Un fonds belge de 120 millions pour investir dans le renouvelable

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Une nouvelle société d’investissement est née dans le paysage wallo-bruxellois: Chroma Impact Investment. Elle a levé 40 millions d’euros auprès d’investisseurs privés. De quoi disposer d’un budget total de 120 à 150 millions pour soutenir des projets de transition énergétique en Belgique, en Europe et en Afrique.

Un "petit" nouveau est apparu récemment sur l’échiquier des sociétés d’investissement wallonnes. Il s’appelle Chroma Impact Investment, est spécialisé dans les projets ayant un impact positif sur la transition énergétique, mais est déjà plus expérimenté et plus important que ce que sa carte d’identité ne laisse supposer. "Nous avons commencé nos activités il y a huit ans, souligne Christophe Guisset, un des trois fondateurs, mais nous avons opéré à travers plusieurs ‘special purpose vehicles’ (SPV), tandis qu’aujourd’hui, nous avons décidé d’utiliser Chroma comme nom commercial et société vitrine du groupe." Une réorganisation qui s’accompagne d’une levée de capitaux conséquente, puisque Chroma Impact Investment vient de lever 40 millions d’euros auprès d’un bel aéropage d’investisseurs privés wallons et bruxellois, parmi lesquels Pierre Mottet ou Jacques de Mévius.

"En tant que société, on cherche à incarner un catalyseur de la transition énergétique."
Manoël Ancion
cofondateur de Chroma

"Ce montant nous permettra de disposer de 120 à 150 millions via le levier des banques, explique Manoël Ancion, autre dirigeant fondateur. L’objectif sera de participer à ou de financer des projets plus importants en Europe et en Afrique, où le coût des énergies renouvelables est devenu inférieur à celui des centrales au fuel ou au charbon mais où, très souvent, les porteurs de projet manquent de moyens."

"Ce montant nous permettra de disposer de 120 à 150 millions via le levier des banques."
Manoël Ancion
co-fondateur de Chroma

L’aventure a débuté en 2010, quand Christophe Guisset, Manoël Ancion et Roland de Schaetzen, le troisième fondateur, ont installé un parc de panneaux photovoltaïques sur les toits de supermarchés du groupe Mestdagh selon le principe du tiers investisseur: ce dernier finance le tout, puis se rembourse sur les économies générées. Ce premier projet a pris de l’ampleur. Il a amené l’équipe alors en formation à étendre le concept à d’autres industriels et grands distributeurs, avec à chaque fois prise en charge globale du projet, de A à Z. "On a accumulé de l’expérience dans le photovoltaïque et la cogénération avec notre approche de service complète et en développant nos compétences, y compris dans la maintenance et le stockage d’énergie", indique Ancion.

Trois piliers

C’est devenu aujourd’hui le premier pilier d’activité de Chroma: la production d’énergie renouvelable et l’amélioration de l’efficacité énergétique en tiers investissement ou en investissement direct. Pour l’instant, Chroma construit un carport solaire sur le site du Technovation Centre du groupe verrier AGC à Gosselies et quatre installations de cogénération au sein de magasins du groupe Cora. A ce jour, la société gère un parc de plus de cent installations photovoltaïques qui totalisent 80.000 panneaux et 35 millions d’euros d’investissements.

80.000
panneaux
Chroma gère un parc de plus de cent installations photovoltaïques qui totalisent 80.000 panneaux et 35 millions d’euros d’investissements.

La société a entre-temps élargi son profil en bâtissant deux autres piliers: la prise de participation dans des sociétés qui innovent dans la transition énergétique, en mettant l’accent sur les start-ups; et le financement de projets énergétiques à impact sociétal et/ou environnemental (lire l'encadré), notamment en Afrique, en visant les "Objectifs du Millénaire pour le développement" (durabilité). "Chroma est née d’une volonté commune, avec partage de valeurs et d’envies entre managers et investisseurs, de soutenir des projets porteurs de sens dans la transition vers le renouvelable. On cherche à incarner un catalyseur de ce mouvement", détaille Ancion.

Pas d’exit prédéfini

Si le pilier "innovation" s’inscrit de manière classique dans la recherche du succès avec l’espoir, à terme, de dégager une plus-value, le troisième pilier apparaît intrinsèquement plus risqué. "Le premier pilier restera notre activité principale, explique Guisset. Il représentera environ 70% de nos investissements. Nous considérons les deux autres comme complémentaires. Mais nous partageons une vision de long terme et nous ne sommes pas un fonds fermé."

