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reportage

Un peu de Liège sur les pentes des 3 Vallées

L'hôtel de luxe Lodji, situé près des pentes des 3 Vallées, le plus grand domaine skiable de France, est porté par le Liégeois René Baudinet et ses deux fils. ©doc

Le Lodji, hôtel de luxe qui s'ouvre à Saint-Martin de Belleville, résonne de l'accent traînant de Liège et de Verviers. Le projet a été porté par René Baudinet et ses deux fils, entrepreneur et self-made man d'entre Meuse et Vesdre.

Il n'a pas tout à fait 20 ans, René Baudinet quand, une pioche à la main, il creuse une tranchée le long d'une route. Un vieil homme s'arrête à côté de lui et lui demande: "Quel âge as-tu m'fi?" "20 ans", répond Baudinet. "Allez alors, plus que 45 ans..." "C'est à ce moment-là que j'ai regretté de ne pas avoir fini mes études et que j'ai décidé de faire autre chose pour gagner ma vie", commente aujourd'hui René Baudinet, depuis la terrasse du Lodji, en plein centre des 3 vallées, le plus grand domaine skiable de France.

Le Lodji, c'est un peu de terre principautaire qui se serait exportée sur les pentes des Alpes. À Saint-Martin-de-Belleville, précisément en contrebas de Val Thorens et à quelques encablures de remonte-pente de Courchevel ou de Méribel. Cela fait des années que Baudinet est tombé amoureux de l'endroit. Il y a établi une partie de ses quartiers avant d'y racheter l'Alp Hotel il y a une quinzaine d'années avec un associé, verviétois lui aussi. Un établissement un peu vieillot mais un "phare" en plein cœur du village. Leurs réseaux ont tôt fait d'en faire un "repaire" de Liégeois et de Verviétois.

Après de longues discussions avec les autorités municipales et près d'un an de travaux, la rénovation et l'extension de l'antique hôtel s'achèvent et les nouvelles installations devraient être inaugurées le 22 janvier prochain. "Si tout se passe bien, parce qu'avec ce Covid, on est sûr de rien", constate Baudinet, assez fataliste. Et à peine a-t-il terminé sa phrase que l'un de ses fils, qui gère le projet avec lui, lui annonce qu'une équipe de menuisiers doit arrêter le travail à la suite d'une contamination...

Étudiant raté

René Baudinet est clairement ce que l'on peut appeler un self-made-man. Fils d'indépendant, il entame des études d'horticulture dont il sortira... sans diplôme. "J'avais triché en pompant un autre travail de fin d'études. Cela s'est su, évidemment, et je devais repasser une session complète. Je ne m'en sentais pas le courage. Les études, cela n'a jamais été mon truc. Pour faire des études, il faut une certaine forme d'intelligence, du courage et de la maturité. À l'époque, je n'avais pas les capacités requises", reconnaît-il sans ambages.

René Baudinet et ses deux fils, posant fièrement devant le non moins fier "Toré" installé au pied des pistes de Saint-Martin de Belleville ©doc

Mais ce statut de cancre ne lui convient pas: "Cela n'a rien d'amusant. L'angoisse de l'échec vous taraude sans cesse", avoue-t-il. En route donc pour le parcours professionnel. Terrassier d'abord, avec l'épisode cité plus haut qui lui ouvre les yeux. Puis employé chez un jardinier. "J'ai pris rapidement un registre de commerce complémentaire pour fournir des plantes vertes et de la déco dans les magasins. Je vendais au porte-à-porte dans les magasins du centre de Verviers."

Grand Bazar

Il décroche un contrat au Grand Bazar de la cité lainière, contre un comptoir de vente dans les murs du magasin. Libéré de ses obligations militaires, il reprend l'emplacement de sa voisine qui vendait des toiles cirées et l'étend au Cora local et dans d'autres magasins de la région. De fil en aiguille, Baudinet développe ses activités à d'autres produits, des matelas, des édredons puis du mobilier.

"J'ai créé le magasin Père Dodo, à Verviers, dans un entrepôt qui ne payait pas de mine à deux pas de la place Verte, bien connue des amateurs de Monopoly. Le propriétaire du Grand Bazar m'a finalement loué deux, puis trois étages, pour y installer un commerce de meubles." Entretemps, l'entrepreneur s'est développé dans l'immobilier à titre privé, mais aussi dans les surfaces commerciales.

Baudinet rachètera finalement le Grand Bazar en 1997, qui sera vendu au groupe Mestdagh en 2006. "Pour la première fois, je me retrouvais avec un peu de fonds devant moi, alors que j'avais toujours travaillé à crédit jusque là."

