interview

"Nous allons engager 1.000 collaborateurs chez G4S en Belgique cette année"

©Bloomberg

Dans les endroits critiques, comme les aéroports ou les lieux accueillant de grands événements, le marché de la sécurité a continué à progresser l’an dernier, selon le patron de G4S en Belgique, Jean-Paul Van Avermaet. "Nous voulons recruter davantage de femmes et rectifier l’image du gardien dans l’opinion", prévient-il. Entretien.

La filiale belge du géant britannique de la sécurité et du gardiennage G4S est un des principaux employeurs de Belgique avec plus de 6.000 personnes à bord. Elle va continuer cette année de recruter à grande échelle, confirmant le dynamisme de ce secteur d’activité. Son CEO Jean-Paul Van Avermaet nous explique combien et pourquoi…

"On ne peut pas dire qu’on a signé avec de nouveaux clients suite aux attentats, mais bien que des clients qui avaient déjà adopté des mesures de sécurité ont augmenté, depuis, leur niveau."

Depuis les attentats de Bruxelles, le marché de la sécurité semble avoir progressé sans discontinuer: la bonne analyse?
Le secteur a enregistré une forte croissance en 2016 et 2017 suite aux attentats de Paris et Bruxelles, puis il est retourné à la normale au début de l’an dernier. Dans les endroits critiques, comme les aéroports ou les lieux accueillant de grands événements, le marché de la sécurité a toutefois continué à progresser. Traditionnellement, notre secteur évolue avec la croissance économique globale. Avec le recul, on ne peut pas dire qu’on a signé avec de nouveaux clients suite aux attentats, mais bien que des clients qui avaient déjà adopté des mesures de sécurité ont augmenté, depuis, leur niveau.

Jean-Paul Van Avermaet, CEO de G4S ©Kristof Vadino

Mais malgré ce retour à la normale, G4S continue à créer de l’emploi…
Le secteur tout entier emploie quelque 20.000 personnes en Belgique. Mais c’est vrai qu’on continue de croître un peu plus fortement que l’économie. Chez G4S, croissance et rotation du personnel (départs à la pension et changements d’emploi) font qu’en effet, nous continuons de recruter.

Combien de nouveaux collaborateurs allez-vous attirer en 2019?
Nous cherchons à engager environ 1.000 collaborateurs. Outre la croissance et la rotation, nous avons aussi développé de nouvelles activités dans la "safety".

C’est-à-dire?
Assurer la sécurité, y compris la prévention incendie, sur des sites pétrochimiques ou dans des centrales nucléaires, en prenant des mesures de contrôle et de protection dans des lieux clos, en présence de produits dangereux, etc. On effectue ce genre de mission au port d’Anvers ou sur le site pétrochimique de Feluy, par exemple.

Une activité récente?
G4S a repris il y a quatre ans une entreprise spécialisée dans ce créneau et depuis, on s’y est bien développé. Cela inclut aussi des missions de formation, d’audit, et la livraison de matériel de protection des personnes.

"L’image du gardien type est restée très masculine dans l’esprit des gens, c’est sans doute lié à la fonction de portier à laquelle on l’associait jadis. Cela ne correspond plus du tout à notre activité d’aujourd’hui!"

Combien de personnes aviez-vous engagées en Belgique l’an dernier?
906 collaborateurs.

Vous augmentez donc cette année votre volume de recrutement de 10%…
Oui, et nous faisons, depuis quatre ans déjà, un effort particulier en direction des femmes. L’image du gardien type est restée très masculine dans l’esprit des gens, c’est sans doute lié à la fonction de portier à laquelle on l’associait jadis. Cela ne correspond plus du tout à notre activité d’aujourd’hui! Nous cherchons des personnes qui font preuve de psychologie et qui sont capables d’éviter les conflits, de les désamorcer plutôt que de les attiser. Nous ne voulons pas d’hommes hyper-musclés! Une large partie de nos missions consiste à aider les clients et à déployer des notions d’hospitalité: deux éléments importants dans la société actuelle. Nous voulons donc recruter davantage de femmes et rectifier l’image du gardien dans l’opinion.

Quels résultats cette politique de féminisation a-t-elle donné jusqu’ici?
Nous comptions 16% de femmes dans notre effectif il y a quatre ans, nous sommes arrivés à plus de 21% fin 2018. Dans nos nouveaux recrutements, on a dénombré 27% de femmes en 2017, puis 31% l’an dernier. Pour le reste, nous pratiquons une politique de diversité globale, car nous voulons incarner le miroir de la société. Nous voulons que notre effectif reflète la population de l’environnement où l’on travaille. Nous avons atteint un bon mix, sauf pour l’élément féminin.

Voulez-vous atteindre à terme la parité homme-femme?
On n’y arrivera jamais, mais l’objectif est d’augmenter chaque année la part des femmes. Au sein du groupe mondial G4S, je prends pour référence l’Autriche, où notre filiale a atteint 35% de femmes. Aux plans culturel, sociétal et politique, Belgique et Autriche sont comparables. Il faut dire aussi que nous proposons beaucoup de travail en équipe, avec une large part d’horaires décalés la nuit, tôt le matin ou tard le soir. Or en Belgique, culturellement, on n’accepte pas facilement que les femmes travaillent en horaire décalé. On continue d’associer la garde des enfants à la femme dans le couple, et que je sache, aucune crèche ne reste ouverte la nuit. On pourrait en faire plus pour changer cela: pourquoi, par exemple, ne pas créer des crèches qui ouvriraient plus tard?

Combien de membres de votre personnel travaillent-ils en horaire décalé?
Si l’horaire normal est celui de bureau, de 9 à 17h, je vous dirais que 10 à 15% de nos collaborateurs font des horaires normaux. La sécurité des bâtiments et des biens doit être assurée en grande partie de nuit.

Combien de personnes employez-vous aujourd’hui en Belgique, et, compte tenu des engagements et de la rotation, combien serez-vous à la fin de cette année?
Nous sommes 6.100 aujourd’hui, et le but est d’arriver à quelque 6.400 en fin d’année. Chez nous, l’ancienneté moyenne est de neuf ans, elle est un peu plus élevée que pour l’ensemble du secteur.

Quels profils recherchez-vous?
Non seulement des gardiens, mais aussi des techniciens, des gestionnaires de projet et des opérateurs de centrales. Il est difficile de trouver des techniciens aujourd’hui sur le marché. Les études techniques ne sont pas assez valorisées. Dans nos métiers, le volet technologique croît: cela ne réduit pas l’emploi, mais cela modifie les profils recherchés.

Le secteur tout entier continue-t-il aussi de créer de l’emploi?
Oui, car de nouveaux marchés s’ouvrent comme la protection de casernes ou la possibilité de reprendre certaines tâches à la police. Et l’événementiel, qui a besoin de nos services, continue de progresser.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés