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Trois grandes entreprises belges sur dix négligent leur bilan carbone

Sonaca, dont on voit ici l'usine d'assemblage de Gosselies, fait partie des entreprises belges n'ayant pas publié leur bilan carbone. ©BELGA

Une majorité des grandes sociétés belges annoncent leurs émissions de CO2 et s'engagent à les réduire. Mais il reste des indécrottables, que l'UE va rappeler à l'ordre.

Malgré la crise, les principales entreprises belges en termes de chiffre d'affaires ont enregistré quelque progrès l'an dernier dans leurs efforts de communication sur leurs émissions de gaz à effet de serre, mais près d'un tiers d'entre elles continuent de ne rien faire ou de le faire mal. C'est gênant pour ces dernières, car d'un peu partout, la pression monte pour rendre obligatoire ce type de reporting...

"Les entreprises belges ont tout intérêt à s'y préparer dès aujourd'hui, ne serait-ce que pour avoir de l'avance sur leurs concurrentes quand cela deviendra obligatoire."
Philippe Beco
Conseiller, Finn

Voilà la première leçon à tirer du travail d'évaluation réalisé, pour la deuxième année consécutive, par l'agence de communication Finn: celle-ci a passé au crible la communication non-financière des 55 plus grandes entreprises belges en excluant de l'échantillon les holdings et les sociétés de trading et en ciblant les informations qu'elles donnent sur leurs performances environnementales.

Proposition de directive

La Commission européenne a adopté en avril dernier une proposition directive qui prévoit d'imposer aux entreprises de plus de 250 employés, qu'elles soient cotées ou non cotées, de publier à partir de 2024 des rapports chiffrés sur leurs émissions et leurs efforts de réduction.

S'il est approuvé, ce texte qui modifiera la directive de 2014 sur les informations non-financières concernera quelque 49.000 entreprises en Europe, soit quatre fois plus que le nombre de sociétés visées par la directive de 2014 (500 emplois). Contrairement à cette dernière qui ne formulait que des recommandations, elle sera contraignante et les informations rapportées seront auditées.

Pressions croissantes

Mais l'Union n'est pas la seule à vouloir encourager les entreprises dans ce sens: Larry Fink, le CEO de BlackRock, premier fonds d'investissement mondial, enjoint les sociétés à publier leurs plans pour contribuer à l'émergence d'une économie neutre en carbone d’ici à 2050. Un jugement rendu récemment par un tribunal aux Pays-Bas a condamné le géant pétrolier Shell à réduire ses émissions de 45% d’ici à 2030. Et il se trouve de plus en plus d'investisseurs et de fonds à exiger des efforts de décarbonisation de la part des entreprises qu'ils financent.

17
sociétés
17 des 55 plus grandes entreprises belges se distinguent en publiant leur empreinte, le détail de leurs émissions et leurs engagements, et 36 sur 55 fournissent des indicateurs.

"Les entreprises belges ont tout intérêt à s'y préparer dès aujourd'hui, ne serait-ce que pour avoir de l'avance sur leurs concurrentes quand cela deviendra obligatoire", souligne Philippe Beco, conseiller chez Finn. Pour l'heure, 36 des 55 grandes sociétés belges fournissent des indicateurs plus ou moins précis sur leurs émissions, selon l'étude qui a scanné leurs rapports financiers et durables ainsi que leurs sites web.

Les bons élèves

Dix-sept d'entre elles font un reporting spécifique et chiffré sur la durabilité, expriment des engagements, publient leur empreinte carbone, détaillent leurs émissions directes et indirectes, et communiquent sur leurs objectifs de réduction. Ce sont les bons élèves de la classe, parmi lesquels figurent 13 sociétés cotées telles qu'AB InBev, UCB, Umicore, bpost, KBC, Proximus ou Solvay. Les quatre non cotées sont les banques Belfius et Argenta, le groupe de dragage DEME et le groupe agro-alimentaire Vandemoortele.

Les plus méritants d'une année à l'autre, entendez celles qui ont fait les progrès les plus notoires, sont Vandemoortele, pour avoir calculé pour la première fois son empreinte carbone en 2020, Ontex, qui a ajouté ses émissions indirectes dans le calcul, ainsi qu'Econocom, Ethias et Agfa Gevaert qui ont tous trois progressé dans leur reporting en chiffres. Greenyard récolte par ailleurs un bon point pour avoir promis de se fixer des objectifs clairs dans les deux ans.

"Belfius s'est engagée à intégrer dès cette année les données liées au télétravail de ses employés dans le calcul de ses émissions de CO2."
Kristien Vermoesen
Managing partner, Finn

Belfius se distingue sur un autre plan: "La banque s'est engagée à intégrer dès cette année les données liées au télétravail de ses employés dans le calcul de ses émissions de CO2", souligne Kristien Vermoesen, managing partner chez Finn. "C'est la première entreprise belge à le faire."

"Le degré zéro de communication"

À l'autre bout de la liste, quatre sociétés ne publient aucun bilan carbone et ne font aucune référence à la lutte contre le changement climatique. "Le degré zéro de la communication", commente Philippe Beco. Ces mauvais élèves se nomment Alcopa, Sonaca, Van Hool et Nethys. Nombre de sociétés familiales non cotées ou comptant des actionnaires publics dans leur tour de table se font tirer l'oreille, observe l'agence Finn.

"Mais pas toutes, nuance Philippe Beco. Puratos, Jan De Nul et Etex, qui ont aussi un caractère familial, ou le Port d'Anvers, à actionnariat en partie public, font des efforts louables." Peut-être parce qu'ils sont très actifs à l'international, où la pression au reporting est sans doute plus forte.

"Quand il s'agit de lever des financements aussi, les sociétés familiales se sentent sans doute moins exposées à ces exigences que les cotées", embraie Kristien Vermoesen. Mais si la pression ne vient pas des marchés financiers, elle viendra de la réglementation européenne." Autrement dit, qu'elles le veuillent ou non, compte tenu de leur taille, elles devront s'y mettre. La proposition de directive entend par "grande entreprise", toute société qui dépasse deux des trois critères suivants: 20 millions d'euros de total bilan, 40 millions de chiffre d'affaires annuel et 250 emplois. Cela fera déjà une belle liste sous nos latitudes...

Le résumé

  • 36 des 55 plus grandes entreprises belges publient des indicateurs sur leurs émissions de gaz à effet de serre, selon l'étude réalisée par l'agence de communication Finn.
  • Parmi elles, 17 font vraiment figure de bons élèves en détaillant leurs engagements, leur empreinte et leurs émissions.
  • En général, les sociétés cotées réalisent un bon reporting, les sociétés familiales non cotées, pas.
  • La proposition de directive sur la communication non financière adoptée en avril par la Commission va transformer ce qui n'était jusqu'ici qu'une recommandation en obligation, tout en abaissant les critères des entreprises concernées à 250 emplois (contre 500).

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