Ambiance de l'after-ski

Deux ans plus tôt, Baudinet s'était porté acquéreur de l'Alp Hotel, à Saint-Martin de Belleville. "J'adorais cette station où nous allions tout le temps en famille et avec de plus en plus d'amis et de connaissances liégeoises, à l'époque. L'ambiance after-ski de l'Alp nous a toujours plu. Lorsque l'hôtel a été mis en vente, j'ai vu ça comme une opportunité, avec une idée de transformation en appartements multiples derrière la tête." A l'époque, le prix du mètre carré était quatre fois moindre à Saint-Martin qu'à Méribel. Aujourd'hui, le différentiel n'est plus que de 15 à 30%, estime Baudinet.

Le maire de la bourgade de l'époque ne veut pas voir l'hôtel disparaître, ce qui serait une perte pour l'offre touristique de la station. Rapidement, il propose à René Baudinet de racheter des terrains voisins pour pouvoir agrandir le projet et conserver la partie hôtellerie dans un complexe plus grand. Le projet est séduisant, mais il se heurte à l'opposition des riverains. Le projet immobilier est recalé par un tribunal.

Après ce revers, Baudinet revoit ses plans et se "contente" d'exploiter l'hôtel dans sa forme d'origine. Progressivement, ses fils Laurent et Pierre s'y intéressent de plus en plus. Le premier est ingénieur commercial de HEC Liège et l'autre ingénieur en aérospatiale. "Eux on fait de belles études, de la meilleure manière qui soit", se réjouit le père.

Le projet ressort des cartons

Et du coup, les fils ressortent des cartons le projet d'extension de l'Alp. "Ils ont travaillé comme des fous pour présenter un nouveau projet qui puisse être accepté par la commune et les riverains." En 10 ans, les choses ont changé, le maire et l'urbanisation de la bourgade aussi. L'idée était d'abord d'obtenir l'aval du conseil municipal et les crédits nécessaires à la mise en œuvre du projet immobilier avant de racheter les terrains voisins. "Nous sommes des entrepreneurs, pas des investisseurs. Si on se lance dans quelque chose, il faut être sûr de notre coup!"

Et cette fois, ça passe. Laurent et Pierre Baudinet prennent les choses en main. Le bâtiment d'origine, dont les murs principaux ont été conservés, passe de 1.500 à 6.000 mètres carrés (+1.000 m² de terrasses). L'immeuble intègre six appartements luxueux avec espace bien-être de 85 à 166 m2, conçus pour accueillir entre 4 et 12 personnes chacun. Plusieurs chambres et suites complètent l'offre hôtelière avec restaurant, bar, snack et espace détente.

Liège en référence

Liège et sa province sont partout présentes dans le bâtiment et les références qu'il véhicule. Le nom déjà contraction de Lidje (Liège en wallon), Notger (un des plus fameux princes-évêques) et Lodge. Et puis, il y a la statue d'acier monumentale qui orne le parvis de l'hôtel, juste au pied des pistes. Un gigantesque taureau de 5 mètres de long sur 2,5 m de haut tourne ses cornes vers la montagne, tout en puissance. L'oeuvre de Blasius, artiste sculpteur liégeois est directement inspirée du célèbre "Toré", fierté principautaire et haut-lieu du folklore estudiantin des bords de Meuse. La pièce a été travaillée en acier par Gérard Dejardin, ferronnier d'art liégeois également.

L'immense sculpture de plusieurs tonnes a été assemblée à Jupille avant d'être acheminée jusqu'à Saint-Martin de Belleville. Ce "Toré" donne son nom au restaurant gastronomique. Mais ce n'est pas la seule référence liégeoise, puis que le bar s'appellera le Carré et l'une des suites, "Prince-évêque". On y retrouve également des "Escaliers de Bueren". "La municipalité était un peu étonnée de voir ce taureau dans le projet. Mais lorsqu'on leur a expliqué l'histoire, elle leur a plu", se souvient le propriétaire des lieux.

"Nous avons mis un point d'honneur à faire travailler un maximum de corps de métiers belges et liégeois en particulier", insiste Baudinet. La décoration a été confiée à Kevin Bona, un jeune designer liégeois très en vogue.

L'investissement représente tout de même 17 à 18 millions d'euros, acquisition de l'hôtel et des terrains comprise. "L'achat de l'ancien hôtel est déjà remboursé. Mais il restait tous les frais de construction..." Le financement provient d'emprunts bancaires et de l'effort propre des associés. "Impossible de réaliser un projet pareil sans s'y impliquer corps et âme", assure-t-il encore. "Mais je n'y serais jamais arrivé sans le travail acharné de mes deux fils dans le montage et dans le suivi du chantier!"

L'entrepreneur est intarissable sur la qualité de vie de la station, habitée toute l'année, un vrai village à égale distance de Méribel et de Val Thorens que de Courchevel, "mais nettement moins fréquentée!" Et il faut finalement que son fils Pierre vienne le rappeler pour une énième réunion de chantier pour qu'il doive s'interrompre.

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