Stéphane Bleus va affronter ses victimes au tribunal

©doc

On l'a surnommé le "Madoff belge". Le procès de Stéphane Bleus démarre ce jeudi. Face à lui, une dizaine de victimes réclamant une dizaine de millions d'euros.

Le procès que les victimes de Stéphane Bleus attendaient depuis des années va enfin démarrer. Ce jeudi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, Stéphane Bleus, que la presse avait surnommé le "Madoff belge", et son ancien bras droit, Xavier Barnich, devront répondre de leurs actes. On leur reproche d'avoir monté de toutes pièces une escroquerie de type Pyramide de Ponzi. Lorsque l'affaire a éclaté, on parlait de plusieurs centaines de victimes et d'un montant d'une centaine de millions. Entre-temps, le préjudice s'est dégonflé et l'on parle aujourd'hui d'une dizaine de millions d'euros réclamés par une vingtaine de victimes.

Une escroquerie de type Madoff

Dans cette affaire, tout a démarré par un mail envoyé à la rédaction au début du mois de mars 2014. "Message urgent pour le rédacteur en chef. Une escroquerie (type Madoff) a été découverte à Bruxelles il y a deux semaines avec des ramifications en Belgique, au Luxembourg et ailleurs en Europe. Il s'agit de dizaines de millions d'euros disparus. L'auteur de cette escroquerie a disparu et est recherché". À l'époque, nous étions allés à la rencontre de l'auteur de ce mail (que nous appellerons Paul) qui nous avait expliqué avoir été séduit par l'intelligence et le savoir d'un certain Stéphane Bleus.

"Je trouvais Stéphane Bleus brillant, il inspirait confiance".
Paul
Une victime de Stéphane Bleus

Des amis de Paul avaient déjà investi dans Pegasius, une société luxembourgeoise créée par Stéphane Bleus. Les rendements garantis allaient de 9 à 25%. "Je trouvais Stéphane Bleus brillant, il inspirait confiance, il venait parfois à la maison, j'aimais dialoguer avec lui", nous confia alors Paul.

L'affaire est classique. À la fin du mois de janvier 2014, un investisseur souhaitant récupérer ses billes pour acheter un immeuble s'est tourné vers Pegasius. À ce moment, incapable de le rembourser faute de fonds suffisants, Stéphane Bleus a pris la poudre d'escampette. L'information se répand auprès des investisseurs qui comprennent alors qu'ils se sont faits avoir. Très vite, on parle d'une centaine de victimes arnaquées pour un peu plus de 100 millions d'euros. Par la suite, ces chiffres seront revus à la baisse.

Deux plaintes pénales

Une première plainte pénale contre X et contre Stéphane Bleus est déposée au Luxembourg où se trouve le siège de Pegasius, mais quelques jours plus tard, une autre plainte pénale est déposée à Bruxelles où se trouvent une partie des activités des sociétés mises en place par Bleus. C'est également à Bruxelles que vivent la plupart des victimes. En Belgique, Stéphane Bleus avait créé Paragon International Management, une société qui employait près de vingt personnes du temps de sa splendeur, dont trois chauffeurs et un garde du corps. À l'époque, le curateur de Paragon, l'avocat Armand Broder (décédé depuis, NDLR) nous avait déclaré que Paragon n'était qu'une "vitrine destinée à appâter les personnes fortunées et faire miroiter des taux défiant toute concurrence, alors que l'argent était détourné par Bleus à son profit".

"C'était trop mirobolant. Quand quelque chose tombe du ciel, il faut être certain que cela tombe vraiment du ciel."
Tommy Scholtes
Administrateur-délégué de la radio catholique approché par Stéphane Bleus

L'affaire avait également pris une tournure religieuse. Stéphane Bleus, qui se prétendait proche de Monseigneur Léonard, avait ouvert la "librairie des éditions romaines", une librairie catholique le long de l'avenue Louise. Couronnement complet de l'affaire, le nonce apostolique en Belgique et au Luxembourg, Jacinto Berloco, était venu bénir la librairie en décembre 2012. Monseigneur Léonard y était passé en 2013. À cette période, Stéphane Bleus avait également approché Tommy Scholtes, l'administrateur-délégué de la radio catholique, pour investir dans le média. "J'avais émis des réserves. C'était trop mirobolant. Quand quelque chose tombe du ciel, il faut être certain que cela tombe vraiment du ciel", nous avait-il alors déclaré.

Par les paradis fiscaux

Le paravent de sociétés mises en place par Stéphane Bleus passait par le Grand-Duché du Luxembourg et Londres avant de prendre la route des paradis fiscaux. Le nom de Stréphane Bleus était apparu dans le scandale des Panama Papers. Bleus, que tout le monde imaginait planqué au bout du monde, sera finalement arrêté chez un ami à Anvers le 19 mars 2014. Ce dernier, et son bras droit Xavier Barnich, seront inculpés, entre autres, pour escroquerie et blanchiment.

Dès ce jeudi, ils se retrouveront face à une dizaine de leurs victimes qui réclament une dizaine de millions d'euros. A priori, une bonne partie des victimes de ces montages financiers, ne souhaitant pas dévoiler l'origine des fonds détournés, ne seraient pas sorties du bois. Ce que tous aujourd'hui veulent savoir, c'est où est passé l'argent.

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