interview

"Strasbourg, la ville presque parfaite" (Virginie Taittinger)

©Debby Termonia

L’Echo vous emmène cet été à la découverte de villes du monde entier à travers les yeux de dirigeant(e) s d’entreprises en vue. Aujourd’hui, Strasbourg par Virginie Taittinger.

Strasbourg, le choix paraît curieux pour une Lorraine. Pourtant, Virginie Taittinger n’en démord pas: la fondatrice de la maison de champagne Virginie T aime la capitale alsacienne, malgré ses origines rivales. "Il y a toujours eu une rivalité entre les deux régions, comme entre Reims et Epernay dans le champagne, dit-elle. Mais rien de bien méchant. Et je connais mal la Lorraine, car après la défaite de Sedan en 1871, mon arrière-arrière-grand-père a choisi la France: il a donc quitté la région annexée par la Prusse pour rallier la Seine-Saint-Denis près de Paris."

"A Strasbourg, beaucoup d’écoles sont bilingues. Cette proximité avec l’Allemagne donne une couleur, un cachet spécifique à la ville."

Une des raisons qui expliquent son choix est le rôle de passerelle que joue Strasbourg, fichée en France mais à cinq kilomètres à peine de la frontière allemande après avoir changé cinq fois de pays suite aux guerres de 1870, de 1914 et de 1940. Car si elle se revendique de Lorraine du côté de son père, du côté maternel, elle descend d’une famille allemande de Mannheim, arrivée en France en 1834.

"Il faut bien comprendre qu’après la Seconde Guerre mondiale, les politiciens ont encouragé le développement de relations fortes entre l’Allemagne et la France. J’ai été à l’école à Reims, qui a été jumelée avec Aix-la-Chapelle, et nous avons été nombreux à étudier l’allemand comme deuxième langue. Et à Strasbourg, beaucoup d’écoles sont bilingues. Cette proximité avec l’Allemagne donne une couleur, un cachet spécifique à la ville. Un Alsacien, et a fortiori un Strasbourgeois, se sent plus proche d’un Allemand de Baden-Baden ou de Francfort que d’un Marseillais ou d’un Niçois."

Des maisons "gemütlich"

"C’est une architecture cossue, un peu grandiloquente, que vous pouvez découvrir en flânant dans ses rues."

À Strasbourg, les Allemands ont laissé leur empreinte sur l’architecture urbaine à la fin du XIXe siècle et au début du suivant. "Ils ont alors bâti énormément, car la ville revêtait une grande importance à leurs yeux: théâtres, opéra, places publiques… C’est une architecture cossue, un peu grandiloquente, que vous pouvez découvrir en flânant dans ses rues. S’ajoutent à cela l’aspect gemütlich (douillet, confortable, NDLR) de ces maisons à colombages, des ruelles du centre-ville, sans oublier le charme des villages fleuris de la campagne alentour." A l’appui de sa démonstration, Virginie Taittinger cite le quartier de la Petite France, celui de la cathédrale, la place Kléber, la place Gutenberg, celle de l’Opéra, la zone piétonne de l’hypercentre, l’horloge astronomique… En l’écoutant, pour un peu, on croirait avoir affaire à une guide professionnelle.

©Bloomberg

"La ville a aussi accueilli la modernité en ses murs, continue-t-elle, avec le Parlement européen, le palais des droits de l’homme ou cette magnifique passerelle des Deux Rives qui relie la France à l’Allemagne et qui symbolise l’unité entre les deux Etats." la passerelle Mimram (du nom de son architecte Marc Mimram) enjambe le Rhin entre Strasbourg et la ville allemande de Kehl. Elle cite aussi le musée d’Art moderne et contemporain, le MAMCS, Inauguré il y a juste vingt ans par Catherine Trautmann, alors ministre française de la Culture, et l’Ecole nationale d’administration, la fameuse ENA, déplacée voici quinze ans de Paris vers Strasbourg.

Pour Virginie Taittinger, voyager et visiter, c’est aussi goûter et déguster. Ne lui parlez pas des vieilles pierres ou des origines de la cité. "Ce n’est pas tant l’histoire qui m’intéresse, que les gens et la cuisine, souligne-t-elle. La cuisine reflète la culture. Celle d’Alsace est très riche. J’ai appris à faire la choucroute avec ma belle-mère alsacienne, mais je l’ai adaptée à ma façon en la préparant au champagne plutôt qu’au vin blanc d’Alsace." Parmi les mets les plus typiques, elle apprécie les knacks, alias les saucisses de Strasbourg, les flammekueches (tartes flambées), le Baeckeoffe, sorte de ragoût mijoté 24 heures dans un plat en porcelaine. Elle ne renonce pas non plus à commander des charcuteries dans un winstub ou une bière locale sur une terrasse.

Racines et art de vivre

"Ce sont mes racines, et c’est l’Europe. Je réside dans une capitale de l’Union et j’ai un appartement dans une autre."

Preuve de son attachement à la ville, elle y possède un pied-à-terre. Celui-ci est situé dans le centre, à deux pas de la cathédrale. Cette Française établie à Bruxelles discerne d’ailleurs plus d’un rapport entre notre capitale et la grande cité alsacienne: outre leur statut européen comparable, ce sont deux villes ouvertes sur les pays et les cultures qui les entourent.

Strasbourg résume, au fond, ses racines franco-allemandes. "C’est exact, opine-t-elle. Ce sont mes racines, et c’est l’Europe. Je réside dans une capitale de l’Union et j’ai un appartement dans une autre."

Reste à voir si la ville l’inspire également dans sa vie professionnelle. "Bien sûr! répond-elle. La qualité de vie m’inspire toujours, car le champagne est un art de vivre et à Strasbourg, on trouve tout ce qui alimente celui-ci: la culture, l’ouverture, la dimension internationale, tout ce dont on a besoin pour être heureux. C’est presque la ville parfaite."

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