Thomas Meunier se lance dans le business de l'art

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Le footballeur Thomas Meunier et son agent se lancent dans le business de l'art. Les deux hommes présenteront ce lundi leur première exposition. 75 oeuvres ont été réalisées par une quinzaine d'aristes.

Lundi, le stade d’Anderlecht sera détourné de sa fonction première. Il accueillera toujours des fans de football mais qui ne viendront pas supporter l’équipe locale. Les artistes du ballon rond ne seront d’ailleurs même pas là. Du moins pas ceux qui enfilent les buts. Ils laisseront leur place aux vrais artistes. Il ne s’agit pas ici d’une attaque envers la qualité des joueurs du club bruxellois. On ne parle juste pas du même milieu. Ceux qui seront là lundi s’expriment sur des toiles, en photo, en modelant, en créant.

Durant une journée, le stade sera donc une galerie. Celle du projet Play It Art. "Environ 75 œuvres, toutes créées pour l’expo, seront présentées. On finit actuellement tous les préparatifs", explique Émilie Pelegrin, la directrice artistique de Play It Art dans le bureau bruxellois de la société, au milieu des œuvres. Toutes sont en rapport avec le ballon rond. Elles sortent de l’imagination d’une quinzaine d’artistes, pas toujours des grands fans du sport. "Certains étaient familiers avec le football ou avaient une idée précise. D’autres pas du tout. C’était assez intéressant de voir les attitudes de chacun. Quelques-uns savaient directement où ils allaient, d’autres nous contactaient régulièrement pour avoir notre avis", explique Émilie Pelegrin. Lier les deux mondes n’est pas vraiment habituel. Selon les responsables de Play It Art, il s’agit même d’une première.

On doit cette initiative artistique à des pointures du monde du football. Derrière Play It Art se cachent Thomas Meunier, le Diable Rouge du PSG, et son agent, Jacques Lichtenstein, qui offre aussi ses services à un certain Vincent Kompany. Spécialistes du foot, ils ont également un intérêt tout particulier pour l’art. Le premier l’a étudié en secondaire et est un habitué des salles d’expo parisiennes, le second est connu pour son intérêt artistique et investit personnellement dans certaines pièces.

Deux mondes opposés

Ils l’assurent d’ailleurs: cette expo n’est pas un simple coup de tête passager. "Ce projet trotte dans ma tête depuis dix ans, mais j’attendais la bonne personne pour le faire. Le déclic s’est fait avec Thomas qui est un fan d’art. Nous avons donc fondé à deux notre société et injecté chacun une certaine somme pour la faire fonctionner", lance Jacques Lichtenstein qui n’en dira pas plus. Au total, ils sont cinq à porter le projet. Tous aussi passionnés visiblement. À l’heure des préparatifs, l’agent de football a d’ailleurs du mal à cacher son enthousiasme. L’idée de l’expo lui est venue à la suite d’une question qui le chipote depuis des années. Pourquoi donc le football et l’art sont-ils deux mondes qui ne se sont jamais rencontrés? "Je me suis fait cette remarque il y a plusieurs années, au moment où je cherchais une œuvre en rapport avec le foot. J’en ai trouvé sur le sport automobile, le tennis, le golf, mais rien sur le football, sans vraiment d’explication", explique le cofondateur de Play It Art. L’intérêt est pourtant là, il en est certain. "Convaincre les artistes de faire une œuvre en lien avec le football fut en réalité très simple. Il n’y avait aucun regard critique à l’égard du sport, l’idée d’en faire l’élément central d’une œuvre ne leur avait juste visiblement jamais traversé l’esprit", explique Jacques Lichtenstein.

