start-ups

Levées de fonds record pour les entreprises belges de croissance

Cohabs, spécialisée dans les projets immobiliers pour jeunes professionnels, a levé 58 millions d'euros. ©© Evgenia Rigaut 2021

Les entreprises belges en croissance ont déjà levé cette année un demi-milliard d’euros de capitaux frais. Notre pays établit ainsi, pour la cinquième année consécutive, un nouveau record. Mais gare à la surchauffe...

Le financement des entreprises en croissance a démarré sur les chapeaux de roue dans notre pays, cette année. Depuis le début de 2021, les jeunes entreprises belges actives dans le domaine de la (bio)technologie ont déjà collecté un demi-milliard d’euros auprès d’investisseurs domestiques et étrangers, selon les données que nous avons récoltées. 

L’an dernier, les capitaux destinés aux entreprises en plein essor avaient déjà pulvérisé tous les records, avec près de 1 milliard d’euros levés au fil de diverses opérations de capital. Ce nouveau cap marquait un quatrième record annuel. Si le rythme actuel se maintient, un cinquième record est à portée de main

62
millions d’euros
La plus grosse levée de fonds depuis le début de l'année est à mettre à l'actif de la biotech gantoise Agomab.

Le montant collecté depuis le début de cette année est aussi élevé qu’en 2020 à la même date – en se rappelant que les chiffres de l’an dernier avaient été boostés par deux opérations de plus de 100 millions d’euros (Iteos Therapeutics et Collibra). Ce n’est pas le cas cette année. 

La plus grande augmentation de capital de 2021 est signée provisoirement par AgomAb. L’entreprise biotech gantoise a réussi à lever, au début du mois de mars, pas moins de 62 millions d’euros en vue de poursuivre le développement de médicaments destinés à réparer des tissus humains. Cohabs, la start-up bruxelloise spécialisée dans les projets immobiliers pour jeunes professionnels, s’est hissée à la deuxième place la semaine dernière avec une levée de fonds de 58 millions d’euros. En troisième position, on pointe l’entreprise gantoise Deliverect, qui conçoit des logiciels de gestion des commandes en ligne des établissements horeca: elle a collecté 54 millions d’euros le mois dernier. 

"Le coronavirus n’a fait qu’accélérer le mouvement de numérisation à tous les niveaux."
Frank Maene
Volta Ventures

Autrement dit, la crise du coronavirus n’a pas ralenti le financement des entreprises en croissance. Au contraire, avance Frank Maene, managing director de la société d’investissement Volta Ventures: "Le coronavirus n’a fait qu’accélérer le mouvement de numérisation à tous les niveaux. La dimension digitale est devenue une facette ordinaire de notre vie dans un nombre croissant de domaines. Cela favorise la création d’entreprises et démontre la valeur ajoutée de la technologie tous azimuts.

Abondance de liquidités

Cette dynamique est renforcée par l’abondance de liquidités sur le marché, souligne Frank Maene. "Les taux d’intérêt négatifs poussent les investisseurs à rechercher du rendement. Une partie de l’épargne atterrit dans des fonds qui investissent dans des entreprises en croissance."

Et puis, le financement des jeunes entreprises attire de plus en plus d’opérateurs, complète Pieter Capiau, partner du cabinet d’avocats Cambrian, spécialisé dans les technologies. "Ainsi, non seulement les banques se montrent plus ouvertes à l’égard du capital d’amorçage, mais nous observons également l’arrivée sur ce marché d’un nombre croissant d’entrepreneurs fortunés et de family offices. Ils sont en quête de rendement, mais veulent également contribuer à notre économie. Et les fonds internationaux se montrent également plus intéressés par la Belgique qu’auparavant. Selon eux, la Belgique est peut-être un petit pays, mais la qualité des entreprises est supérieure à la moyenne."

Surchauffe?

Cette concurrence pousse à la hausse tant les valorisations que les levées de fonds (les «tickets» dans le jargon start-up). Nous devons y être attentifs, estime l’entrepreneur et financier Jurgen Ingels (Smartfin). "L’augmentation des investissements est une bonne chose. Mais les valorisations actuelles sont si élevées qu’on peut se demander si elles sont encore justifiées. Je ne veux pas encore parler de bulle spéculative, mais je suis tout de même prudent." Un sentiment partagé par Frank Maene. "J’ai pas mal d’expérience dans ce domaine, mais je n’avais encore jamais vu cela. Certaines valorisations sont absurdes. Surchauffe est le mot approprié, selon moi."

16
Au début de l'année, l'Europe comptait 16 licornes.

Pourtant, il ne prévoit pas d’implosion comme lors de la "bulle dotcom". "La dynamique actuelle est suffisamment soutenue par des flux fondamentaux. Cela devrait donc finir par se calmer, sans s’effondrer. Si les taux entament une remontée avec, à la clé, de moindres flux de capitaux, la situation se normalisera. Mais la tendance perdurera."

Le financement des entreprises en croissance belges est à l’image de ce qui se passe à l’échelle européenne. Au premier trimestre de cette année, les start-ups européennes ont levé pas moins de 21,4 milliards de dollars (17,6 milliards d’euros), largement plus du double qu’au début de 2020 et près de deux fois autant qu’au quatrième trimestre de l’an dernier. Le nombre de start-ups valorisées à plus d’un milliard (les licornes) n’a jamais été aussi élevé: au début de cette année, le club européen en comptait 16. 

Dans notre pays, le spécialiste des données bruxellois Collibra et l’entreprise d’hébergement informatique gantoise Team.blue (ex-Combell) peuvent déjà se targuer d’être des licornes. Et Deliverect est bien parti pour le devenir rapidement. 

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