Une entreprise belge sur deux investit dans des projets sociétaux

©BELGA

L’association Prométhéa a sondé les entreprises pour connaître leur politique en matière de mécénat et de sponsoring. Résultats en primeur.

Il est loin le temps où le mécénat et le sponsoring d’entreprise étaient ce qu’on appelait "la danseuse du président". Cela existe sans doute dans des petits clubs sportifs, mais à l’heure où la bonne gouvernance est devenue une vertu cardinale, plus question de faire n’importe quoi. Et surtout pas du greenwashing

À l’occasion d’un symposium sur le sujet qu’elle organise ce mercredi, l’association Prométhéa, qui stimule au sein des entreprises le mécénat et le sponsoring dans le domaine de la culture et du patrimoine, présente une étude sur leur impact en Belgique. Rappelons la différence entre les deux notions. Le sponsoring a des objectifs commerciaux (visibilité), il est considéré comme charge et est déductible. Le mécénat est plus désintéressé et offre peu ou pas de visibilité; il peut être déduit à hauteur de maximum 500.000 euros par an et de 5% des bénéfices, pour autant que le don soit fait au profit d’une institution agréée.

Ceci précisé, l’intérêt de l’étude vient notamment du fait qu’elle va au-delà des centres d’intérêt initiaux de Prométhéa pour se pencher aussi sur l’engagement sociétal des entreprises dans son ensemble: culture, social, humanitaire, environnement, sport, etc. Pour ce faire, Prométhéa, en collaboration avec l’Observatoire des politiques culturelles de la Fédération Wallonie Bruxelles, a sondé, via l’institut Sonecom, quelque 638 entreprises belges de toute taille (20 personnes minimum). Sont exclus de ces données la Loterie nationale, dont le mécénat et le sponsoring sont la raison d’être, ainsi que les investissements des entreprises dans le Tax shelter.

Responsabilité sociale

"Globalement, ces résultats sont très encourageants puisqu’une entreprise interrogée sur deux (48,3% NDLR) investit dans la culture, le sport, le social, l’environnement, etc.", résume Benoît Provost, directeur général de Prométhéa. Le chiffre monte même à 75% pour les grandes entreprises tandis que pour les TPE et les PME, il est respectivement de 43,9% et de 50%. "Il y a un lien très fort entre ces chiffres et la responsabilité sociale des entreprises (RSE), poursuit Benoît Provost. En effet, deux tiers des sociétés qui ont un politique de RSE font du mécénat ou du sponsoring." Autrement dit, une entreprise qui se soucie de l’environnement dans lequel elle évolue (social, culturel, économique) via une politique de RSE aura davantage tendance à s’investir dans le mécénat et le sponsoring.

46,7%
Le sport constitue le premier investissement sociétal des entreprises, devant les projets humanitaires (43,4%), les projets sociaux (39,8%), la culture et le patrimoine (19,2%)

Le sport reste le principal secteur soutenu par les entreprises. 46,7% y allouent des ressources. Cela paraît assez logique, le sport offre beaucoup de visibilité. Suivent les projets humanitaires (43,4%), les projets sociaux (39,8%), la culture et le patrimoine (19,2%), l’éducation (17,9%), la recherche scientifique et médicale (16%). Étonnamment, l’environnement ne compte que pour 11,7%. Ces ratios sont comparables à ceux d’autres pays. Les disciplines culturelles les plus soutenues sont la musique (32,6%), l’architecture et l’urbanisme (29,5%), les arts plastiques (29,1%), le patrimoine classé (21,8%) et les arts de la scène (10,2%). "Que la musique soit le secteur culturel le plus soutenu n’est pas étonnant, soutient Benoît Provost, la création musicale belge est très riche, il y a de bonnes infrastructures, beaucoup de festivals et des événements prestigieux comme le concours Reine Elisabeth."

Investissements stables

Mécénat de compétences

Le mécénat de compétences qui, comme son nom l’indique, consiste pour une entreprise à mettre à disposition d’une institution ses talents et ses technologies, est une tendance de fond.

L’exemple le plus connu remonte à un peu plus de dix ans lorsque Engie (alors GDF Suez)rénovait le bâtiment qui allait abriter le Musée Magritte à Bruxelles, soit un apport équivalent à 4,5 millions d’euros. Le plus récent date d’il y a un gros mois avec l’inauguration, au bord de la E411 à Lavaux-Sainte-Anne, de l’Arc majeur, sculpture monumentale en acier, œuvre de l’artiste Bernar Venet.

Sa réalisation a été rendue possible grâce à un mécénat de compétences de John Cockerill (fabrication, installation…) d’une valeur de 2,5 millions, et de 17 mécènes privés (communication, site web, livre…) qui ont apporté 0,5 million avec des montants allant de 2.500 à 100.000 euros par mécène.

Côté gros sous, tout dépend de la taille de l’entreprise. En moyenne (cumul de tous les dons divisés par le nombre d’entreprises sondées), les entreprises consacrent chaque année entre 21.777 euros (TPE), 33.877 (PME) et 74.457 euros (grandes entreprises) au mécénat et au sponsoring. Le plus gros montant s’élevant à 1,5 million. Bonne nouvelle, moins de 6% des entreprises comptent baisser leurs investissements sociétaux, près de deux sur trois vont les garder stables tandis que près de 20% envisagent de les augmenter. Des chiffres rassurants à l’heure où, en Flandre par exemple, les budgets alloués à la culture sont sous forte pression.

"Le mécénat n’est cependant plus seulement financier, note Benoît Provost, les entreprises développent différentes formes de mécénat et parfois les cumulent." Si 82,3% des opérations impliquent des dons en argent, les dons en nature (31,1%) ou en apport de compétences (14,6%) les complètent ou s’y substituent. Un bureau comptable peut consacrer quelques heures par mois à veiller sur les finances d’une ONG, un cabinet d’avocats prodiguer des conseils juridiques à des artistes, etc. "C’est une tendance de fond, assure le directeur de Prométhéa, elle permet de mobiliser les employés autour d’une démarche valorisante, qui développe le sentiment d’appartenance et d’adhésion des travailleurs à leur entreprise."

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect