interview

"On me vise pour atteindre Stéphane Moreau"

©Nice-matin

Marc Beyens, ex-cadre d'Ogeo Fund, s'exprime en exclusivité dans L'Echo. "Il faut dire stop quand les choses vont trop loin. Lire aujourd’hui dans la presse que par mon intermédiaire, le dossier Publifin/Nethys rejoint l’affaire Kazakhgate est un raccourci indigne et désagréable que font des observateurs juste dans le but de nuire."

Présenté comme un des bras droits de Stéphane Moreau, patron de Nethys, Marc Beyens pilote la division des activités internationales du groupe liégeois. Il a investi à titre personnel dans le projet hydroélectrique au Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC), un Partenariat public privé (PPP) qui associe, outre lui, la Province du Nord-Kivu, Nethys (via sa filiale Elicio), Stéphane Moreau, Pierre Meyers (ex-actionnaire de CMI) et un partenaire privé local (STS).

Une instruction judiciaire serait ouverte dans ce dossier. Le parquet de Liège demande son renvoi en correctionnelle (avec d’autres) dans le cadre d’un voyage d’agrément à Abu Dhabi au détriment d’Ogeo Fund, le fonds de pension dont il avait été un cadre. La semaine dernière, Le Soir et Le Vif/L’Express lui ont reproché d’avoir été en affaires avec un des frères du milliardaire Patokh Chodiev (un des principaux acteurs du Kazakhgate). Muet jusqu’à présent, il s’exprime en exclusivité dans L’Echo.

Pourquoi décidez-vous de vous exprimer?
Je le fais parce qu’à un moment donné il faut dire stop quand les choses vont trop loin. Lire aujourd’hui dans la presse que par mon intermédiaire, le dossier Publifin/Nethys rejoint l’affaire Kazakhgate est un raccourci indigne et désagréable que font des observateurs juste dans le but de nuire. Derrière ces affabulations, ce n’est pas moi qui suis visé, je suis un employé ou un entrepreneur. Je suis assez lucide pour comprendre qu’on essaie d’atteindre Stéphane Moreau à travers moi. Comme ses détracteurs n’ont rien trouvé jusqu’à présent d’objectif pour le faire tomber, ils se disent qu’il vaut mieux l’attaquer par la gauche ou par la droite.

Niez-vous les informations sur votre participation au projet de spectacle "Monaco ou les amants du rocher" en 2015?
Non, mais c’est la présentation des choses qui est tendancieuse. On essaie de lier ce dossier à Publifin/Nethys parce que ça fait vendre du papier. J’ai une vie professionnelle à côté de mes activités chez Nethys. Je suis entrepreneur et j’investis dans différents projets dont certains sont couronnés de succès et d’autres pas. Malheureusement, je n’ai pas encore trouvé la martingale qui permet de gagner à tous les coups. C’est un projet qui m’a été présenté par Bernard Olivier, un producteur de spectacles mondialement connu (il a produit Charles Aznavour, Lara Fabian, Elton John, etc.) et Hervé Poncin, un juriste avec un relais de la Principauté de Monaco. J’y ai investi environ 100.000 euros.

Ignorez-vous que d’autres intérêts sont intervenus dans le financement du show?
Complètement. Je ne connais pas le clan Chodiev autrement que par la presse. Le financement du projet s’est fait via une société de droit luxembourgeois qui a un compte auprès de la BIL, une banque luxembourgeoise respectable. Je pars du principe que quand un investissement transite par une banque comme la BIL, l’argent a été screené par le "compliance officer" de l’institution.

Que répondez-vous au réquisitoire du parquet demandant votre renvoi en correctionnelle dans le dossier Ogeo Fund?
Je suis surpris car j’ai tout expliqué aux enquêteurs et confirmé qu’il ne s’agit en rien d’un voyage d’agrément bidon. C’est un déplacement de réseautage (networking) de haut niveau organisé par UBS. La banque suisse avait invité plusieurs personnes au Grand Prix de F1 à Abou Dabi en 2011 dont une quinzaine de ses tops managers. Elle n’a pas organisé cet événement uniquement pour les pauvres Liégeois.

