Les tests rapides en entreprises ne décollent pas

Le Premier ministre Alexander De Croo en visite chez Delhaize, à Asse, le 12 avril, dans le cadre de la campagne sur les tests antigéniques sur le lieu de travail. ©Photo News

Un million de tests rapides gratuits ont été mis à disposition des entreprises. À peine 375.000 ont trouvé preneur. Leur utilité n'a pas été prouvée chez bpost ni chez Proximus.

Ni bpost ni Proximus, qui ont expérimenté durant quatre semaines les tests rapides pour détecter les contaminations au Covid-19, ne se montrent convaincus. "Nous avons décidé de ne pas prolonger l’expérience, faute d’effet sur le taux de contamination", indique Veerle Van Mierlo, porte-parole de bpost.

Trois centres de tri – Bruxelles, Charleroi et Gand – étaient concernés, soit 1.700 personnes qui pouvaient, sur base volontaire, se faire tester deux fois par semaine. "Le taux de contamination étant déjà fort bas chez bpost, grâce à de nombreuses mesures de prévention et le contrôle de leur application, l’utilité des tests rapides n’a pas été démontrée. Et l’enthousiasme du personnel à se faire tester diminuait."

Le constat est quasiment identique chez Proximus, où le projet pilote concernait une trentaine de techniciens et une quarantaine de vendeurs de la région de Mons, pour qui le télétravail était impossible. "Le taux de participation a été très élevé et la plupart des participants ont été testés 5 fois en 16 jours ouvrables, mais aucun ne s’est avéré positif", indique Haroun Fenaux, responsable des relations presse. "Nous avons décidé de ne pas déployer ces tests à grande échelle."

375.000
tests antigéniques rapides
Sur 1 million de tests antigéniques rapides gratuits mis à disposition des entreprises publiques et privées où le télétravail n’était pas possible, 375.000 seulement ont trouvé preneur.

Projet prolongé jusqu'au 1er juin

L’enthousiasme n’est pas plus perceptible ailleurs. Fin mars, le gouvernement fédéral avait annoncé qu'il mettait 1 million de tests antigéniques rapides gratuits à disposition des entreprises publiques et privées où le télétravail n’était pas possible, durant un mois. Selon les derniers chiffres, 375.000 seulement ont trouvé preneur. "Nous avons décidé de prolonger le projet. Les entreprises peuvent encore commander ces tests gratuits jusqu'au 1er juin", indique le cabinet du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke.

"Nous utilisons ces tests de manière réactive, en cas de contamination. Une utilisation proactive serait ingérable."
Roel Dekelever
Responsable de la communication de Delhaize Belgique

Parmi celles qui ont répondu présentes, on trouve la chaîne de supermarchés Delhaize. Mais elle en fait une utilisation parcimonieuse: sur les 4.000 tests commandés auprès du fédéral, 500 ont été utilisés.

"Nous les utilisons de manière réactive, quand deux ou trois personnes sont contaminées dans un magasin ou un centre de distribution, pour voir s'il faut écarter d'autres personnes", explique Roel Dekelever, responsable de la communication externe de Delhaize Belgique. "Les utiliser de manière proactive serait par contre ingérable."

Même stratégie chez Colruyt. "Quand il y a un cas positif, le médecin d'entreprise se rend sur place et détermine qui est contact à faible risque et doit bénéficier d’un test rapide, ainsi que qui est contact à haut risque et doit aller faire un test PCR", explique Nathalie Roisin. Colruyt, qui avait acheté 2.500 tests rapides avant l’initiative du fédéral, en a utilisé 500 et ne compte pas généraliser leur emploi.

L’idée du Fédéral était pourtant de ne plus seulement utiliser ces tests en cas de clusters, mais bien de les déployer de manière répétitive et systématique, pour développer une deuxième ligne de défense, qui devait venir s'ajouter au dépistage des personnes symptomatiques ou des contacts à haut risque par un test PCR classique.

