Trois agences de voyages sur dix en faillite virtuelle

Il faudrait réinjecter 152 millions d'euros au total au capital des agences en difficulté pour les remettre toutes dans les clous. ©Photo News

La pandémie et les mesures de confinement frappent fort les agences de voyages. En Belgique, près de 500 entreprises du secteur sont menacées, selon Graydon.

Les agences de voyages et les tour-opérateurs (voyagistes) font partie des secteurs qui subissent le plus sensiblement la crise pandémique. Le "lockdown", puis le maintien des restrictions aux voyages à l’étranger les ont lourdement affectés, même s'ils ont pu bénéficier de plusieurs des aides mises en place dans l’urgence par les autorités. Reste à voir où ces entreprises en sont aujourd’hui et où elles en seront le 31 décembre prochain, à l’issue de cet exercice qui ne sera à nul autre pareil ?

1.600
nombre d'emplois menacés
Les agences de voyages et voyagistes mis en difficulté par la crise emploient quelque 1.600 personnes en Belgique.

Quelque 29% d‘entre elles se trouveront en  situation de faillite d’ici la fin de l’année, tandis que 16 autres pour cent évolueront dans une zone grise, toujours sous la menace de s’effondrer, répond le bureau d’analyse des données d’entreprises Graydon qui a appliqué à ces deux branches d’activité son analyse d’impact de crise. Dans son calcul, il prend une série de variables classiques en compte, comme le chiffre d’affaires, les résultats, les spécificités du secteur, les délais de paiement des factures, etc., et il y ajoute un volet exceptionnel consacré à l’évaluation des réserves financières de chaque entreprise sous revue, combinée avec la perte de revenus et les coûts variables. Car en temps de choc économique, comme actuellement avec le Covid-19, ce dernier critère devient prépondérant pour estimer leurs chances de résistance et de survie.

1.600 emplois à risque

Sur les 1.693 entreprises actives en Belgique dans la préparation, l’assemblage et la réservation de voyages, 491 (29%) se trouvent désormais dans la zone rouge, alors qu’avant la crise, elles n’étaient que 71 sociétés (4,2%). Quelque 420 agences et voyagistes ont donc vu leur santé financière décliner vertigineusement. Précisons que Graydon a intégré dans ses calculs les mesures d’aides existantes. Autrement dit, sans celles-ci, la situation du secteur serait encore bien pire.

Ces 491 entreprises emploient environ 1.600 collaborateurs, soit 27% de l’emploi total des 1.693 sociétés recensées (5.988 emplois). Le bureau d’analyse a également cherché à évaluer combien d’argent serait nécessaire pour réassainir leur bilan globalement. Résultat des courses, il faudrait leur injecter 152 millions d’euros, si l’on voulait s’assurer que toutes passent le cap. À noter que ce secteur s’avérait plutôt sain avant la crise, car la grande majorité de ce montant (144 millions) irait renforcer les entreprises précipitées dans les difficultés suite au confinement.

Droit de remboursement intégré dans le modèle

Reste un problème majeur à évoquer: que se passera-t-il pour les agences de voyages si elles se voient bien contraintes de rembourser les bons à valoir non utilisés par leurs clients, et que leur volume ne dégrossit pas considérablement par rapport au montant potentiel  maximal de 325 millions d’euros (345 millions d’euros de bons émis au total pour la Belgique, mais 20 millions déjà "consommés" aujourd’hui via les voyages reportés)? Il s’agit, pour rappel, d’un droit de remboursement désormais reconnu et appliqué au niveau européen. "Nous en avons tenu compte dans notre analyse, répond Eric Van den Broele,  directeur de la R&D chez Graydon:  le manque à gagner qui en résulte est compris dans la réduction du chiffre d’affaires que nous estimons toutes les deux semaines et qui est reprise de manière cumulative dans l’algorithme du modèle." Autrement dit, les chiffres qui précèdent intègrent l’impact du droit de remboursement.

Une bonne nouvelle, toute de même, pour terminer: à l’autre extrémité de l’échelle, 49,3% des agences et voyagistes se montrent très résistants à la crise, révèle aussi l’analyse du bureau spécialisé. Elles représentent le gros de l’emploi du secteur, soit 4.111 postes de travail.

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