Trois PME sur quatre sont en bonne santé

©Thierry du Bois

Graydon, l’UCM et Unizo se sont associés pour réaliser un bilan de santé, économique et financier, des PME belges sur la période 2005-2014. Même si la productivité et la rentabilité doivent encore progresser, les PME sont sorties plus robustes de la crise. À Bruxelles, la situation est préoccupante.

C’est un grand classique. Lorsque l’on mentionne les caractéristiques de l’économie belge, le tandem suivant est invariablement de sortie. Un: la Belgique est une économie ouverte. Deux: la Belgique est une terre de petites et moyennes entreprises; les PME constituent le tissu économique de notre pays.

Et comment se portent-elles, ces indispensables PME? C’est la question qui a débouché sur la création, en 2008, du "Rapport PME" porté par Graydon et Unizo, les classes moyennes flamandes. Cinq ans plus tard, avec la montée à bord de l’Union des classes moyennes (UCM), la perspective s’élargit, le regard ne porte plus uniquement sur la Flandre mais sur la Belgique. Rebelote en 2015: Graydon, UCM et Unizo remettent le couvert et sondent la santé économique et financière des PME. En voici le résultat, pour la période 2005-2014.

1/ La Belgique compte plus d’un million de PME.

En 2014, la Belgique compte 1.048.676 PME actives, dont 56,4% situées en Flandre, 27,6% en Wallonie et 11,5% à Bruxelles – le solde n’étant pas "localisé". À la grosse louche, la moitié d’entre elles (49,3%) sont des entreprises individuelles. Grosse louche toujours, une petite moitié des PME belges (47%) affichent moins de dix ans au compteur. Au rayon sectoriel, signalons que les services courent en tête dans les trois Régions (31% à Bruxelles, 30% en Flandre et 25% en Wallonie). Suivis par le quatuor construction, industrie, commerce de détail et horeca.

2/ Les PME ont surmonté la crise et en sortent plus robustes.

"Pour la première fois depuis longtemps, les nouvelles sont vraiment bonnes, insiste Eric Van den Broele, en charge de la recherche chez Graydon. Les PME ont digéré la crise, le double dip qui a frappé de 2008 à 2013. La santé économique et financière des PME a connu un boost en 2014. Les PME sont sorties plus robustes et durables: leur indépendance financière et leur degré d’endettement sont à un meilleur niveau qu’avant." La page de la crise n’est toutefois pas encore entièrement tournée. Même si la reprise est au rendez-vous, rentabilité et productivité n’ont pas encore retrouvé leur niveau de 2007. "Tous les critères ne sont pas revenus à leur niveau de 2007, reconnaît Clarisse Ramakers, directrice du service d’études de l’UCM, mais le trend est positif."

©Graydon, UCM et Unizo

Comment expliquer cette embellie? Graydon et l’UCM avancent un cocktail de facteurs. "Juste avant la crise, une mesure importante a été prise en faveur des PME, explique Eric Van den Broele: les intérêts notionnels. Oui, ils peuvent faire l’objet d’abus de la part de grosses sociétés mais sont importants pour les PME, parce qu’ils les ont incitées à se renforcer en termes de fonds propres. La crise elle-même a accentué cet effet, puisque les banques se sont montrées plus réticentes à prêter aux PME. Celles-ci ont été forcées de renforcer leurs moyens propres."

Ajoutez à cela qu’entre mi-2010 et fin 2011, le navire Belgique a vogué sans capitaine à la barre… empêchant toute mesure d’austérité rognant le pouvoir d’achat. Enfin, ajoute-t-on chez Graydon, la crise a effectué une sorte de "nettoyage", emportant les plus faibles. "Il y a eu une hausse des faillites, mais pas aussi forte que dans les pays voisins. Et ce phénomène est occupé à diminuer, la courbe a été inversée." Du côté de l’UCM, on loue également les mesures mises en place afin de permettre aux structures publiques d’octroyer des prêts ou de garantir ceux-ci. "Public et privé ont pu s’entendre afin de garantir une offre de financement à destination des PME."

3/ La Wallonie rejoint la Flandre.

73,3 %
73,3% des PME belges présentent de faibles risques de défaillance et un potentiel élevé de croissance. Un score qui passe à 74,8% en Wallonie.

Voilà qui fera plaisir au sud du pays. "Les entreprises wallonnes effectuent leur come-back, sourit Eric Van den Broele. Leur rétablissement est nettement plus prompt et leurs indicateurs se rapprochent franchement plus de ceux des PME flamandes qu’avant. La qualité des PME wallonnes est de plus en plus proche de celle des flamandes." À en croire le "multiscore" développé par Graydon, 74,8% des PME wallonnes présentent en 2014 un faible risque de défaillance et un grand potentiel de croissance, contre 73,6% en Flandre.

4/ Pourquoi Bruxelles reste-t-elle à la traîne?

C’est à Bruxelles que la photo prise est la plus douloureuse. Santé financière plus flageolante, rentabilité inférieure, investissements en chute libre, la capitale ne brille pas. Si les résultats du "multiscore" se sont améliorés en dix ans, seules 59,4% des PME bruxelloises affichent un beau bulletin en termes de perspective de croissance et de risque de défaillance.

©Graydon, UCM et Unizo

Comment l’expliquer? C’est une question de secteurs, déjà, indique Clarisse Ramakers, les "plus risqués" y étant davantage représentés. "Les entreprises y sont aussi plus jeunes et, souvent, insuffisamment capitalisées." La situation bruxelloise est particulière, embraie Eric Van den Broele. "Parce que la capitale compte beaucoup de grosses ou de petites boîtes. Et peu de moyennes. Une autre explication est liée aux déménagements. Certaines entreprises en difficulté grave ont tendance à revenir à Bruxelles, pour bénéficier d’un certain anonymat, en espérant que la débâcle se remarque moins. Il existe des ‘adresses cimetières’, des boîtes postales pour des centaines de sociétés dont beaucoup sont en faillite ou proches de l’être."

5/ Les questions qui restent en suspens.

La chute inquiétante des investissements à Bruxelles (30% en dix ans). "Or les investissements sont essentiels pour maintenir la compétitivité et l’innovation."

• Quelles mesures prendre pour les 13,5% de PME dans la zone "orange", présentant un risque de faillite et un potentiel de croissance modérés. "Il existe des instruments pour les entreprises en difficulté. Mais celles qui ne sont ni en bonne santé, ni en mauvaise, peuvent très bien basculer d’un côté comme de l’autre. Nous sommes en train de voir quel type de mesure il conviendrait de prendre."

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