Il s’arrête dans ses explications. Une nouvelle œuvre vient d’arriver. L’agent bondit de son siège pour aller la réceptionner. Un Babyfoot s’installe dans la pièce d’à côté. "Il est magnifique. Nous en aurons deux à l’exposition. Le premier a déjà été vendu, mais son propriétaire a eu la gentillesse de nous le prêter pour l’expo", explique encore l’agent. Celui-là est par contre toujours en vente. Comme toutes les œuvres qui seront présentées. "Nous jouons le rôle de galeristes. Nous possédons environ 80% des œuvres pour le moment", précise-t-il. Du côté des prix, c’est assez variable: 500 euros pour les premiers dessins et jusqu’à 100.000 euros pour les œuvres les plus importantes.

Il y en a pour tous les styles. "Nous avons des artistes de presque partout et qui travaillent tous sur des supports différents. Ils viennent de France, de Corée du Sud, de Belgique évidemment, d’Espagne…", détaille la directrice artistique. Malgré leur manque d’expérience, les spécialistes du football sont parvenus à convaincre des noms à la renommée certaine d’intégrer le ballon rond dans leur univers. Parmi les artistes se trouvent ainsi le grapheur Oli-B dont les œuvres s’affichent sur tous les murs de Belgique, la photographe Cécile Plaisance et ses célèbres Barbie, ou encore Emmanuelle Rybojad, qui fait partie du classement "30 Under 30" de Forbes réunissant les jeunes artistes les plus prometteurs.

Avec son agenda de footballeur, Thomas Meunier n’a pas eu le temps de se libérer pour présenter son projet avant la date officielle. "Mais son investissement est vraiment concret", explique la directrice artistique en faisant défiler une discussion WhatsApp pleine de commentaires et suggestions du footballeur. "On échange tous les jours pour préparer l’expo", précise-t-elle.

"En tant que fondateur, je prends les décisions avec le reste de l’équipe concernant l’expo, le choix des œuvres et des sujets qu’on veut aborder, nous expliquera finalement plus tard le footballeur. Comme je suis sur Paris et que nous travaillons avec pas mal d’artistes français, je m’occupe de prendre des nouvelles d’eux comme de Cécile Plaisance ou Stéphane Cypre avec qui on a récemment fait une séance photo. J’essaie de gérer tout ce qui se passe en France."

Et s’il est doué balle au pied, il se débrouille aussi dans les galeries. "Durant mes études, j’avais choisi l’option artistique durant quatre ans. J’ai ensuite enrichi mes connaissances avec des visites, des expos. Je lis aussi beaucoup sur l’art. Que ce soit à Bruges ou maintenant à Paris, j’ai pas mal de connaissances avec des personnes proches de ce marché. J’ai par exemple quelques contacts à la maison de vente aux enchères Artcurial à Paris. Je suis aussi assez informé sur les prix du marché. Mes connaissances sont très correctes, sans encore être les meilleures, mais cela viendra avec le temps", glisse encore Thomas Meunier.

Projet à long terme

Lancé par un footballeur d’une des meilleures équipes du monde et un agent parmi les plus réputés du pays, le projet Play It Art n’a pas pour ambition de faire de l’argent. Les deux hommes ont assez à faire ailleurs. Une partie des revenus sont d’ailleurs reversés à Sport2be, une association qui facilite l’accès au sport aux enfants défavorisés. Et s’il n’a pas pour ambition de devenir une source de revenus, le projet n’en reste pas moins important dans l’agenda des fondateurs. "Ce n’est d’ailleurs pas la question pour le moment, mais je pourrais en faire une partie de mon activité professionnelle plus tard", avoue même Jacques Lichtenstein.

Les deux spécialistes du football ont d’ailleurs de l’ambition à long terme. "Dans dix ans, nous serons toujours là. On veut faire vivre ce projet. Pas spécialement grandir sur la quantité des œuvres, mais travailler avec des artistes réputés et de partout dans le monde." L’expo anderlechtoise ne devrait d’ailleurs n’être qu’un début. "Nous avons des contacts avec d’autres clubs qui s’intéressent au projet. Plusieurs pourraient accueillir l’expo prochainement. Certains pourraient aussi investir dans des œuvres", sourit Jacques Lichtenstein.

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