Pour Brussels Expo, maintenir Batibouw est déjà capital

Tous les palais du Heysel ont été récemment équipés d'un système de protection contre les virus par ultra-violets. ©doc

Denis Delforge, le patron du Parc des expositions de Bruxelles, appelle un chat un chat. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est noir pour l'instant. Les prochaines semaines seront décisives à tout niveau. Les pertes financières sont déjà évaluées à 35 millions.

Quand on demande à Denis Delforge, le CEO de Brussels expo, comment il vit les soubresauts actuels, il va droit au but: maintenant qu'il a dû faire une croix sur le Salon de l’auto 2021, maintenir Batibouw est devenu capital. "Pas seulement pour des raisons financières, d'ailleurs. Contrairement à d'autres parcs d’exposition comparables où l'on a déjà licencié 30 à 40% des effectifs, la majorité de notre personnel (100 emplois) est actuellement en chômage temporaire. Et nous comblons le différentiel de revenu. Mais tout le monde a besoin d’être rapidement remotivé. D'ailleurs, vu cette absence de perspective de reprise, nous faisons face à une importante fuite de talents. Or, lorsqu'il faudra relancer la machine, nous aurons cruellement besoin de toutes les forces vives."

85 à 90%
La grande majorité du personnel de Brussels expo est en chômage temporaire depuis des mois, le moral dans les chaussures.

Concernant les motifs sanitaires qui justifient pour l’instant, ici et ailleurs, l'annulation ou le report d'événements, le patron tient à remettre les pendules à l'heure. "Ne soyons pas dupes: la plupart du temps, ce sont des motifs commerciaux qui font baisser le volet aux organisateurs. On peut les comprendre: à quoi bon maintenir un événement – même national – dans l'ambiance et l'incertitude actuelles si on fait le triste constat qu’il ne sera pas rentable."

Cadre réglementaire revu

On lui demande quel est l'angle de tir dont il dispose pour maintenir ou annuler un rendez-vous de la taille du Salon de l’auto ou de Batibouw. Le patron n'hésite pas: "Il faut compter trois mois minimum en termes de rétro-planning. Donc, pour Batibouw, qui est un salon national et n'oblige pas à élargir le spectre au-delà de nos frontières, on a encore quelques semaines pour espérer que la menace d'un lockdown dur se dissipe, et qu'on puisse maintenir ce rendez-vous majeur, même s'il est imaginé différemment en termes de contacts et de circulations. D'ailleurs, je tiens à insister sur un fait important: depuis septembre dernier, nous avons pu faire admettre aux pouvoirs publics que le secteur des foires et salons n'était pas assimilable à de l'événementiel au sens large en termes de protocoles sanitaires, mais plutôt aux commerces classiques. On est bien plus comparables en termes de flux et d'enjeux sanitaires au secteur des grands magasins qu'à celui des événements, qui regroupe un peu tout et n'importe quoi. On est même suréquipés pour contrôler et limiter les circulations, pour ventiler et purifier les espaces d'exposition. D'ailleurs, on a installé depuis septembre un système de désinfection des palais par ultraviolets quasi unique au monde."

Denis Delforge, CEO de Brussels expo: "Dans le plan de sauvetage que je prépare, je fais appel à des subsides extraordinaires de la part des pouvoirs publics."

Le CEO est néanmoins réaliste: annuler des congrès internationaux quand les moyens de transport sont grippés, ou reporter le Salon des vacances quand le ciel est à ce point plombé qu'on ne peut plus rien planifier, fait sens. Et il croise les doigts pour que les nuages se dissipent d'ici l'automne prochain, saison durant laquelle s'enchaînent au Heysel chaque année les grands salons professionnels internationaux comme Label Expo ou Busworld.

Plan de sauvetage imminent

D'ici là, il est urgent de renflouer les comptes pour maintenir l'outil. Selon les années, le chiffre d'affaires moyen de Brussels expo oscille entre 40 et 50 millions d'euros. Depuis la fermeture en mars dernier, les pertes déjà comptabilisées et prévues avoisinent les 35 millions. "On atteint déjà le plus sombre des scénarios que nous avions envisagés, à savoir une année blanche complète étalée sur deux exercices comptables. Et ça pourrait encore être pire si on n'arrive pas à maintenir Batibouw. Je ne parle même pas des annulations de tournées et de concerts qui s'accumulent pour le Palais 12. Là, on est partis pour 15 mois d’inactivité au minimum et pour des années de turbulences avant de pouvoir à nouveau remplir régulièrement et complètement la salle de 18.000 places. Il y a 5.000 places debout…", insiste Denis Delforge.

35
millions d'euros
C'est le montant des pertes déjà cumulées par Brussels expo depuis mars dernier

Celui-ci prépare un plan de sauvetage qu'il doit présenter la semaine prochaine à son conseil d'administration, avec une réduction des coûts tous azimuts. Et il prévient déjà: "À ce jour, nous n'avons pas reçu d'aides des pouvoirs publics communaux ou régionaux. Mais dans le plan que je prépare, nous allons devoir faire appel à des subsides extraordinaires. C'est évident… D'ailleurs, on a déjà un accord de principe ponctuel de la Ville de Bruxelles. À titre d’exemple, le RAI à Amsterdam, un de nos concurrents directs de taille comparable (+- 100.000 m²), a déjà reçu 30 millions d'euros de l'État néerlandais. Et Comexposium, le troisième organisateur de salons au monde, vient d'être placé sous protection judiciaire…"

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