chronique

Pour la fin du télétravail obligatoire

CEO de Daoust et Title Media

Il est temps de mettre fin à l’obligation de télétravail et de redonner à l’entrepreneuriat et au monde du travail la liberté de s’organiser.

Ces semaines-ci, une série de mesures fort complexes sont en train de se mettre en place dans le cadre du déconfinement. Mais une notion dont on ne parle malheureusement pas assez est celle du télétravail, actuellement obligatoire « sauf si c’est impossible en raison de la nature de la fonction ou de la continuité de la gestion de l’entreprise ».

Si on en parle moins, c’est sans doute parce qu’une partie de la population s’est installée dans un certain confort, notamment en matière de mobilité. Certaines entreprises et organismes publics semblent également s’y être habitués, et envisagent même d’instaurer à l’avenir un télétravail structurel accru (les comptables se frottent déjà les mains à l’idée des mètres carrés de bureaux économisés).

Un excès de télétravail est une particulièrement mauvaise idée.

Les politiques quant à eux, ne sont pas insensibles aux impacts potentiels sur les problèmes de mobilité ou d’environnement, qu’ils peinent à résoudre depuis des années. Mais sur le long terme, mon observation me fait penser qu’un excès de télétravail est une particulièrement mauvaise idée.

Du point de vue des travailleurs, l’expérience du télétravail obligatoire a mis en lumière des effets psychosociaux particulièrement néfastes.

Giles Daoust. ©Mediafin

La difficulté à séparer le privé et le professionnel, souvent évoquée, n’est rien comparée aux problèmes logistiques rencontrés par de nombreuses familles. On voit mal comment des parents vivant avec deux enfants dans un petit appartement pourraient disposer d’un espace de télétravail confortable. Même si d’aucuns évoquent la possibilité que l’entreprise contribue à la fourniture de matériel ergonomique, celle-ci ne pourra jamais offrir à ses travailleurs une solution au manque d’espace dans leur logement.

Génération "pyjama jusqu'à midi"

De leur côté, les célibataires vivant seuls sont confrontés à un isolement accru, privés des liens sociaux essentiels à une vie professionnelle active. La succession de réunions Teams ou Zoom, qui manquent inévitablement de liant et d’humanité, est particulièrement anxiogène. On a perdu la notion de se mettre en route le matin, et a émergé une génération « pyjama jusqu’à midi ». Comment garder un esprit sain dans un corps sain en étant ainsi assigné à résidence ? Les êtres humains ne sont pas faits pour vivre sur des îles désertes. Nous sommes des animaux sociaux.

Du point de vue des entreprises, on constate souvent que s’il est possible de faire tourner le « day to day » en télétravail, il est bien plus difficile de créer, de débattre, de faire avancer les projets.

Du point de vue des entreprises, on constate souvent que s’il est possible de faire tourner le « day to day » en télétravail, il est bien plus difficile de créer, de débattre, de faire avancer les projets. Qui, pendant cette crise, n’a pas été confronté à un organisme privé ou public, B2B ou B2C, dont l’efficacité est en diminution depuis le télétravail forcé ?

A distance, il est beaucoup plus difficile d’entretenir une dynamique d’équipe : les travailleurs d’un département qui se voyaient tous les jours dans le passé, se rencontrent aujourd’hui beaucoup moins, et dans une ambiance virtuelle stérile. S’ensuivront des difficultés à faire vivre une culture d’entreprise, et une augmentation du taux de rotation du personnel. Nous ne sommes pas des robots, nous avons besoin de toutes ces petites rencontres fortuites du quotidien qui nous font ressentir l’appartenance à une équipe.

Le "retour progressif" n'est pas une solution

La notion évoquée récemment de « retour progressif » sur le lieu de travail n’est pas une solution : elle voudrait que les gouvernements nous imposent, jusqu’à la fin de l’année voire au-delà, le pourcentage de travail présentiel autorisé. Or une entreprise n’est pas l’autre, notamment en terme de mix de profils « white collar / blue collar » et de configuration « siège social / magasins ». Certains secteurs, tels que l’IT, sont évidemment plus propices au télétravail que d’autres.

Les entreprises sont les organismes les mieux armés pour mettre en place les mesures sanitaires ad hoc.

Il est évident qu’on ne peut pas tout rouvrir sans règles. Mais ce qui semble le plus important, ce sont les règles sanitaires permettant d’éviter que le Covid (ou un de ses variants) ne revienne en force. En ce sens, les entreprises sont les organismes les mieux armés pour mettre en place de telles mesures sanitaires. Et elles sont abondamment contrôlées par les pouvoirs publics.

Il est temps de mettre fin de manière rapide et complète à l’obligation de télétravail, moyennant respect de mesures sanitaires ad hoc. Il est temps de redonner à l’entrepreneuriat et au monde du travail la liberté de s’organiser comme ils le veulent, en fonction de leur réalité de terrain, et dans un cadre sanitaire sain.

Giles Daoust
CEO de Daoust et Title Media

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