Stéphan Jourdain "n'a rien à se reprocher"

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Le procès concernant les activités de Stéphan Jourdain s'est ouvert ce lundi. Le parquet de Bruxelles réclame 20 millions d’euros à l’homme d’affaires. Ce dernier conteste les préventions à sa charge.

Stéphan Jourdain n'a rien à se reprocher. L'homme d'affaires comparaissait devant tribunal correctionnel pour faux, usage de faux, infractions liées à l'état de faillite, abus de biens sociaux et abus de confiance. L'instruction d'audience a été extrêmement courte. Les différentes parties avaient peu de questions à poser au prévenu. De plus, le ministère public n'était pas prêt à requérir. La suite des débats a été postposée à mardi.

Rentrée chargée donc et peu plaisante pour le fondateur du Cercle de Lorraine et ex-propriétaire des Jardins d'Annevoie. Il était cité à comparaître devant la 89e chambre du tribunal correctionnel par le parquet de Bruxelles. Au terme d’une enquête de plus de cinq ans, le parquet a directement cité l’homme d’affaires devant le tribunal pour diverses préventions parmi lesquelles des infractions liées à l’état de faillite, des faux et usages de faux et des abus de biens sociaux.

À la grosse louche, après avoir épluché l’activité des sociétés de Stéphan Jourdain au cours des 18 dernières années, le parquet lui réclame à peu près vingt millions d’euros.

"Ce dossier démontre une violation flagrante du secret de l’information judiciaire."
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D’anciens travailleurs des laminoirs de Longtain, défendus par l’avocat David Poelaert, ont fait savoir qu’ils se présenteront lundi prochain à l’ouverture du procès. Ils estiment que l’homme d’affaires doit encore leur payer une partie du plan social estimé à deux millions d’euros. En fonction d’un lien entre les différents dossiers, David Poelaert n’a pas exclu de se constituer partie civile au nom de ses clients. Si cette demande est acceptée, il devrait rejoindre le banc occupé par le curateur de la SPRL Fond’Roy Exploitation, une société qui fut propriétaire de morceaux du domaine d’Annevoie. Cette dernière avait un passif d’un peu plus de 9 millions d’euros, dont 7 à l’égard de Stéphan Jourdain et un peu plus de deux millions à l’égard de BNP Paribas Fortis. C’est pour cette raison que l’on retrouve la banque sur le banc des parties civiles. BNP Paribas Fortis, défendue par Jean-Pierre Buyle et André-Pierre André-Dumont, réclame à ce stade un euro symbolique.

Citation directe

Lors de l’audience d’introduction qui s’était tenue dans le courant du mois de décembre, les échanges avaient été vifs entre le procureur en charge du dossier, Thibaut Radar, et l’avocat de Stéphan Jourdain, André Risopoulos. L’homme d’affaires goûtait assez peu d’avoir découvert dans la presse la citation le visant et digérait mal la stratégie suivie par le parquet. Procédant par le biais d’une citation directe, le parquet s’était passé des services d’un juge d’instruction, ce qui avait fait bondir la partie citée, forcée de gérer en quelques jours une affaire contenant une dizaine de cartons sans y avoir eu accès.

André Risopoulos s’en était alors pris aux termes de la citation, jugée trop floue. Une "attaque" qui avait braqué le procureur. "Quand on dit qu’on ne comprend pas, il suffit de lire la citation, c’est un résumé du dossier. Il faut lire le dossier avant de dire qu’on ne comprend pas", avait alors répliqué Thibaut Radar. Dans la foulée de cette déclaration, après l’audience, l’homme d’affaires avait annoncé la couleur. "Si ce procureur qui m’accuse d’avoir fraudé 20 millions d’euros refuse de préciser sur quoi il base d’aussi graves accusations, cela démontre combien il est peu sûr de son coup, combien son dossier est inconsistant".

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Pas sûr que ces échanges aux relents de bras de fer se reproduiront lundi prochain lors du démarrage du procès prévu pour durer deux semaines. D’après nos informations, le procureur qui avait mené l’enquête et rédigé la citation a été remplacé.

Le procès promet d’être aussi complexe que technique. Il porte sur les activités de Stéphan Jourdain au cours des dix-huit dernières années et concerne, entre autres, le Cercle de Lorraine, dont il est le fondateur, les Jardins d’Annevoie, dont il a été le propriétaire, et les Laminoirs de Longtain, qu’il avait repris en 2015 avant de les céder. Le parquet de Bruxelles reproche entre autres à Stéphan Jourdain d’avoir créé durant ces années de fausses ASBL afin de profiter du statut fiscal avantageux de ce type de sociétés.

Comme c’était le cas lors de l’audience d’introduction, Stéphan Jourdain nie ce qui lui est reproché. Et s’il avoue qu’il se passerait volontiers de cette mauvaise publicité, il se dit satisfait de pouvoir se présenter à la barre "afin de balayer toutes ces accusations d’un revers".

"Intention de nuire"

"Il faut savoir qu’il n’y a dans mon dossier ni plainte ni inculpation", tient à rappeler Stéphan Jourdain. À ce stade du dossier, l’homme d’affaires bénéficie évidemment de la présomption d’innocence. "Ce qui est extrêmement étrange, c’est que le ministère de la Justice veut favoriser les informations judiciaires diligentées par le parquet parce que cette procédure est plus rapide, mais nous sommes face à une enquête qui a duré près de cinq ans et demi", précise Stéphan Jourdain.

Ce dernier affirme aujourd’hui que s’il avait pu avoir accès au dossier dans les temps, il aurait pu argumenter et se défendre correctement. "Je conteste les préventions du parquet et mon avocat a réponse à toutes les questions", a-t-il encore fait savoir.

Enfin, comme il l’avait déjà fait en décembre, l’homme d’affaires a chargé le parquet. "Il est pitoyable que la citation a été envoyée aux journalistes avant que je ne l’aie reçue. Cela démontre une violation flagrante du secret de l’information judiciaire et donc une intention de nuire. En agissant de la sorte, le parquet se déconsidère", a-t-il ajouté avant d’enfoncer le clou. "Quand une information est ouverte, c’est que quelqu’un crie quelque part, mais ici, il n’y a rien".

Le procès qui a démarré ce lundi devant la 89e chambre devrait se dérouler sur deux semaines.

 

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