"Nous sommes engagés dans une coopération à long terme, enchérit Jacques de Mévius, administrateur. Nous n’avons pas pour plan de sortir à un moment prédéfini. Et si un projet comme Sitemark (voir ci-dessous) est racheté à l’avenir par une grande société, plus-value à la clé, on sera contents et celle-ci compensera peut-être un autre projet qui aura moins bien marché."

Pour la même raison, les dirigeants de Chroma n’ont pas fixé d’échéances précises pour investir les 120 à 150 million budgétés. "Nous avons défini notre capacité à suivre des projets, mais pas un nombre ni un montant maximum par programme", dit Guisset. "Et pour de plus gros projets de production, nous sommes ouverts à des partenariats ou des co-investissements", ajoute Ancion. On attend la suite.

Trois projets soutenus
1) Sitemark (ex-Drone Grid)

La jeune société belge Sitemark, née avec le soutien du Vito (Vlaams instelling voor technologisch onderzoek, Institut flamand pour la recherche technologique), s’est fait une spécialité du traitement d’images thermiques récoltées par drone. Une des premières applications de sa technologie est la surveillance des parcs photovoltaïques. L’objectif est, en étudiant les variations de température, de détecter les panneaux qui fonctionnent moins bien ou qui dysfonctionnent, afin de permettre à l’exploitant de rectifier le tir et d’ainsi préserver le rendement énergétique de son installation.

"Nous avons testé leur application sur nos propres installations solaires et nous avons pu apprécier le produit", note Christophe Guisset. Chroma impact investment a décidé d’injecter un million d’euros dans Sitemark. L’augmentation de capital vient d’avoir lieu. "Il y a là un potentiel de déploiement rapide à l’international." Pour preuve, la start-up est déjà présente dans quinze pays. Elle offre déjà ses services au Chili et au Japon…

Au départ, elle s’appelait "Drone Grid", mais ses fondateurs ont jugé cette dénomination trop limitative car leur plus-value se situe au niveau de l’analyse d’image (thermographie) et pas du drone. Et puis, "Sitemark", ça sonne bien…

2) Koko Networks

L’Australien Greg Murray et l’Indien Sagun Saxena testent actuellement leur concept dans les rues de Nairobi, la capitale kenyane, où ils ont fondé la société Koko Networks. Ils ont installé un millier d’automates distribuant du bioéthanol en petite quantité. Les particuliers viennent se servir avec une bouteille, qu’ils reremplissent autant de fois que nécessaire. L’objectif est de les inciter à cesser d’utiliser du charbon de bois, du gaz ou du kérosène pour cuire leurs plats chez eux car ces combustibles sont soit hautement polluants, soit toxiques, soit facteurs de déforestation. En comparaison, le bilan du bioéthanol produit à partir de canne à sucre ou de manioc est éminemment plus sain.

Koko Networks est en train de lever quelques millions de dollars pour son déploiement. Chroma y participe à concurrence d’un million de dollars. Les fondateurs ont pour ambition d’atteindre 750.000 clients au Kenya d’ici 2020. À terme, si cette proposition de conversion énergétique rencontre le succès espéré, ils n’excluent pas de localiser la production de bioéthanol elle-même au Kenya. Pour l’instant, ils collaborent avec une société de produits pétroliers pour l’approvisionnement et le transport.

3) Simusolar

La société Simusolar a été créée en Tanzanie par deux Californiens qui avaient précédemment accumulé de l’expérience dans diverses ONG. Elle propose à des paysans ou des pêcheurs de petites applications solaires taillées sur mesure pour leurs métiers. Aux agriculteurs, Simusolar offre des pompes d’irrigation qui fonctionnent à l’énergie solaire. Intéressant dans des régions soumises six mois par an à la sécheresse. Aux pêcheurs, elle suggère d’utiliser ses lampes solaires. Il faut savoir que ces derniers pêchent de nuit, en recourant à des lampes à carburant polluant pour piéger le poisson. Les lampes de Simusolar se rechargent durant la journée.

Simusolar leur vend ces équipements à crédit. L’objectif est que ceux-ci permettent aux petits exploitants de dégager des revenus supplémentaires, de quoi notamment rembourser les prêts. "Un cercle assez vertueux", commente Christophe Guisset. À noter que tous les paiements se font par portable, une option très pratique dans cette région du monde où les réseaux mobiles sont souvent les seuls disponibles.

Chroma a injecté 400.000 euros dans Simusolar. La société est établie à Mwanza, sur la rive sud du Lac Victoria, et emploie une trentaine de personnes.

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