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Ohé Ohé, le capitaine est connecté

Les cofondateurs de Sailsense. ©Dieter Telemans

Nicolas De Laet et Yannick Vereerstraeten, deux ex-Solvay boys passionnés de voile ont quitté leur métier dans le conseil. Ils ont levé 1,3 million d’euros et fondé Sailsense Analytics, système intelligent d’aide à la navigation et à la gestion de flottes.

Aujourd’hui, tout est connecté: la voiture, la télévision, la maison, mais pas un bien pourtant onéreux: le bateau de plaisance, qu’il s’agisse d’un voilier ou d’un yacht à moteur.

C’est le constat posé par Nicolas De Laet et Yannick Vereerstraeten, deux entrepreneurs bruxellois de respectivement 34 et 33 ans passionnés de voile. Voici un an et demi ils ont laissé tomber leur confortable job dans de grands groupes pour se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat, avec Sailsense Analytics, système d’aide à la navigation et à la gestion de flotte via des capteurs installés sur les bateaux.

Les deux hommes se sont rencontrés dans les auditoires de Solvay. "Nicolas navigue depuis toujours, il est quasiment né sur un bateau, plaisante Yannick Vereerstraeten. Il possède son voilier et c’est lui qui m’a initié, aujourd’hui c’est devenu une passion." À la fin de leurs études, Nicolas De Laet et Yannick Vereerstraeten entament un parcours classique pour des Solvay boys. Le premier dans le conseil chez Eurogroup, puis dans la logistique chez Delhaize. Le second également dans le conseil chez PwC, avant de mettre le cap sur Base où il s’est notamment occupé de finance et de stratégie.

Une transat en guise de test

En 2016, ils décident de quitter ces voies royales. Nicolas démissionne et Yannick prend une pause carrière. Ils veulent concrétiser un projet sur lequel ils planchent depuis quelque temps: un outil d’aide à la navigation et à la gestion de flottes de bateaux. "Comme passionné de navigation, on a commencé à réfléchir à des services pour faciliter la vie des navigateurs, explique Yannick Vereerstraeten. On s’est focalisé sur les gens qui veulent naviguer loin et en famille c’est très à la mode mais qui ont un peu peur de se lancer, avant d’élargir notre scope aux loueurs de bateaux, aux assureurs, etc."

"Contrairement à la voiture, il y a très peu de systèmes d’aide à la décision et à la gestion dans un bateau.".
Nicolas De Laet
cofondateur de sailsense analytics

Et quoi de mieux que de tester leur idée sur le terrain; pardon, en mer. Avec deux copains, ils décident de participer durant l’hiver 2016-2017 à la transat ARC qui amène les voiliers des Canaries à la Martinique. À leur retour, début 2017, leur décision est prise: ils vont se focaliser à 100% sur le développement de Sailsense Analytics. "Les bateaux sont des objets qui restent très chers, de plus en plus complexes techniquement, avec de plus en plus de matériel installé à bord, détaille Nicolas De Laet. Par contre, contrairement à la voiture, par exemple, il y a très peu de systèmes d’aide à la décision et à la gestion du bateau. Nous nous sommes donc lancés dans le développement d’une solution électronique qui donne une sorte d’intelligence au bateau."

Certes, dans un bateau, beaucoup d’instruments produisent des données mais celles-ci ne sont pas stockées, analysées, elles disparaissent instantanément alors que dans une voiture moderne tout est conservé de manière à informer le conducteur en cas de problème et lui permettre de réagir. En mer, ces données ce sont, par exemple, la force du vent, la profondeur, la gîte, la présence de récifs, les empannages, les virements de bord, etc.

"On est parti de l’assemblage de composants électroniques grand public, une sorte de petit ordinateur contenant notamment un détecteur de mouvements et de chocs et enregistrant toutes les données de navigation générées par les instruments du bateau, détaille Yannick Vereerstraeten. Le skipper peut alors être alerté via son smartphone en cas d’anomalie ou d’incident alors que, de son côté, le loueur peut être averti à distance de ce qui se passe sur son bateau car l’ordinateur est capable d’envoyer des données vers une plateforme cloud."

