’éclate brutalement au mois de mars pour plonger les Bourses dans la déprime. On n’est heureusement plus là aujourd’hui, où la dimension continue et progressive du flux de deals est rassurante.

La surchauffe actuelle est toutefois moins marquée en Europe. On a enregistré pour 55 milliards de dollars de rachats sur le Vieux Continent le mois dernier, contre 103 milliards en janvier 2017 et 153 milliards en janvier 2000. La performance de l’Europe en ce début 2018 n’arrive qu’au dixième rang de tous les mois de janvier depuis 2000.

©Mediafin

Autre bémol à apposer sur ces résultats: la plus grande opération annoncée le mois dernier au plan mondial est la scission du groupe télécom Altice. La séparation du groupe de Patrick Drahi entre son aile américaine et l’Europe et le reste du monde a pesé pour 29,8 milliards de dollars dans le bilan global. Comme la scission s’est effectuée par octroi d’actions Altice USA aux actionnaires de la maison mère Altice NV, on ne peut pas considérer que 29,8 milliards ont été réellement déboursés. Or si l’on retranche ce montant du total mensuel, on retombe sous le niveau de janvier 2008 (339 milliards) et au troisième rang sur 20 ans.

Ceci dit, le secteur qui l’emporte sur les autres en janvier est celui de la pharma et des soins de santé. Il place trois opérations dans le Top 10 mondial (Bioverativ, Juno Therapeutics et Impact Biomedicines) et deux dans le Top 10 européen. Ces deux dernières sont belges, puisqu’il s’agit d’Ablynx et Tigenix , les biotechs prises pour cibles par les groupes français Sanofi et japonais Takeda, respectivement. Rappelons que Sanofi offre 5,2 milliards de dollars pour Ablynx et Takeda, 972 millions d’USD pour Tigenix. Pour le reste, la prise de contrôle du producteur de boissons américain Dr Pepper Snapple par son compatriote Keurig Green Mountain frappe par son importance: 23,3 milliards de dollars.

Beaucoup d’Américains, mais plus aucun Chinois

On retiendra aussi que neuf des dix principales cibles sont américaines (USA), la dixième étant britannique, et que sept des plus grands acquéreurs sont américains, pour un britannique, un français et un canadien. Côté américain, la politique protectionniste du président Donald Trump et ses largesses fiscales y sont vraisemblablement pour quelque chose.

Côté britannique, on peut se demander dans quelle mesure le processus du Brexit ne joue pas un rôle dans ce mouvement d’acquisitions "internes" (les deux plus grands rachats britanniques sont le fait d’acquéreurs britanniques: GKN par Melrose Industries et UBM par Informa).

À l’opposé, le grand absent de ce Top 10 est la Chine, ce qui reflète peut-être la nouvelle ligne politique annoncée l’an dernier par Pékin, qui a souhaité que les grands opérateurs industriels chinois se recentrent sur la Chine. Ce recentrage explique la disparition des Chinois des hauts de classement des opérations transfrontières. Il pourrait aussi impliquer la recherche, par ceux-ci, de cibles locales, moins importantes en valeur.

Les dernières opérations: Blackstone et Fujifilm

Deux grosses opérations ont été annoncées mercredi, contribuant à faire passer le "score" de janvier des fusions et acquisitions au 2e rang, en valeur, après le sommet atteint en janvier 2000. Le fonds d’investissement américain Blackstone a obtenu le feu vert du groupe d’information financière Thomson Reuters pour racheter 55% de sa division Financial & Risk. Une opération valorisée à 20 milliards de dollars, dette incluse, ou 17 milliards net. À peu près au même moment, on a appris que le géant japonais Fujifilm allait prendre le contrôle du fabricant américain d’imprimantes Xerox et l’intégrer à Fuji Xerox, une coentreprise avec l’Américain. À l’issue d’une série de transactions complexes, Fujifilm détiendra 50,1% de Fuji Xerox. Le rachat de Xerox par le Japonais est estimé à 6,1 milliards de dollars.

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