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Que craignent les chasseurs de têtes?

©Roger Dohmen/Hollandse Hoogte

Le Règlement sur la protection des données rendra le recrutement plus difficile…

"Notre marché est en croissance quand l’économie est forte ou quand elle traverse une période de changement intense." Richard Boggis-Rolfe parle du marché des chasseurs de têtes. Il préside lui-même le cabinet Odgers Berndtson, qui fait partie du top 6 mondial, et opère depuis Londres.

Le Brexit a ouvert, à ses yeux, une période de changement important. "Les entreprises basées au Royaume-Uni s’organisent autrement", dit-il. On songe à Goldman Sachs qui a annoncé son départ pour Francfort ou aux Lloyd’s de Londres qui ont ouvert un bureau à Bruxelles. Mais lui-même ne s’inquiète pas trop pour Londres. Elle restera selon lui la sixième ville francophone du monde (vu le nombre de résidents francophones) et l’Angleterre continuera d’accueillir autant de travailleurs étrangers qu’avant: les "continentaux" auront simplement le même statut, à l’avenir, que les non-Européens aujourd’hui.

"A partir de l’an prochain, chaque candidat devra nous donner son consentement non seulement pour que nous puissions stocker ses données, mais également pour pouvoir les partager avec nos clients et nos collègues."
Richard Boggis-Rolfe
Président d’Odgers Berndtson

La "realpolitik" va l’emporter, pense-t-il, et l’effet disruptif de la scission d’avec l’Union ne se fera sentir qu’à court terme. Et puis, la place de Francfort n’est pas dimensionnée pour reloger tout le personnel non-britannique de la City, pas davantage que Paris ou Milan. Il y aurait donc même une impossibilité géographique et immobilière à organiser la fuite des cerveaux d’Angleterre… En tout cas, dans son domaine d’activité, ce qu’on appelle dans le jargon l’"executive search", il ne devrait pas y avoir d’impact négatif.

"Cela rendra le recrutement plus difficile"

Il en va tout autrement d’une autre source importante de "disruption", poursuit Richard Boggis-Rolfe. Il veut parler du Règlement général sur la protection des données, adopté en avril 2016 par le Parlement européen et qui entrera en vigueur le 25 mai 2018. "Nous gérons des banques de données contenant beaucoup d’informations sur nos candidats, souligne le président d’Odgers Berndtson. A partir de l’an prochain, chaque candidat devra nous donner son consentement non seulement pour que nous puissions stocker ses données, mais également pour pouvoir les partager avec nos clients et nos collègues." Cela va singulièrement compliquer le travail des chasseurs de têtes à l’heure où tout quidam peut découvrir, en libre accès, des données sur la carrière des personnes sur des réseaux ouverts comme LinkedIn. Paradoxal…

Odgers Berndtson a commencé à s’y préparer en adaptant ses logiciels. Le secteur espère toujours que le Règlement sera amendé. Mais si rien ne change, "cela rendra le recrutement plus difficile, convient le président, mais cela rendra encore plus nécessaire l’existence d’experts en recrutement…"

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