chronique

Perpétuer l’ambition

La crise actuelle, combinée à l’accélération de la transition numérique et l’incertitude sur le monde d’après, stimule singulièrement la cession-reprise d’entreprises.

A l’heure des plans de relance économique, le Bureau fédéral du Plan estimait récemment que les importants investissements proposés n’étaient  susceptibles de générer qu’un nombre restreint de nouveaux emplois (3900). Par ailleurs, limpact net sur l’emploi de la transmission d’entreprises par cessions-reprises est significatif, avec un taux de succès supérieur à une start-up.

Interrogé récemment sur le plan Get Up Wallonia, le ministre Willy Borsus rappelait opportunément que la fluidification de la transmission d’entreprise constituait un des maillons essentiels dans la pérennisation et le développement de l’emploi et de l’activité économique en Wallonie.

Muriel De Lathouwer

La crise actuelle, combinée à l’accélération de la transition numérique et l’incertitude sur le monde d’après, stimule singulièrement la cession-reprise d’entreprises.

Le Covid a généré un électrochoc, suscitant de nouvelles vocations entrepreneuriales. D’autre part, plusieurs chefs d’entreprise réalisent qu’il leur manque certaines compétences ou l’énergie pour reconstruire ou transformer leur organisation. D’autres encore souhaitent, par ce biais, profiter enfin des fruits de leur labeur et se projeter dans d’autres activités, sans se départir de la préoccupation sociale prégnante qu’il faut passer le flambeau dans les meilleures conditions pour le bien de l’entreprise, de ses travailleurs et de leurs familles.

Sabine Colson. ©Dieter Telemans

Plusieurs options se présentent alors : rester à la barre coûte que coûte pour traverser la tempête dans l’attente des jours meilleurs, s’adosser à une autre entreprise éventuellement concurrente, ou trouver un candidat acquéreur qui pourra lui insuffler une nouvelle énergie.

Repreneurs prédateurs et repreneurs entrepreneurs

Si d’aucuns considèrent les repreneurs en période de crise comme des prédateurs opportunistes qui tirent profit du malheur d'entrepreneurs aux abois pour réaliser de bonnes affaires, le cas échéant dans le cadre d’opérations purement financières, d’autres, novices ou non, y voient l’occasion de se lancer dans l’aventure exaltante et pleine de sens de la  reprise et de la conduite d’entreprise.

Si d’aucuns considèrent les repreneurs en période de crise comme des prédateurs opportunistes, d’autres, novices ou non, y voient l’occasion de se lancer dans l’aventure exaltante et pleine de sens de la reprise et de la conduite d’entreprise.

Reprendre une société comporte certes des risques, mais constitue également une expérience palpitante et enrichissante, la possibilité d’en récolter les fruits et de laisser son empreinte. Un «jeune» repreneur de 50 ans se comparait récemment à l’étudiant qui vient de réussir sa toute première session à l’université, lorsqu’il sait avoir trouvé sa voie et ressent l’excitation et le plaisir de relever un des grands challenges de sa vie.

L’impact sociétal

Du point de vue économique, la reprise d’entreprise, constitue véritablement un enjeu pour le développement d’une région, en termes de maintien et création d’emplois. Ce sont parfois également des opportunités de maintenir les centres de décision, voire de relocaliser certaines activités essentielles. 

Tout comme l’entrepreneur-fondateur, le repreneur-entrepreneur a le pouvoir de changer le monde, ou en tout cas sa région, et la faculté d’offrir sécurité et employabilité aux travailleurs.

Le goût du risque, moteur de croissance

En approchant l’âge de la pension, un fondateur peut parfois tendre de façon compréhensible à sécuriser son patrimoine, modérer son appétit au risque et freiner des investissements pourtant nécessaires au développement de sa société alors même que les profondes transformations auxquelles sont confrontées les entreprises ces dernières années - transition digitale, ruptures de business models, ou encore impact du Covid - accélèrent les remises en question et requièrent des décisions opérationnelles qui impactent directement leur patrimoine.

Un repreneur avec un profil de risque plus élevé et d’autres compétences pourrait ainsi amener un nouveau souffle à l’entreprise.

De nouveaux entrepreneurs pourraient alors envisager ces mêmes transformations comme des opportunités d’un meilleur rendement. Différentes études le prouvent : la capacité à prendre des risques constitue un vecteur de croissance.  Un repreneur, avec un profil de risque plus élevé et d’autres compétences pourrait ainsi amener un nouveau souffle à l’entreprise.

Perpétuer l’ambition dans le souci du bien commun

Le philosophe danois Søren Kierkegaard a consacré un texte important à la «reprise» (La Reprise, 1843). Il conclut que reprendre ne signifie jamais répéter à l’identique, mais au contraire se réapproprier les choses, recréer, renouveler. En l’espèce, la reprise d’une entreprise constitue une «renaissance», un nouvel envol qui induit nécessairement un changement significatif orienté vers le progrès et l’avenir.

Processus émotionnellement chargé par essence, une opération de cession prend souvent un tournant décisif, qui ouvre la porte à divers compromis y compris sur le montant de la transaction, lorsque le cédant et le repreneur se comprennent et se rejoignent sur une vision commune et ambitieuse pour donner un nouveau départ à ce projet, et ainsi perpétuer l’ambition.

Muriel De Lathouwer
Administrateur de sociétés et senior advisor

Sabine Colson
 Coordinatrice SRIW Family & MBO

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