Mais il y a des enregistrements saisis chez UBS dans ce dossier et dans lequel vous demandiez de faire un programme bidon…
Personne n’a jamais demandé de faire un faux programme. Stéphane Moreau était au courant du déplacement et l’a validé, mais, avait-il précisé, à condition que le déplacement ne coûte rien à Ogeo. Dans son esprit, il s’agissait d’une politique de communication commerciale à charge d’UBS. Dans l’enregistrement, j’ai peut-être indiqué que Stéphane Moreau insistait pour avoir un programme avant de partir. J’ai aussi indiqué à mon interlocuteur chez UBS qu’on sait bien que le programme établi est rarement respecté pour ce type d’activités et que tout dépendait des circonstances et des rencontres sur place. Pensez-vous qu’il serait respectueux d’arrêter une discussion avec Aditya Mittal, le fils du patron du premier groupe sidérurgique, sous prétexte qu’on a un programme à respecter?

Il y a aussi la question des billets d’avion portés à charge d’Ogeo Fund.. .
J’avais insisté que les billets d’avion soient pris en charge par UBS, mais la banque était réticente. Mais c’est elle qui a acheté les billets puis les a débités du compte d’Ogeo. A la clôture des comptes, le comptable d’Ogeo se demandait ce qu’il fallait faire puisque les écritures n’étaient pas réconciliées. Je lui ai dit de sortir la facture des billets d’avion et de les mettre dans mon compte-courant à charge de ma société de management, sans en avertir, il est vrai, le conseil d’administration d’Ogeo, ni Stéphane Moreau. Ce faisant, pour moi, le dossier était réglé, surtout que personne n’était préjudicié.

La présence de Stéphane Moreau à Abou Dabi était-elle indispensable?
Elle avait été fortement souhaitée par la direction générale d’UBS.

Quid des emprunts illicites pour combler des besoins de liquidités chez Ogeo?
C’est de la pure technique financière. Toutes ces opérations figurent dans les comptes d’Ogeo, portées à la connaissance du conseil d’administration, de la FSMA (gendarme belge des marchés financiers et du secteur des assurances) via des reportings réguliers et des réviseurs d’entreprises. La Législation sur les institutions de retraite et de prévoyance (Lirp) permet qu’on fasse des emprunts momentanés pour des besoins de liquidités. J’ai demandé des lignes de crédit auprès d’UBS pour le compte d’Ogeo. Cela a fait l’objet d’une interview téléphonique de 2 heures avec les "compliance officers" de la banque qui ont validé ces opérations. Ces gens veillent à ce que tout soit fait dans la légalité. On vient dire aujourd’hui qu’un des "compliance officers" d’UBS estime que ces opérations sont douteuses alors que la banque les avait validées. En plus, ces emprunts ont permis des produits financiers que la banque elle-même proposait.

La FSMA ne vous a-t-il pas sanctionné en estimant que vous n’étiez plus "fit and proper" (honorable et compétent), vous forçant à quitter la direction d’Ogeo?
A ma connaissance, non. Aucune décision n’a été prise dans ce sens à l’époque. Et si c’est le cas, pensez-vous que la FSMA m’aurait laissé siéger encore dans les conseils d’administration de sociétés qui sont sous contrôle (Mithra, courtier d’assurances Bokiau, Credis). J’avais décidé de quitter Ogeo pour éviter que toute la polémique ne nuise au fonds de pension.

Que vous reproche-t-on dans le dossier en RDC?
Je n’en sais rien, car tout a été fait dans les règles de l’art. C’est un Partenariat public privé associant notamment la Province du Nord-Kivu, un privé sur place, Elicio (filiale de Nethys), etc. Le projet est validé techniquement et le financement de Nethys a été analysé par PwC. Pierre Meyers et moi portons ce projet pour le compte de Nethys/Elicio et nous sommes prêts à céder nos parts quand ces partenaires le souhaiteront. Je suis assez serein ici aussi.

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