Prendre du galon dans la finance, les femmes vont s'en charger elles-mêmes

"Il faut bien constater qu’en matière d’égalité des genres, on n’y est pas encore, pas du tout", estime Christine Van Rijsseghem, présidente de Women in Finance. ©RV DOC

Un jour, il y aura une Carina Åkerström en Belgique. Qui ça? Depuis trois mois, cette Suédoise de 56 ans est à la tête de Svenska Handelsbanken, l’une des plus grandes banques de son pays. C’est Madame la CEO.

En Belgique, comme dans beaucoup d’autres pays, on n’a pas encore connu ça. Pas encore. Aux commandes des quatre grandes banques belges qui dominent largement le marché, on trouve Max (Jadot, BNPP Fortis), Johan (Thijs, KBC), Marc (Raisière, Belfius) et Erik (Van Den Eynden, ING). Nulle Sabine, Emma, Zoé ou Claire.

Plafond de verre

En Belgique, un plafond de verre bloque encore et toujours les femmes sur l’échelle des responsabilités. Alors qu’elles représentent 52% des effectifs totaux, elles ne sont plus que 44% dans les fonctions managériales intermédiaires et 25% dans le senior management (voir l’infographie ci-contre).

©Mediafin

Ces chiffres ont connu une progression régulière pendant tout un temps, mais ils stagnent depuis quelques années. Pourquoi? "Parce que le recrutement s’est ralenti dans le secteur et parce que, lorsque recrutement il y a eu, ce fut surtout dans des fonctions IT, experts ou pour des jobs fonctionnant en shift, ce qui n’est pas nécessairement fait pour attirer beaucoup de femmes", situe Claire Godding, experte en diversité et inclusion chez Febelfin, la fédération belge du secteur financier.

Cela risque de plafonner encore un moment, car les recrutements dans des créneaux comme le digital et l’intelligence artificielle, très tendance en ce moment, sont peu féminins, eux aussi.

Sept femmes

Comment faire bouger les lignes? Il y a un an, quelques femmes se sont retrouvées le temps d’un dîner autour de ce thème. En est sorti une initiative spontanée: Women in Finance.

À la base de cette association de fait, sept femmes, toutes actives à un haut niveau au sein de leur entreprise: Laura Ahto (BNY Mellon), Marianne Collin (Belfius), Marcia De Wachter (à l’époque membre du comité de direction de la Banque nationale de Belgique), Françoise Gilles (Axa), Valérie Urbain (Euroclear Bank), Christine Van Rijsseghem (KBC) et Rosa Scappatura (BNY Mellon).

Ce lundi, leur mobilisation aboutit à une première concrétisation. Dans l’auditoire de la Banque nationale, la plupart des institutions financières signeront la charte pour la diversité des genres dans la finance belge. Conçue par Women in Finance, elle est soutenue par les deux fédérations sectorielles, Febelfin et Assuralia.

"Il faut faire pression pour que les choses avancent. Manifestement, elles ne se règlent pas toutes seules."
Christine Van Rijsseghem
Chief risk officer KBC

Lundi, vingt-six organisations (banques, compagnies d’assurance, entités publiques liées au secteur) y apposeront leur signature. Tous les grands noms du métier en sont, représentant un bon 80% du marché.

Quoi, encore une charte? C’est fort sympathique mais qu’est-ce que cela va vraiment changer? "Il faut bien constater qu’en matière d’égalité des genres, on n’y est pas encore, pas du tout", estime Christine Van Rijsseghem, présidente de Women in Finance.

La chief risk officer de KBC, unique femme pour six hommes au comité de direction du bancassureur flamand, est d’avis qu’"il faut faire pression pour que les choses avancent: manifestement, elles ne se règlent pas toutes seules".


Et concrètement?

Mettre la pression? Toutes les entreprises signataires s’engagent à soutenir "la progression des femmes vers des postes de direction", ce qui ne veut rien dire en soi. Mais l’engagement va plus loin. Elles devront mesurer où elles en sont et le communiquer. Elles devront aussi définir des objectifs chiffrés, "en se concentrant sur le niveau exécutif et intermédiaire" et, ici aussi, "communiquer chaque année les progrès réalisés".

"Toutes les entreprises ne sont pas au même stade sur la question de la diversité, indique Claire Godding. Inutile donc de fixer des objectifs communs. Ce qu’il faut, c’est situer précisément dans chaque maison où est le plafond de verre, à quel moment on perd les femmes. Donc, d’abord on mesure, ensuite on se fixe des objectifs."

Les firmes signataires devront aussi "s’assurer que l’engagement est pris au sommet". Très important, ce point, insiste la dirigeante de KBC. "Si cela ne vient pas d’en haut, cela ne marche pas."

Pas de quotas

Il ne s’agit en tout cas pas d’imposer des quotas. "Personne n’aime les quotas, les femmes pas plus que les hommes." Christine Van Rijsseghem compte au contraire sur l’effet d’entraînement de cette comparaison entre pairs, dans la durée.

Rendez-vous est déjà pris dans un an pour vérifier que le secteur a dépassé le stade des belles intentions et que les femmes ont effectivement pris du galon.

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