Sirris produit des montres pour pousser les PME au numérique

©Debby Termonia

Le centre de recherche et d’innovation s’est lancé dans la production de quelques montres. Elles ne sont pas destinées à la vente mais à montrer aux PME comment intégrer la numérisation.

Avec ses minuscules finitions, la nouvelle montre de Sirris, déjà la deuxième version, a un certain style. Le centre de recherche et d’innovation n’a toutefois pas décidé de se réorienter. Le produit en question n’est d’ailleurs pas à vendre. En développant cette montre, les ingénieurs ont un objectif précis: présenter les dernières avancées technologiques aux PME et surtout leur apprendre comment les intégrer dans leur production. "Aujourd’hui, on remarque encore une approche trop timide des entreprises dans l’utilisation des différentes évolutions", lance Jean-Claude Noben, directeur régional Wallonie chez Sirris.

Les bonnes raisons pour faire entrer le numérique dans sa petite ou moyenne entreprise se multiplient pourtant, notamment du côté du coût. "Depuis leur création, les prix des capteurs et des robots ont été divisés par deux, les technologies de stockage par 50 et de traitement de données par 60", indique encore le patron.

"Il était utile de nous lancer dans un processus de création afin de cerner quelles sont les contraintes rencontrées par une entreprise"
olivier rigo
senior engineer additive manufacturing

Plutôt que de s’appuyer sur la théorie, Sirris a donc décidé de passer à la pratique en utilisant ses propres ressources afin de créer une industrie 4.0 de conception de montres. "Il était utile de nous lancer nous-même dans un processus de création afin de complètement cerner quelles sont les contraintes que peut rencontrer une entreprise", glisse lors de la visite de la chaîne de production créée pour l’occasion Olivier Rigo, senior engineer additive manufacturing chez Sirris.

3D de A à Z

À l’exception du mouvement des aiguilles, le centre de recherche conçoit entièrement la montre et gère chaque étape de sa production, en y intégrant une sérieuse dose de technologie. "Nous avons d’abord développé une plateforme web permettant au client (fictif) d’entièrement personnaliser sa montre. Une fois son choix validé, le processus de production se met en route", explique Olivier Rigo.

Les éléments de la montre sont produits par impression 3D avec un suivi de production dernier cri.

Les éléments de la montre sont produits par impression 3D avec un suivi de production dernier cri. "Nous avons mis en place un système de simulation de process permettant de s’assurer qu’il n’y aura pas la moindre erreur lors de la production. Ce n’est pas vraiment indispensable pour notre montre de démonstration, mais ça l’est pour les produits à très haute valeur ajoutée. En évitant une production ratée, de sérieuses économies sont parfois possibles". Des systèmes de monitoring, de tracking et de contrôle qualité de la matière première sont également prévus, chacun relié à l’application présente sur la tablette de l’ingénieur.

Diviser pour mieux piger

Les pièces finalement produites sont ensuite envoyées au centre Sirris d’Hasselt, où le reste du processus est réalisé dans la même optique de mise en avant des bienfaits de la numérisation. Si ce processus incomplet a un côté frustrant pour le visiteur, il a un intérêt crucial pour les ingénieurs. "On aurait pu tout faire au même endroit mais cela ne serait pas représentatif de la vie d’une entreprise. En partageant la production sur deux sites, nous avons pu également implanter d’autres technologies comme le partage de données et la gestion d’une production à distance", détaille encore Olivier Rigo.

L’exemple industriel a déjà été présenté ce jeudi à une centaine de PME. L’objectif est de permettre à ces dernières de trouver des solutions à implanter dans leur production. "Il n’y a pas de secteur spécifique cible en particulier", glisse Jean-Claude Noben. "Les industries ne doivent d’ailleurs pas nécessairement changer tout leur matériel pour se numériser. Quelques manipulations permettent de connecter de vieilles machines pour les intégrer dans un système moderne", explique encore le directeur régional, devant un ancien four thermique auquel les ingénieurs de Sirris ont simplement ajouté une sonde afin d’en faire le suivi précis via une application. Un argument supplémentaire pour le centre, qui espère toucher un millier d’industries belges.

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