Adhésion du personnel pas acquise

Mais les entreprises n’ont pas embrayé. "Il n’y a plus de demande, sauf en cas de clusters", observe Eddie De Block, médecin chez Cohezio, le service externe de prévention qui a assuré les tests chez bpost et Proximus. "Vu les résultats obtenus, je pense qu’il vaut mieux investir dans d’autres moyens, à savoir les mesures de prévention comme les gestes barrière et dès qu’un travailleur a des symptômes, l’enjoindre à aller faire un test PCR, qui détecte 98% des cas positifs peu symptomatiques, contre 70% environ pour les tests rapides".

Le son de cloche est identique auprès d’autres services externes de prévention. "On savait dès le premier jour que cette utilisation systématique des tests rapides n’était pas réaliste", affirme Geert Laire, expert chez Mensura. "Pour réaliser 1 million de tests, il aurait fallu mobiliser 1.000 infirmières pendant 25 jours, dont nous ne disposons pas. Et ces tests restent un peu invasifs, puisqu’ils nécessitent un prélèvement nasal profond. L’adhésion du personnel, qui doit être volontaire, diminue rapidement. Et si vous ne répétez pas le test régulièrement, il n’est pas utile comme instrument de prévention".

"On pourrait aussi envisager une utilisation plus systématique dans certains secteurs ciblés, comme les abattoirs, où les cas sont plus nombreux."
Co-Prev

Les conclusions de Co-Prev

Co-Prev, la coupole des services externes de prévention et de protection au travail en Belgique, a d’ailleurs effectué un bilan de ces tests rapides. "Nous allons en discuter dans les tout prochains jours avec la plateforme fédérale de testing", indique Geert Laire. Ses conclusions? Ces tests antigéniques rapides sont utiles dans un certain nombre de cas, mais pas de manière systématique. "Ils peuvent servir à tester un travailleur symptomatique qui s’est quand même rendu sur son lieu de travail", détaille Geert Laire.

"C’est utile en cas de cluster, pour tester les contacts à faible risque, mais aussi certains contacts à haut risque, qui travaillent des fonctions essentielles dans des secteurs critiques et ne peuvent pas être mis en quarantaine. On pourrait aussi envisager une utilisation plus systématique dans certains secteurs ciblés, comme les abattoirs, où les cas sont plus nombreux".

"Les entreprises semblent avoir peur du résultat"

Il y a quelques semaines, la société ContiPharma présentait en grande pompe un bus médicalisé et parfaitement équipé, en matériel et en personnel, pour effectuer des tests rapides de dépistage "in situ". L'idée de base est toute simple: plutôt que d'envoyer les employés d'une entreprise effectuer des tests rapides à gauche et à droite, autant centraliser les opérations dans l'entreprise grâce à cet outil "clé en main".

Mais quelques semaines après le lancement de l'initiative, force est de constater que la demande n'est pas au rendez-vous. "Effectivement, aucune demande des entreprises pour l'instant", reconnait Henri Ransonet qui supervise la logistique du camion pour ContiPharma. "C'est une déception. Mon ressenti est que les entreprises ont peut-être peur du résultat d'une campagne de tests à grande échelle au sein de leur personnel..."

Le camion fait pourtant ses preuves, notamment pour des événements. Il est présent ce week-end à Francorchamps pour la Fun Cup. Les quelque 1.500 pilotes et membres des équipes doivent exhiber un test négatif avant d'accéder au circuit. Le camion de tests sera là pour leur octroyer le précieux sésame.

Le résumé

  • Bpost et Proximus, qui ont expérimenté les tests antigéniques rapides durant quatre semaines, ont décidé de ne pas les déployer à grande échelle.
  • Sur 1 million de tests mis à disposition des entreprises par le Fédéral, seuls 375.000 ont trouvé preneur.
  • Le problème? Ces tests ont un coût, l'adhésion du personnel diminue rapidement, et ils sont moins fiables que des tests PCR classiques.

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