Rush de fin d'année pour les fusions-acquisitions

Les dealmakers ont conclu pour plus de deux milliards en reprises en Belgique dans la semaine qui a précédé Noël. Un grand sprint final en baisser de rideau d’une année moyenne.

"Que peut-on vous souhaiter?", demandions-nous à la fin de la semaine dernière à plusieurs dealmakers belges. "De rattraper mes heures de sommeil", répliquait-on systématiquement à l’autre bout du fil. C’est dire quelle fut l’animation du marché des fusions et acquisitions pendant la dernière semaine avant Noël. C’est presque devenu une tradition: faire encore aboutir quelques transactions à l’approche des fêtes et avec la fin d’année en perspective.

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Il y a eu pour plus de deux milliards en transactions avec un acheteur, un vendeur ou une cible belge ces dix derniers jours.

Il y a eu pour plus de deux milliards en transactions avec un acheteur, un vendeur ou une cible belge ces dix derniers jours. C’est environ 10% du total annuel, le pinacle étant atteint vendredi dernier. Ce jour-là, Aedifica annonçait une opération d’un demi-milliard au Royaume-Uni, et le fonds d’investissement HG Capital prenait la relève de Waterland comme actionnaire principal du gestionnaire de sites web Combell. L’opération valorisait Combell à 700 millions d’euros. La semaine dernière, c’est le fabricant wallon d’implants oculaires Physiol qui changeait de mains pour une valeur estimée à un demi-milliard d’euros, tandis que l’investisseur belge Cobepa se portait acquéreur de la Française Scaldian pour 200 millions.

Pareille fièvre acheteuse pourrait faire penser que la Belgique a une bonne année derrière elle, mais rien n’est moins vrai. Avec un total de 23 milliards d’euros, le marché belge des fusions-acquisitions est resté assez stable par rapport à l’année dernière, selon nos données et celles bureau d’étude Dealogic. En 2017, le total des transactions en Belgique n’avait été "que" de 22 milliards. Sur le long terme, 2018 est une année faible – même sans tenir compte de la reprise exceptionnelle du brasseur SABMiller par AB InBev en 2015, pour 92 milliards d’euros.

Biotech et sucre

Le plus gros deal en Belgique cette année est la reprise de la biotech Ablynx par la Française Sanofi. Avec une offre de 3,9 milliards euros, le géant pharma d’outre-Quiévrain a surpassé de loin la proposition hostile de la danoise Novo Nordisk.

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C’est la première fois depuis 2015 qu’on retrouve une transaction à plus de 2 milliards en haut du palmarès de l’année.

C’est la première fois depuis 2015 qu’on retrouve une transaction à plus de 2 milliards en haut du palmarès de l’année. On en compte même deux: la famille Wittouck – qui a fait fortune avec Sucres de Tirlemont – a engrangé 2,8 milliards d’euros avec la vente de sa part dans Blue Buffalo, producteur américain d’aliments pour animaux. La dernière méga reprise belge de plus de 5 milliards d’euros remonte déjà à 2015. AB InBev avait alors racheté SABMiller, Ahold absorbait Delhaize pour 9,5 milliards et Solvay devenait propriétaire de l’Américaine Cytec pour 5,8 milliards d’euros.

À l’international, les méga deals continuent en revanche de se succéder, malgré l’intensification du conflit commercial entre les États-Unis et la Chine et la correction sur les marchés financiers au dernier trimestre. Selon un rapport du cabinet d’avocats Allen & Overy, 42 transactions de plus de 10 milliards de dollars et 120 deals à plus de 5 milliards ont été conclus l’an dernier.

La plus grosse opération dans le monde est la reprise de l’entreprise pharmaceutique Shire par Takeda – un acteur connu chez nous comme le propriétaire de TiGenix – pour 66 milliards d’euros (dettes comprises). En 2018, le marché des fusions et acquisitions a brassé 3.900 milliards de dollars, soit la deuxième meilleure année depuis la crise financière.

©Mediafin

Des opérations inattendues

Certaines transactions sont prévisibles, d’autres non. Qui aurait pu savoir en début d’année qu’en décembre, Aedifica prendrait pied au Royaume-Uni via un méga deal et que, ce faisant, le groupe immobilier s’offrirait d’un seul coup un quatrième marché? Ou que Frédéric de Mévius quitterait la présidence de la société d’investissement Verlinvest et vendrait sa part (10%) aux de Spoelberch, l’autre famille AB InBev?

Sur le marché du commerce de détail, attaqué de toutes parts, trois chaînes belges ont changé de propriétaire. Mitiska a revendu la chaîne de magasins de jouets Fun, déficitaire, au discounter wallon Pardis, tandis que le groupe français J. Bogart reprenait les parts d'Ackermans & van Haaren et de la famille Frère dans Di et Planet Parfum. Le secteur des concessionnaires automobiles traverse quant à lui une période de consolidation, avec le groupe suédois Bilia comme repreneur le plus actif.

