reportage

Mr. Nayis, Mathieu aux mains d’argent

©Dieter Telemans

Parti de rien il y a quatre ans, Mathieu Nayis est aujourd’hui le coiffeur officiel des Diables Rouges. Roi du "dégradé zéro", il a ouvert un cinquième salon à deux pas de la prestigieuse avenue Louise. Étape indispensable d'un coiffeur de star.

Les tondeuses grésillent, ça sent bon l’after-shave, les souffleries des sèche-cheveux tournent à plein régime, a priori, on est au bon endroit. La devanture est pourtant trompeuse, mais en harmonie avec le quartier, plutôt chic et classe. On est à deux pas de l’avenue Louise, à Bruxelles, dans le nouveau temple du dégradé pour homme de Mathieu Nayis alias Mr. Nayis. L’homme nous attend à l’étage, «c’est ici que je reçois les personnalités». Les personnalités, ce sont elles qui ont fait sa renommée, mais pas son succès. "Mon succès, je le dois uniquement au travail."

"J’ai compris très rapidement la puissance des réseaux sociaux, j’ai attrapé une clientèle en quelques jours grâce à ça."
Mathieu Nayis

Tout a débuté il y a cinq ans avec l’ouverture de son premier salon à Anderlecht à l’ouest de Bruxelles. "Trois semaines avant l’ouverture du salon, j’ai coiffé Anthony Vanden Borre". À l’époque, ce dernier est encore une vedette du club de foot le plus titré de Belgique, le Sporting d’Anderlecht. Il vient de réaliser un come-back incroyable pour participer à la Coupe du monde 2014 avec les Diables Rouges qu’il ponctuera d’un geste technique fantasque payé au prix fort: une fracture du péroné. Coiffer ce véritable "ketje" que la jeunesse bruxelloise idolâtre autant pour ses frasques que pour son talent est donc un bon début pour faire connaître son nom. Mais l’élément déclencheur, ce n’est pas l’homme coiffé, mais la coiffure elle-même qui fera le tour des réseaux sociaux. "J’ai compris très rapidement la puissance des réseaux sociaux, j’ai attrapé une clientèle en quelques jours grâce à ça."

Six mois après l’ouverture du salon en 2015, toute la Belgique du football passe par son fauteuil et valide son coup de tondeuse. "C’était incroyable, mon salon était devenu l’endroit où les joueurs de tous les clubs se réunissaient entre eux."

Le roi du "dégradé zéro"

Deux ans plus tard, en plus du salon, il ouvre un barbershop juste en dessous pour sa clientèle masculine et là, "ça a vraiment explosé". La marque de fabrique de Mathieu Nayis, c’est le dégradé zéro. "Je suis celui qui a importé le vrai dégradé zéro en Belgique". Pour les néophytes de la tondeuse, un "dégradé zéro" consiste à raser le pourtour de la tête à la tondeuse sur la position "zéro" pour ensuite effectuer un dégradé plus classique vers le sommet du crâne. L’idéal étant de faire le même procédé avec la barbe, ce qui est du plus bel effet symétrique. Une mode popularisée par les footballeurs il y a quelques années, qui s’est répandue dans tous les milieux sociaux en même temps que les barbershops ont fleuri à tous les coins de rue. Observez autour de vous, ils sont partout. On ne dit plus "bien court derrière les oreilles" chez le coiffeur, mais "bien rasé derrière les oreilles".

Cette coupe s’exécute avec des tondeuses spéciales ramenées des États-Unis et avec une technique qu’il enseigne à ses coiffeurs. "C’est plus difficile à réaliser qu’une coupe classique. Il faut avoir la main légère, être très précis tout en restant doux avec le client."

"Il faut avoir la main légère, être très précis tout en restant doux avec le client."
Mathieu Nayis

Au-delà d’avoir popularisé un style de coupe, Mathieu Nayis a imposé un style de coiffeur et de salon. "Quand tu entres dans un de mes salons, tu sais que c’est chez moi. De la façon de parler aux clients à la manière de coiffer, tout vient de moi."

"Quand les autres sont en terrasse, tu bosses"

Pour un coiffeur à la pointe de la tendance on ne peut pas dire qu’il ait choisi de s’implanter dans les endroits les plus trendy du royaume. Anderlecht, Braine-L’Alleud, Sint-Niklaas, Wavre: ça n’envoie pas forcément du rêve mais ça fonctionne et il s’installe aujourd’hui près de l’une des plus belles artères de la capitale. Un lieu qui va attirer sa clientèle de stars. "Je dois avoir coiffé 200 stars depuis que j’ai débuté", dit-il. Un privilège, une carte de visite, mais une pression aussi: "A chaque coupe, il faut prouver, c’est stressant". Car, selon Mathieu Nayis, ce n’est pas la star qui va ramener des clients dans son salon. "C’est pas la personne qui va en parler, ce sont ses cheveux qui vont parler pour lui".

©Dieter Telemans

Une carte de visite internationale

Le monde du foot est un petit monde, encore plus en Belgique. Tout le monde se connait, fréquente les mêmes endroits. Alors quand un coiffeur est estampillé comme "une tuerie" par quelques footballeurs influents, ça ne rate pas. Le championnat belge et les salons en province c’est bien, mais Mathieu Nayis a de grandes ambitions. Pour les atteindre, il lui faut une carte de visite internationale. Et quoi de mieux que les Diables Rouges, icônes internationales et vitrine du sport belge pour rayonner à l’international. Avant chaque compétition ou match important, ils défilent tous chez Mr. Nayis ou pour être plus exact, c’est lui qui fait le tour de l’Europe pour aller les coiffer. Vertongen, Alderweireld, Mertens, Tielemans, Saelemaeckers, Mirallas, Defour, ils ne peuvent plus se passer du dégradé net et précis de Mr. Nayis. "Une fois j’ai pris trois avions en 72h pour coiffer quatre équipes de foot différentes, parce que quand un international belge m’appelle, je dois souvent faire toute son équipe." En quelques années, il est ainsi devenu le coiffeur "officiel" des Diables Rouges. Un titre dont il n’est pas peu fier.

"Il y a quatre ans, la veille de l’ouverture de mon premier salon, j’avais 80 centimes sur mon compte."
Mathieu Nayis
Gérant de la marque Mr. Nayis

Pourtant, à la base, Mathieu Nayis est un coiffeur dame et homme classique. "Franchement, ça me manque", reconnaît-il. Ainsi, ouvrir près de l’avenue Louise est un retour aux sources et un espoir de coiffer autre chose que des footballeurs ou leurs fans. "C’est une clientèle d’hommes d’affaires ici, c’est un autre univers." Ce changement d’ambiance on le perçoit dès l’entrée. D’habitude dans les salons de Mr.Nayis on se tutoie, les vannes fusent et ça sent bon la testostérone. Ici on vouvoie les clients, la déco est épurée et l’ambiance plus calme. Ce qui n’est pas pour déplaire au maître des lieux. "J’ai pris de l’âge, ceux qui veulent des dégradés, ce sont les jeunes. Moi je suis père de famille et chef d’entreprise donc j’ai plus de choses à raconter à un patron qu’à un jeune maintenant." Pour rester connecté avec sa clientèle plus jeune, il s’assure d’engager de jeunes coiffeurs en phase avec les désirs de ses clients. Lui se charge des personnalités, mais s’oblige à passer au moins une fois par semaine dans chaque salon pour "couper des clients" et conserver un lien direct.

"J'ai tout risqué"

Aujourd’hui, il est seul à la tête de son entreprise qui compte 5 salons, mais le pari n'était pas gagné d'avance. "Je pars de zéro. Il y a quatre ans, la veille de l’ouverture de mon premier salon, j’avais 80 centimes sur mon compte. J’ai tout risqué sur ce coup-là." Il ne justifie son ascension et sa réussite que par le travail. "Quand les autres sont en terrasse, tu bosses. Quand les autres sont en vacances, tu bosses. C’est ça le secret."

L’homme a encore beaucoup d’ambitions et d’envies pour faire prospérer son activité. Sans renier sa passion du poil bien taillé, il n’est pas impossible qu’on le retrouve dans d’autres investissements en engagement prochainement. Mathieu Nayis a plus d’une lame à son rasoir.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés