analyse

Un lockdown bis serait une catastrophe pour les entreprises

Les entreprises estiment que les mesures préventives déjà prises ont permis d'éviter que ne s'installent des foyers d'infection.

Reconfiner, comme en mars dernier ? Impayable et injustifié, réagit le monde de l’entreprise, qui insiste sur l'efficacité des mesures préventives déjà prises.

"Sur le plan économique, notre pays ne peut pas se permettre un deuxième lockdown. Si on le fait, notre économie sera morte et on ne pourra plus financer nos soins de santé", estime Pieter Timmermans, le CEO de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Parmi les 440.000 entreprises qui publient des comptes annuels, les 65.000 diagnostiquées très fragilisées par le premier confinement n’y survivraient pas, selon lui.

65.000
entreprises
Selon Pieter Timmermans (FEB), les 65.000 entreprises fragilisées par le premier confinement ne survivraient pas à un second.

Ben Van Roose, manager manufacturing chez Agoria, qui représente les secteurs technologiques, renchérit: "Pour l'industrie manufacturière, un reconfinement serait dramatique." Chez Essenscia (fédération belge de l'industrie chimique et des sciences de la vie), comme chez Fevia (agroalimentaire), on souligne que les entreprises ont déjà pris en mars une série de mesures de prévention et de protection, toujours en vigueur. Même topo à la Confédération construction: "Le protocole de mesures que nous avons conclu avec les partenaires sociaux est toujours d'application", dit Sven Nouten.

"Les foyers d'infection ne se trouvent pas en entreprise mais dans la sphère privée", assurent-ils en chœur. Sur quelle base ? "C'est ce que disent les virologues, l'inspection sociale, les conseils en prévention et les entreprises", répond Pieter Timmermans, pour qui la seule mesure encore à prendre serait de diminuer réellement les contacts privés.

Les secteurs définis en mars comme essentiels sont certains d'échapper à un lockdown bis. C'est le cas de la chimie-pharma et de l'alimentaire. "Nous avons une culture de la sécurité très stricte", dit Gert Verreth chez Essenscia, repris comme en écho par Nicholas Courant à la Fevia.

Tous équipés

"Il y a 7 mois, nous avons été le premier secteur à avoir adopté de nouvelles règles, en accord avec les syndicats", rappelle ce dernier. Elles sont toujours appliquées aujourd'hui. "La situation a changé par rapport à mars: désormais nous sommes tous équipés en matériel de protection (masques, gels…) et entraînés à la distanciation", rappelle-t-il.

"Il y a 7 mois, nous avons été le premier secteur à avoir adopté de nouvelles règles, en accord avec les syndicats. Elles sont toujours appliquées aujourd'hui."
Nicholas Courant
Directeur de communication à la Fevia

Les secteurs déplorent en revanche la lenteur des tests et les cafouillages du tracing. Ces systèmes de prévention pourraient être plus rapides et plus efficaces, au profit de tous, y compris des salariés et des employeurs, disent-ils. Et Comeos, pour le secteur de la distribution, regrette que nos gouvernants n'aient pas adopté un plan de crise clair, avec des mesures ciblées.

Adaptation et agilité

Les entreprises insistent à l'unisson sur l'expérience acquise depuis le confinement du printemps. Les mesures préventives (télétravail, distanciation sociale, port du masque, gels hydroalcooliques...) ont permis d'éviter l'apparition de foyers d'infection sur les lieux de travail, assurent les patrons que nous avons contactés.

"Je ne pense pas qu'un nouveau confinement servirait à grand-chose", dit Robert Eyben, CEO et fondateur de CE+T Power. Le spécialiste des convertisseurs d'énergie, qui emploie une centaine de personnes sur son site liégeois, a relancé l'activité en assurant une distanciation maximale pour les ouvriers, qui "travaillent en condition d'hyper sécurité".

"Je ne pense pas qu'un nouveau confinement servirait à grand-chose."
Robert Eyben
CEO et fondateur de CE+T Power

Son de cloche identique chez Façozinc, spécialisée dans la couverture de bâtiment. "Depuis plusieurs mois, les ouvriers volontaires viennent travailler, les autres sont en chômage temporaire et les employés en télétravail. C'est l'agilité de l'entreprise qui lui a permis de s'adapter", souligne Cléonice Mastrostefano, la CEO de cette société familiale basée à Gilly.

Pas la panacée

Travailler à distance est devenu quasiment la norme dans les services. L'assureur-crédit namurois Atradius, qui avait fait revenir ses employés au bureau durant l'été après trois mois de télétravail intensif, envisage d'ici la fin de la semaine un retour massif au homeworking.

Chez BNP Paribas Fortis, la répartition du personnel en trois équipes, alternant une semaine au bureau et deux semaines de travail à domicile, a été prolongée dans les bâtiments centraux, l’Easy banking center, les centres et les agences, jusqu'à la fin des vacances de Pâques 2021.

Les agences, quant à elles, restent ouvertes uniquement sur rendez-vous. Sauf à Bruxelles. "Étant donné la progression du taux de contamination, les agences fonctionneront temporairement en mode 'confinement' à partir du 19 octobre, jusqu'à nouvel ordre", précise Valéry Halloy, porte-parole de BNPP Fortis.

Chez Engie aussi, le télétravail se poursuit pour les employés du siège. "Nous avons pris des mesures (distanciation, masque obligatoire en permanence, gels...) pour permettre un retour au bureau deux jours par semaine. Le taux d'occupation est plafonné à 50%, mais nous ne dépassons jamais les 30%", explique Anne-Sophie Hugé, porte-parole.

En résumé, le monde de l'entreprise se prépare à un éventuel reconfinement. Contraint et forcé.

Tout savoir sur le coronavirus

Pour tout savoir sur l'évolution de la situation sanitaire et ses conséquences économiques et sociales, les dernières news et les décryptages et opinions, rendez-vous dans notre dossier "Coronavirus".

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés