Vives tensions entre CEO et actionnaire chez Delvaux

CEO de Delvaux pendant six ans, Marco Probst a été rappelé en renfort en février dernier par le conseil d'administration. ©saskia vanderstichele

Patron et ex-président, toujours au capital, s'écharpent sur la stratégie à suivre. Marque exclusive ou ouverture à un public plus large? La question est posée pour le maroquinier.

Les vieilles querelles refont surface à la tête de Delvaux. En effet, l'actuel CEO, Marco Probst, et l'associé des Chinois montés à bord en 2011, Jean-Marc Loubier, recroisent le fer quant à la marche à suivre par le célèbre maroquinier, a-t-on appris à bonnes sources.

Les deux hommes s'étaient déjà frittés en 2018, amenant au départ du Bavarois de 54 ans (ex-Chloé et Hugo Boss), qui "n'en pouvait plus", au profit d'une prise de pouvoir du Français, ex-vice-président exécutif de Louis Vuitton et directeur général de Céline.

Ce dernier avait alors pris les rênes, coiffant la casquette de président du conseil d'administration, puis de CEO dans la foulée. Un changement qui ne fut en réalité que de courte durée puisqu'un an et demi plus tard, Marco Probst faisait son retour aux commandes, poussé par le conseil d'administration, quand Jean-Marc Loubier fit alors le choix de se concentrer sur un rôle actif d'actionnaire.

Positionnement

Ce qui a rallumé la mèche aujourd'hui entre les deux hommes? Des divergences de vue sur le positionnement de Delvaux notamment, entend-on.

Car si l'Allemand se concentre sur l'augmentation des ventes, quitte à devoir passer par des prix bradés en ligne histoire de se délester des invendus (parfois périssables, car amenés à être démodés) de ses magasins physiques, le Français entend, de son côté, déployer une marque exclusive, forte d'un héritage unique au monde – Delvaux est à l'origine du brevet du premier sac à main – et de boutiques désormais nichées dans toutes les villes qui comptent (Milan, New York, Londres et Paris) pour sa clientèle internationale.

"C'est regrettable car ces deux hommes auraient pu être particulièrement complémentaires."
Un interlocuteur

Alors, ajoutez à cela une crise du coronavirus venue frapper le monde du luxe de plein fouet, des à-coups intempestifs dans la production, de même que le récent départ de la directrice artistique, en place depuis 9 ans, et le cocktail est explosif.

"C'est regrettable, ce qui se passe entre les deux hommes", évoque un interlocuteur. "Car ce duo aurait pu être particulièrement complémentaire, Probst amenant sa vue de l'opérationnel et Loubier de la stratégie.".

Mais voilà, cela ne s'est pas passé comme cela. Et force est de constater désormais qu'au lieu d'un travail main dans la main, c'est une partie de bras de fer qui s'opère depuis quelques mois maintenant. Et ce, bien que les critiques à l'égard de l'un comme de l'autre puissent présenter une part de vrai.

Chiffres clés

  • Fondé en 1829.
  • Chiffre d'affaires supérieur à 120 millions d'euros l'an passé.
  • 45 boutiques de par le monde, dont Paris, Milan, Londres et New York.
  • Près de 500 collaborateurs.
  • Trois sites de production (Bruxelles, Bourg-Argental et Avoudrey).
  • En 2011, la famille Schwennicke a cédé la majorité du capital à First Heritage Brands, conservant une participation de 20%.

En effet, vendre des sacs à main haut de gamme à -40% sur son e-shop ou à -70% sur un site de ventes privées tel que Veepee (dont Sofina est actionnaire à 5,56%), cela peut ternir l'image d'un produit de luxe – Hermès ne solderait jamais son Birkin, du nom de ce sac iconique imaginé dans les années 80 par Jane et qui s'arrache aujourd'hui à prix d'or.

D'un autre côté, vouloir ouvrir trop de points de vente, trop vite, dans des lieux ultra-prisés (et donc chers), peut aussi s'avérer néfaste pour un groupe qui revient de loin – le maroquinier était en faillite virtuelle, disent certains, lors de sa reprise par First Heritage Brands, la joint-venture qui associe Loubier (minoritaire) et les fonds hong-kongais Fung Brands et souverain singapourien Temasek Holdings. Et ce, même si l'actionnaire chinois allonge les billets derrière cette expansion.

Réorganisation

Alors, comme l'heure est grave, certains parlent aujourd'hui d'une "réorganisation interne" sur la table pour mettre un terme à la situation quelque peu délétère dans laquelle le maroquinier se trouve. Les contours exacts n'en sont à ce stade pas connus. Un conseil d'administration a eu lieu la semaine dernière. En ressort une volonté de "redistribuer certaines responsabilités", a-t-on tout de même appris, dans une entreprise qui fait face aujourd'hui à une situation pour le moins difficile au niveau de ses liquidités.

Certaines responsabilités vont être redistribuées dans l'entreprise.

En effet, si Delvaux atteignait l'an dernier un chiffre d'affaires record supérieur à 120 millions d'euros, réalisé à 85% à l'international (dont 70% grâce à des acheteurs chinois), la donne devrait être tout autre cette année. Marco Probst s'attendait en effet en mai à un recul des ventes de l'ordre d'une trentaine de pourcents pour 2020. Un chiffre qui sera peut-être à revoir à la baisse, désormais, la consommation (surtout chinoise, solidement) semblant avoir quelque peu repris, quand les confinements se font dorénavant plus ciblés qu'en mars dernier.

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