PSG-Bayern: le riche et... le prudent

L’étoile montante Kylian Mbappé, pour lequel le PSG a déboursé la coquette somme de 180 millions d’euros à son concurrent, l’AS Monaco. ©AFP

Ce dimanche, le PSG et le Bayern de Munich s’affronteront lors de la finale de la Champions League: la solidité conservatrice allemande versus l'exubérance financière franco-qatarie.

Dans l’ombre de la crise du coronavirus, le match du PSG contre le Bayern sera malgré tout une finale de rêve. Ne fût-ce que par la présence sur le terrain de nombreuses stars du foot. Des figures de proue de l’équipe française comme Neymar Jr., Kylian Mbappé et Angel Di Maria affronteront les solides Bavarois comme Robert Lewandowski, Manuel Neuer et Alphonso Davies.

Une affiche logique aujourd'hui, mais improbable il y a dix ans. Pour le PSG, elle aurait été tout simplement impensable en 2010. Le club parisien était une équipe moyenne de la Ligue 1 française, n’ayant plus remporté la moindre coupe depuis 1994.

Avec l’inépuisable richesse de l’émir qatari, le club français s’est lancé dans une course effrénée sur le marché des transferts. Dopé de pétrodollars, le club est devenu champion de France cette année pour la 9e fois de son histoire.

Tout a changé en 2011 lorsque le club a été racheté par Qatar Sports Investments, un véhicule d’investissement de l’État du Golfe. Avec l’inépuisable richesse de l’émir qatari, le club français s’est lancé dans une course effrénée sur le marché des transferts. Dopé de pétrodollars, le club est devenu champion de France cette année pour la 9e fois de son histoire, la 7e en huit ans.

Controverses financières

Durant l'été 2017, le PSG a réalisé un coup de force en organisant le transfert le plus cher de l’histoire du football. Pour 222 millions d’euros, le club s’est offert la superstar brésilienne Neymar Jr., le subtilisant à Barcelone. Et pour l’étoile montante Kylian Mbappé, le PSG a déboursé un peu plus tard la coquette somme de 180 millions d’euros à son concurrent l’AS Monaco. Avec cette ligne d’attaque, le PSG peut aujourd’hui briguer le plus haut titre européen de la discipline.

La manière dont le PSG s’est frayé un chemin vers les sommets fait l’objet de nombreuses controverses. Après cet été un peu fou qui a totalement bouleversé le marché des transferts, l’UEFA a décidé d’examiner les finances des Parisiens pour vérifier si le club avait bien respecté les règles du "Financial Fair Play". En résumé, celles-ci préconisent que les clubs ne dépensent pas plus que leurs rentrées.

Au grand étonnement de tous, cette enquête – dirigée par notre ancien premier ministre, Yves Leterme – n’a rien révélé. Le PSG avait trouvé une manière créative de faire rentrer l’argent qatari: le club a conclu plusieurs généreux contrats de sponsoring avec des véhicules liés à l’État qatari, comme le service touristique qatari, qui a mis sur la table 100 millions d’euros pour promouvoir le Qatar en tant que destination touristique. Parmi les sponsors, on trouvait également l’opérateur télécom national Ooredoo et la Banque Nationale du Qatar.

Vu que l’UEFA soupçonnait que ces contrats aient été artificiellement mis sur pied pour financer les onéreux transferts du PSG, elle a mandaté un bureau indépendant de marketing sportif pour évaluer ces contrats. Conclusion: ils ne représentaient qu’une fraction de ce que les Qataris avaient déboursé. Le PSG fait réaliser une contre-expertise dont les conclusions correspondent davantage à ce que les sponsors qataris avaient déboursé. Pour des raisons peu claires – et malgré des protestations au sein même de l’UEFA – Leterme et l’Union ont choisi de s’appuyer sur l’étude parisienne et le PSG s’en est sorti sans dommage.

Levier commercial

Ces contrats ont entre-temps permis d’initier une nouvelle dynamique, estime Wim Lagae, économiste du sport à la KU Leuven: "En réalité, le développement du PSG s’est déroulé en deux phases. Au départ, le club s’est acheté un avantage concurrentiel en se dopant financièrement. Dans une deuxième phase, il a réussi à exploiter le levier commercial résultant du succès sportif. Ces dernières années, le PSG a conclu des contrats très lucratifs avec entre autres la marque Jordan de Nike et le groupe hôtelier Accor et il signe à la pelle de nouveaux contrats de partenariats commerciaux. Grâce à son rayonnement sportif, le club a réussi à renverser la vapeur pour devenir un club au fonctionnement plus normal et conforme au marché."

"Le PSG a réussi à exploiter le levier commercial résultant du succès sportif."
Wim Lagae
Économiste du sport à la KU Leuven

S’appuyant entre autres sur ce flux de partenariats ainsi que sur la forte hausse des revenus de la vente de tickets et des droits de diffusion à la télévision, le PSG a réussi ces dernières années à se hisser au sommet du classement des clubs les plus riches. Dans le "Deloitte Football Money League" – un classement basé sur le chiffre d’affaires des clubs de football – l’équipe parisienne arrive en cinquième position avec des rentrées de 636 millions d’euros. Nul ne sait si le club est bénéficiaire. Seuls le FC Barcelone, le Real Madrid, Manchester United et le Bayern de Munich font mieux en termes de chiffre d’affaires.

Supporters actionnaires

Même si le PSG peut aujourd’hui rivaliser commercialement et sportivement avec le Bayern, le contraste avec le Rekordmeister bavarois est immense. Le club allemand, contrôlé à hauteur de 75% par 300.000 supporters, est dirigé comme une entreprise familiale, avec des rôles-clés attribués à d’anciens joueurs qui appliquent une gestion d’entreprise conservatrice au plan financier. Le Bayern joue pour gagner, mais sans dépenser des montants exubérants pour acheter des joueurs. Le meilleur exemple est l’attaquant Lewandowski – le meilleur buteur européen avec 55 buts à son actif– que le club a pu attirer gratuitement.

300.000
SUPPORTERS
Le club allemand est contrôlé à hauteur de 75% par 300.000 supporters,

Résultat: un club financièrement sain et sans dette. La saison dernière – où le Bayern est devenu pour la septième année consécutive champion de la Bundesliga, mais a été éjecté très tôt de la Champions League – le FCB a comptabilisé 161 millions d’euros de bénéfice d’exploitation sur un chiffre d’affaires de 826 millions d’euros, et ce avec plus de 1.000 employés. Ce fut la 27e année bénéficiaire consécutive.

Ce contraste est d’ailleurs visible dans la composition des équipes que les clubs ont alignées lors des demi-finales: celle du Bayern a coûté 100 millions d’euros. Le PSG a déboursé six fois plus.

©Mediafin

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