Bruxelles, the place to be

Sailsense Analytics n’est pas basé à la côte. Son siège est situé dans les locaux de Co.Station, l’accélérateur bruxellois de start-ups, à deux pas de la Cathédrale Saints Michel et Gudule et de la gare Centrale. "Il y règne un bel esprit d’émulation, indique Nicolas De Laet. Nous sommes tous deux originaires de Bruxelles et celle-ci offre beaucoup d’avantages: une localisation centrale et l’accès aux talents européens. Paris et Londres sont certes plus hype, mais il y a là-bas une guerre de talents que l’on trouve moins à Bruxelles. C’est encore assez facile pour nous d’attirer les bonnes personnes." 

À cet égard, les fondateurs de Sailsense Analytics estiment qu’être une société active à la fois dans le soft (ce qui est le cas de la plupart des start-ups) et le hardware ainsi que l’analyse et le traitement des données la rend plus sexy sur le marché du travail. Sans compter son domaine d’activité: la mer, l’aventure, les loisirs… Son implantation bruxelloise a aussi permis à Sailsense Analytics de bénéficier du soutien d’Impulse Brussels (environ 30.000 euros): coaching, réseautage, accès à des experts. "Cela nous a permis de gagner beaucoup du temps", conclut Nicolas De Laet.

Les concepteurs de Sailsense Analytics font régulièrement l’analogie avec la voiture intelligente en citant l’exemple suivant: "Imaginez que vous mettiez votre bateau à l’ancre et que vous descendiez à terre, explique Yannick, vous pourrez être informé via votre smartphone si le bateau dérive dangereusement et même à terme, le redresser en allumant automatiquement le moteur à distance." Pour valider leur solution, ils ont ainsi multiplié les "incidents": échouages, collisions…

Solution unique au monde

Pareil système embarqué doit donc permettre aux plaisanciers de mieux profiter de leur croisière, aux loueurs de gérer leur flotte avec plus de sérénité, aux assureurs de diminuer les primes qu’ils exigent des propriétaires et aux constructeurs de se différencier de la concurrence avec une innovation majeure, dans un marché en recul. Quatre constructeurs, dont deux réputés, sont, paraît-il, très intéressés. Car d’après les fondateurs, leur technologie est unique et le marché colossal. "Il y a bien des applications nautiques, mais à notre connaissance, nous sommes les premiers à faire de l’analyse des données, ce qui pourrait intéresser aussi les professionnels de la mer: pêcheurs, gestionnaires de ports, marine marchande, service de sécurité en mer, etc.", assure Nicolas De Laet.

Pour commercialiser leur technologie, les deux amis ont créé une SPRL en juillet 2017, lorsqu’ils ont capté leurs premiers clients, essentiellement via le bouche-à- oreille: des loueurs de bateaux aux Pays-Bas et en Belgique. En septembre, ils ont été approchés "via, via, via…" par des investisseurs qui ont pris environ 30% de la société. "On avait participé à quelques pitchs, mais ce fut peu concluant car notre activité est très spécifique", se souvient Yannick Vereerstraeten. Grâce à ces trois business angels, dont ils préfèrent garder l’identité secrète, mais aussi des amis et leur famille, ils ont fini par lever 1,3 million d’euros.

Quarante bateaux déjà équipés

Les fonds levés ont permis de renforcer l’équipe (cinq personnes aujourd’hui, l’engagement de six autres étant en cours), de développer une nouvelle version plus puissante du boîtier afin qu’il soit industrialisable et d’investir dans le marketing via la participation à des foires et salons nautiques, comme à Paris et à Düsseldorf. Le business model repose sur la vente de boîtiers et de capteurs aux loueurs et aux fabricants de bateaux (compter 990 euros pour la box centrale et 199 euros par capteur), ainsi que sur la vente d’abonnements d’analyse des données.

À ce jour, une quarantaine de bateaux sont équipés. Le break-even est attendu à l’été 2019.

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