Les sociétés familiales méritent qu'on les chouchoute

Près de la moitié des sociétés composant l’indice Bel 20 sur Euronext Brussels sont familiales, et que trois des quatre sociétés affichant une présence ininterrompue dans l’indice depuis sa création le sont aussi: GBL, Solvay et UCB. ©REUTERS

Les entreprises détenues par les familles fondatrices génèrent près de la moitié de l’emploi et le tiers du PIB de la Belgique. Elles irriguent leur région d’origine. Bref, cela vaut la peine de tenter de consolider leur ancrage.

Les entreprises familiales représentent 45% de l’emploi total en Belgique et sont à l’origine de 33% du produit intérieur brut, selon les chiffres de la branche belge du Family Business Network. On retrouve en gros les mêmes proportions en Europe et dans les autres régions du monde, relèvent deux chercheurs de l’Itinera Institute qui viennent de leur consacrer une étude fouillée. Karel Volckaert & Michele Cincera sont arrivés à la conclusion que le modèle de gouvernance qui les caractérise est basé sur la notion d’intendance: les actionnaires familiaux actuels agissent comme dépositaires des parts qu’ils détiennent, en vue de les transmettre dans les meilleures conditions possibles à la génération suivante.

C’est cette intendance ou "stewardship" qui est largement responsable, selon eux, de la surperformance économique et financière de ces entreprises par rapport aux autres. Diverses études corroborent ce diagnostic. Citons-en une pour la Belgique: selon une recherche effectuée par Deminor et la Solvay Businesss School, sur la période 2003-2017, les 50 entreprises familiales d’un échantillon de 169 ont surperformé les autres de 7%, sur base annuelle. Et parmi les actions les plus performantes, plus de trois sur quatre émanaient des familiales. On retiendra aussi que près de la moitié des sociétés composant l’indice Bel 20 sur Euronext Brussels sont familiales, et que trois des quatre sociétés affichant une présence ininterrompue dans l’indice depuis sa création le sont aussi: GBL, Solvay et UCB.

Trois caractéristiques

Comment expliquer qu’elles fassent mieux que les autres? Leurs revenus progressent plus vite, commencent par répondre les auteurs. Avant de recenser trois tendances qui les distinguent:

1. Elles ciblent leur activité, souvent "en fonction du domaine d’expertise initial du fondateur", en privilégiant les niches. Elles grandissent ensuite en se diversifiant dans des niches voisines;

2. Les entreprises familiales européennes investissent moins dans l’innovation, mais quand elles le font, elles le font plus efficacement, avec un meilleur rendement à la clé. Itinera lance l’hypothèse qu’elles détiennent des "connaissances tacites, non codifiables et socialement complexes", difficiles à copier;

3. En grandissant, elles participent à la puissance exportatrice et à la compétitivité de leur pays grâce à leur efficacité productive, ce qui n’est toutefois pas synonyme d’internationalisation.

Ces entreprises jouent un rôle important dans leur région d’ancrage, en termes de création d’emplois, mais aussi d’appartenance et même de philanthropie. À l’opposé, quand elles gagnent en taille, elles arrivent à un tournant qui, dans le cas des belges, se terminent souvent par leur revente.

"À 100 millions de revenus, l’entreprise familiale commence à être visible à l’étranger."
ivan Van de Cloot
chef économiste, Itinera

L’étude cite le seuil des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. "C’est le moment où l’entreprise familiale apparaît sur les radars des intéressés hors de nos frontières, explique Ivan Van de Cloot, chef économiste chez Itinera. Elle est souvent approchée alors par des investisseurs étrangers. Le danger est qu’elle se délocalise ou qu’elle se laisse racheter."

Certains pays se sont faits très accueillants pour héberger les sièges des sociétés familiales. L’institut de recherche allemand ZEW les classe chaque année selon une batterie de critères: l’an dernier, la Belgique était 13e en Europe (voir ci-contre): deux places de mieux qu’en 2016 grâce à la réforme de la fiscalité sur les successions…

Comment éviter la revente, compte tenu des bienfaits de leur ancrage pour l’économie belge? L’étude conclut que les responsables politiques devraient créer des incitants et paver la voie à une gouvernance spécifique. "Il y a aussi un manque de capitaux: il n’y a pas assez d’investisseurs institutionnels en Belgique, dit Van de Cloot. Se pose aussi un problème d’allocation de capitaux: le ‘dentiste belge’ préfère placer son argent dans l’immobilier ou sur un compte d’épargne."


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