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En Wallonie, deux entreprises ont été rachetées pour une valeur estimée à un demi-milliard ou davantage: Physiol, fabricant d’implants optiques, et Inula, spécialiste des huiles et extraits naturels.

En Wallonie, deux entreprises ont été rachetées pour une valeur estimée à un demi-milliard ou davantage: Physiol, fabricant d’implants optiques, et Inula, spécialiste des huiles et extraits naturels. Des prix très élevés parfois accueillis avec scepticisme. Une fois de plus, ces prix élevés ont été la règle davantage que l’exception en 2018. Ils sont typiques du marché des dernières années, sur lequel les repreneurs peuvent se financer à bon marché, et avec de nombreux fonds d’investissement aux liquidités importantes et en quête de cibles. Un marché haussier dont les vendeurs veulent profiter avant un retournement de tendance.

Celui-ci semble s’amorcer, sur fond notamment de Bourses en recul et de conflit commercial grandissant entre les États-Unis et la Chine. Au dernier trimestre, on a "seulement" annoncé 724 milliards de dollars en transactions, un quart de moins que l’année d’avant et 16% de moins que le trimestre précédent. Il est probable que cette évolution se poursuive en 2019.

Des capitaux frais et peu de sang neuf

Nombreux sont ceux qui espéraient que l’entrée en Bourse de Belfius aurait un effet d’aspiration pour d’autres dossiers boursiers. Mais l’"IPO de l’année" n’a pas eu lieu. Et Euronext Brussels continue de faire plutôt grise mine sur ce plan. Seuls Acacia Pharma, le loueur d’espaces de stockage Shurgard – deux entreprises étrangères – et le groupe d’habillement FNG ont commencé à être cotés à Bruxelles cette année. Mais FNG faisait en fait son retour en Bourse après une première période de cotation par le passé.

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Les entreprises cotées ont récolté plus de deux milliards d’euros. Le premier prix revient à Umicore, qui – en 2,5 heures à peine – a obtenu près de 900 millions d’argent frais.

En revanche, les augmentations de capital n’ont pas manqué. Les entreprises cotées ont récolté plus de deux milliards d’euros. Le premier prix revient à Umicore, qui – en 2,5 heures à peine – a obtenu près de 900 millions d’argent frais.

Parallèlement, les entreprises désertent toujours plus la Bourse de Bruxelles. Ont déjà disparu de la cote cette année: Ablynx, RealDolmen, Sapec et TiGenix. L’entreprise énergétique 2Valorise a pris le chemin de la sortie, tout comme Connect, Global Graphics et Eckert & Ziegler Bebig. Le nombre de cotations sur le marché principal à Bruxelles menace ainsi de tomber à son plus bas niveau depuis 1870.

Le contraste avec le reste du monde est grand. Malgré les récentes vagues qui ont déferlé sur les marchés financiers, 37 "licornes" (des entreprises technologiques dont la valeur dépasse le milliard de dollars, NDLR) sont entrées en Bourse aux États-Unis. C’est le plus haut niveau depuis la bulle internet de 2000. Les entreprises de taxis Uber et Lyft, l’application de discussion Slack et le réseau social Pinterest pourraient faire leur apparition en 2019.

La boule de cristal

À quels deals peut-on s’attendre dans les mois à venir? Quelques opérations de grand format s’annoncent déjà, comme la vente par l’Australien Macquarie de sa part (36%) dans Brussels Airport. On évoque une fourchette de prix entre 1,5 et 2 milliards d’euros. Un autre deal à plus d’un milliard se prépare aussi autour de House of HR, le groupe de travail intérimaire qui chapeaute le prestataire belge Accent. Le fonds d’investissement français Naxicap prépare quant à lui sa sortie de House of HR.

Nombreux ceux qui espéraient que l’entrée en bourse de Belfius aurait un effet d’aspiration pour d’autres dossiers boursiers.

Des transactions se préparent aussi autour de l’exploitant de maisons de repos Armonea et de l’entreprise d’infrastructure Verbraeken. Dans les deux dossiers, la quête d’un partenaire ou d’un acheteur est en cours depuis un temps déjà. Le géant portuaire Euroports attend lui aussi un nouveau propriétaire. En fin de semaine dernière, le conglomérat Monaco Resources a fait offre sur le groupe avec les bras financiers des autorités flamande et fédérale.

À la Bourse de Bruxelles, on attend la décision d’Agfa à propos de sa division IT Healthcare, dernièrement devenue autonome. Peut-être y aura-t-il aussi du mouvement autour du groupe technologique liégeois EVS, sa rivale Evertz étant entrée dans son capital il y a quelques mois. Par ailleurs, on a appris hier qu’Ackermans & van Haaren et Belfius rachetaient ensemble 4,9% de l’entreprise. Un coup défensif contre Evertz?

En l’état actuel des choses, on semble plus éloigné que jamais d’une entrée en Bourse de Belfius. Avec un actionnaire en affaires courantes – le gouvernement fédéral – et des marchés financiers en débandade, l’espoir d’une telle opération semble bien vain.

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