Vers une vague de licenciements collectifs en 2021?

Les actions déclenchées durant la grève de 48 heures chez Fedex à Liège risquent de ne pas rester isolées si les licenciements collectifs se multiplient. ©BELGA

En dix jours, 7 sociétés ont lancé des procédures Renault. Plus de 1.400 emplois sont menacés, soit 15% du total des licenciements collectifs enregistrés en 2020.

Ces deux dernières semaines, sept entreprises de taille importante ont annoncé des plans de licenciements collectifs. Ensemble, les sept font planer une menace sur un total de 1.424 emplois. C’est beaucoup quand on songe que l’an dernier, les procédures Renault avaient concerné 9.414 postes de travail sur les douze mois.

"Avec toutes les aides publiques, on a reporté un mouvement qui aurait dû se produire au printemps ou à l’été 2020."
Pieter De Koster
Avocat spécialisé en droit social, cabinet Bird & Bird

Y a-t-il, dès lors, des raisons de craindre que l'on va assister à une vague de licenciements collectifs - conséquence de la crise pandémique et d’un effet "retard" créé par les mesures d’aides exceptionnelles octroyées aux entreprises - dans les semaines et les mois à venir?

"Je crains qu’une telle vague n’arrive en effet", estime Pieter De Koster, avocat spécialisé dans le droit social. "On devra malheureusement attacher nos ceintures. Avec toutes les aides publiques, on a reporté un mouvement qui aurait dû se produire au printemps ou à l’été 2020", ajoute-t-il.

4 annonces sur 7 liées à la crise

Toutes ces restructurations ne sont pas directement liées à la crise du coronavirus, même si, sur les sept opérations de janvier, quatre en relèvent clairement. Solvay a déclaré que la réorganisation de ses fonctions de support était "accélérée" par la crise. Le groupe verrier AGC Glass Europe a cité l’impact de la crise sur le renouvellement des flottes de ses clients opérateurs ferroviaires. BT Global Services (télécoms) a évoqué l’évolution du marché et la crise. Quant à L’Oréal, il a choisi Amsterdam, plutôt que Bruxelles, pour abriter son siège bénéluxien, les grandes plateformes d’e-commerce, qui ont connu un véritable boom pendant la crise, se situant aux Pays-Bas.

"C’est un concours de circonstances: la crise du Covid se combine avec l’accélération de la quatrième révolution industrielle, la digitalisation."
Herman Craeninckx
Avocat spécialisé en réorganisation, cabinet Strelia

Dans les trois autres cas, les raisons évoquées sont différents. Pour Fedex, il s’agit des conséquences de l’intégration de TNT en 2016, du choix de Paris comme hub principal et de la chasse aux doubles emplois. Pour le distributeur de livres Interforum, la disparition de la tabelle a rendu moins nécessaire le maintien d’un département distribution en Belgique à côté du réseau français. Pour Bosch (essuie-glaces d’automobiles), enfin, la comparaison entre les coûts de production chez nous et en Europe de l’Est a été sans appel.

Quatrième révolution industrielle

"C’est un concours de circonstances: la crise du Covid se combine avec l’accélération de la quatrième révolution industrielle, la digitalisation", estime, de son côté, Herman Craeninckx, avocat spécialisé dans les réorganisations.

Les aides dispensées l’an dernier ont poussé nombre de dirigeants "à adopter une position attentiste", qui va se dénouer peu à peu en 2021.

"Pour s’y adapter et devenir plus agiles, les entreprises sont obligées de passer par une restructuration." Il ne nie pas qu’une série de secteurs soient frappés de plein fouet par la crise, mais il juge qu'on fait aussi face aux nouveaux défis de la mondialisation exigeant, à terme, une refonte du contrat social dans nos pays.

Fin des aides publiques temporaires

N’empêche, "nous vivons la pire crise économique depuis la guerre, avec des secteurs fortement impactés", relève Pieter De Koster. "Cela aura des conséquences en termes de restructurations. Comme en auront les changements sociétaux générés par la crise sanitaire, tels que le recours intensif au télétravail."

Troisième raison de cultiver un certain pessimisme: le caractère temporaire des aides publiques, dont le chômage économique "qui a atteint des niveaux kafkaïens". Ces mesures vont progressivement arriver à échéance dans les semaines et les mois à venir, de sorte que les entreprises vont sortir d’une certaine léthargie créée par ce soutien public. Herman Craeninckx rejoint Pieter De Koster sur ce point: les aides dispensées l’an dernier ont poussé nombre de dirigeants "à adopter une position attentiste", qui va se dénouer peu à peu en 2021.

16.707
emplois
Jusqu'à présent, 2012 a été l'année la plus lourde en licenciements collectifs avec 16.707 pertes d'emplois annoncées.

Aujourd’hui déjà, nombre d’entreprises rencontrent des problèmes aigus de solvabilité. Le moratoire sur les faillites va se terminer fin du mois, tandis que la mesure "Bazooka" de garantie des crédits bancaires aux PME arrivera à échéance à fin juin.

Et les grandes entreprises n’échappent pas au marasme. D’après le bureau d’analyse de données business Graydon, 350 entreprises de plus de 50 emplois se trouvent actuellement dans de sérieuses difficultés. Sans aide supplémentaire, combien d’entre elles vont se résoudre à opter pour des licenciements collectifs?

Depuis que le SPF Emploi tient ces statistiques à jour, 2012 a été la pire année en nombre de licenciements collectifs annoncés. Les procédures Renault avaient alors concerné 16.707 emplois, un triste record dû, en partie, à la fermeture de l’usine Ford à Genk (4.264 emplois). On n’ose pas imaginer qu’on fera pire en 2021, mais la perspective n’a hélas plus rien de farfelu.

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