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Les robots devraient créer plus de jobs qu'en détruire

©REUTERS

À l’issue d’une vaste enquête auprès des dirigeants et responsables HR, le bureau Deloitte retient la robotisation comme une des 10 tendances clés du marché de l’emploi futur. À l’inverse d’autres études, celle-ci montre qu’une majorité pense que cela créera plus d’emplois que cela n’en détruira.

Contrairement à ce qu’on entend habituellement, les dirigeants et responsables des ressources humaines des grandes entreprises (1) ne pensent pas que la robotisation, l’automatisation et le recours à l’intelligence artificielle vont avoir pour effet de réduire l’emploi. Aussi bien à l’échelle mondiale qu’au niveau belge, l’édition 2018 de l’étude du bureau conseil Deloitte sur les "tendances du capital humain" montre qu’ils sont majoritaires à estimer que les nouveaux emplois et profils créés en marge de ces progrès technologiques feront plus que compenser la destruction de jobs.

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Au plan mondial, 47% des dirigeants interrogés affirment que leurs organisations sont déjà investies dans des projets d’automatisation.

Au plan mondial, 47% des dirigeants interrogés affirment que leurs organisations sont déjà investies dans des projets d’automatisation, tandis que 38 autres pour-cent pensent que ces technologies seront largement déployées chez eux d’ici trois à cinq ans. Et ils sont de plus en plus nombreux à penser que ces technologies sont les plus efficaces quand elles complètent les travailleurs humains et non pas quand elles les remplacent. Un exemple parlant est l’utilisation croissante de cobots par de grands industriels comme Airbus ou Nissan: ces demi-robots doivent être manipulés par et en association avec des travailleurs humains. Autre exemple: Amazon recourt à 100.000 robots pour réduire le temps de formation de ses travailleurs saisonniers. L’étude cite aussi l’apparition de nouveaux emplois comme les "bots farmers" ou les "bots trainers", alias les fermiers ou les formateurs automatisés…

Au niveau belge, si les dirigeants et spécialistes en RH classent également la robotisation parmi les dix tendances principales à l’œuvre dans l’évolution de l’emploi, ils sont moins nombreux à penser y recourir à l’avenir (45% n’ont aucun plan). En revanche, 35% d’entre eux identifient du potentiel en ce domaine et 33% repensent leur organisation de travail autour de l’automatisation. Ils considèrent davantage la robotisation comme une opportunité que comme une menace pour la création d’emplois. Et ils ne voient pas la régulation comme frein à l’investissement dans l’automatisation, contrairement à ce qu’on aurait pu craindre.

La fin des jobs abrutissants?

Quelle est la pertinence de ces conclusions? Quel crédit leur accorder, comparé aux autres études sur la question? Pour Yves Van Durme, responsable human capital chez Deloitte Belgium, on n’a pas assez appris du passé. "La robotisation est, aux yeux de beaucoup, la quatrième grande révolution industrielle, expose-t-il. Les économistes font des comparaisons et soulignent que l’invention de la machine à vapeur a détruit beaucoup d’emplois à l’époque. C’est vrai que dans une série de fonctions, il y a eu destruction de jobs, mais chaque choc technologique a aussi créé de nouveaux emplois. Aujourd’hui, apparaissent de nouveaux profils qui n’existaient pas il y a cinq ans. Les robots ou les cobots remplissent aussi des tâches dans lesquelles l’homme n’est pas très bon, comme l’analyse de données. La question à se poser est plutôt: où va-t-on placer l’humain à l’avenir? Songez qu’on a conçu une série d’emplois de façon relativement inhumaine. On assiste par exemple à l’émergence de logiciels robots, qui remplacent l’homme dans des tâches administratives telles que prendre des données dans un logiciel pour les réinjecter dans un autre… sans plus de risque d’erreur humaine. C’est une fantastique opportunité pour créer d’autres jobs avec un contenu plus humain. Même remarque pour les fonctions d’analyses: l’intelligence artificielle y est beaucoup plus performante et rapide que l’homme."

"Les robots font des tâches où l’homme n’est pas très performant, comme l’analyse."
Yves Van Durme
Responsable Human Capital chez Deloitte Belgium

L’étude cite par ailleurs les recherches du professeur James Bessen, de l’université de Boston, qui a démontré que des activités avec de plus hauts degrés d’informatisation et de technologie enregistrent des taux de croissance de l’emploi plus élevés. Il a aussi montré que dans de nombreux cas, les emplois nouveaux sont plus orientés vers les services, l’interprétation ou le social, et sont basés sur les compétences humaines de créativité, d’empathie, de communication et de résolution de problèmes complexes. L’enquête de Deloitte permet de recouper ces observations, puisqu’au niveau global, 63% des responsables interviewés citent la résolution de problèmes complexes, 55% les capacités cognitives, 54% les compétences de procédés et 52% les compétences sociales comme formant l’essentiel de la demande d’emplois du futur. Une récente étude du Forum économique mondial est arrivée à des conclusions similaires: les dix compétences les plus recherchées pour les dix ans à venir incluent la pensée critique, la créativité et la gestion de personnes.

Si ces tendances se confirment, il faudra se pencher sur l’organisation de l’enseignement et des formations. "Une autre tendance de notre étude épingle l’allongement des carrières, embraye Yves Van Durme. Cela signifie qu’on devra revoir nos systèmes d’éducation. On a aujourd’hui une approche trop itérative: on va à l’école, puis au travail. Il faudra réorganiser l’emploi de manière à ce qu’il soit lui-même formateur tout au long de la carrière."

(1) L’étude de Deloitte "Global Human Capital Trends" a été menée sur la base d’entretiens avec 11.000 dirigeants de 124 pays. La partie belge l’a été auprès de 649 responsables, dont 70% de dirigeants et 30% de responsables HR.

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