Voo | Les Américains ont joué la carte de l'emploi

©BELGA

Le destin de Voo, gros morceau de l'ensemble Nethys, n'est pas encore scellé. Il a pris un virage en mai dernier, à la signature d'une offre liante avec l'américain Providence qui promet de maintenir l'emploi en région liégeoise. Mais la vente est loin d'être finalisée.

Poussé à l'époque dans le dos par le politique, Nethys a donné naissance à Newco1, où elle a logé ses activités concurrentielles dans les médias, l’énergie et la finance, et à Newco2, où elle a alors placé ses activités télécoms – les participations restantes formant le pôle "activités d’intérêt général" (Noshaq, Fluxys,…). Une décision qui augurait d’intentions spécifiques quant à cette dernière, idée encore renforcée, en juillet, par la mutation de la structure en une entité juridique à part entière: VOO S.A.

1,5 milliard
euros
La valorisation du pôle télécoms de Nethys, gonflé des activités de l’intercommunale de télédistribution bruxelloise Brutélé, tournerait aux alentours d’1,5 milliard d’euros.

L’objectif poursuivi? Circonscrire le périmètre de l’activité en vue d’une vente à un tiers. Au portillon se bousculent depuis un temps déjà Orange, qui vante dès mai 2018 l’idée d’un partenariat industriel, et Telenet, qui mettait, mi-avril de la même année, 1,3 milliard d’euros sur la table pour un rachat. Deux pistes restées sans suite.

ÉDITORIAL | Échec industriel

Providence, vainqueur du "beauty contest"

C’est seulement là que commence à circuler un autre scénario: celui du fonds d’investissement. Plusieurs noms sont alors évoqués. Après un "beauty contest" de rigueur, il ressort que l’américain Providence, spécialisé dans les médias, les communications et l’information et l’éducation, termine seul en lice.

Bingo. C’est cette dernière piste qui est finalement choisie par Nethys pour le futur de ses activités télécoms, une offre liante ayant été signée entre les deux acteurs le 24 mai dernier, soit juste avant le triple scrutin du 26 mai, révélait Le Soir vendredi.

Pourquoi? Car "ce partenaire présentait, outre des conditions financières favorables, les meilleures garanties et perspectives de développement de Voo sur son marché national pour les années à venir, tout en assurant le maintien de l’activité économique et de l’emploi en région liégeoise, voire le développement de nouvelles filiales", détaille un document que nous avons pu consulter. Par après, l’idée du fonds serait de viser une alliance avec Orange ou, en cas d’échec, un exit après 5-6 ans, en ayant créé de la valeur pour les communes actionnaires au passage.

Brutélé, condition sine qua non

Mais la vente n’est pas pliée pour autant. Reste une condition suspensive à surmonter: que le rachat de l’intercommunale de télédistribution Brutélé par la liégeoise Enodia soit entériné – là aussi, Orange et Telenet avaient fait montre d’intérêt. Avant le 24 octobre. Montant de l’opération? 250 millions d’euros. Sinon se profilerait alors un rachat à prix cassé (100 millions de moins), lié à la forte imbrication des deux entités (Enodia via Nethys) cogérant la marque Voo.

Et là, le bât blesse aujourd’hui. Car, si les 27 communes actionnaires ont donné leur feu vert, fin mai, à la mise en place d’un comité de négociation chargé d’étudier l’offre de son partenaire historique, le conseil d’administration prévu ce mardi soir pourrait changer la donne.

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Postures politiques

En effet, des discussions auraient eu lieu, entend-on à bonnes sources, du côté des partis en vue de déterminer la stratégie à adopter dans un dossier qui s’annonce pour le moins épineux politiquement. Et ce, alors que le gouvernement wallon vient juste de s’installer et de poser les jalons d’une "Wallonie nouvelle" – sans affaires –, pour citer Elio Di Rupo, ce week-end, aux Fêtes de Wallonie.

Quelles sont les craintes? "Que certains veuillent prendre une posture politique par rapport à Moreau qui sent le soufre", lâche un bourgmestre. Car pour le reste, "tout le monde sait que l’idée était une vente à un grand groupe. Maintenant, il faut surtout chercher la meilleure offre".

Reste que, simple en apparence, l’équation du choix d’un acheteur en est loin. Si tant est que les communes décident d’avancer, leurs conseils communaux respectifs devront encore se prononcer sur l’offre présentée. De quoi ralentir le processus.

Clivage entre Bruxellois et Wallons

De plus, si le clivage entre libéraux et socialistes sur la nécessité de garder des activités télécoms dans le giron public semble désormais dépassé, celui opposant Bruxellois et Wallons persiste bel et bien: pour les premiers, c’est simple, il faut couper les ponts avec la galaxie Publifin et des décisions venues de Liège uniquement. À cela s’ajoute encore le cas atypique d’Uccle, restée propriétaire de son réseau local, qu’il faudra régler.

Vient alors l’un des seuls points d’ouverture, à savoir un récent accord de principe sur la clé de répartition du produit de la vente éventuelle, qui suivrait la répartition du dividende annuel versé aux communes actionnaires. Pour autant, il se dit que tout ce petit monde pourrait, in fine, décider d’attendre le signal de l’autorité de tutelle.

Win | Recentrage sur l'IT, la gestion des données et la connectivité
D’après un document que nous avons pu consulter, les activités B2B de Voo, soit la partie clients professionnels, seront extraites de Win, autre filiale de Nethys, pour rejoindre le pôle télécoms récemment logé dans une entité juridique à part entière. Et ce, "à la demande du partenaire" ayant fait offre sur ledit pôle.

Pour ce qui est de la structure restante, elle "poursuivra par conséquent son activité isolément en se recentrant sur les activités de connectivité, d’IT et de gestion de données", apprend-on.

Une mission qu’elle exercera sous la houlette de son nouvel actionnaire, Ardentia Tech, véhicule fondé par l’investisseur liégeois bien connu François Fornieri. Une offre liante pour le rachat de Win ayant, en effet, été signée fin mai par celui qui est aussi patron du groupe pharma Mithra, rapportait lundi Le Soir.

Si l’homme est administrateur de Nethys, quand Stéphane Moreau est, lui, administrateur et délégué à la gestion journalière d’Ardentia, tous deux assurent s’être abstenus de participer aux discussions entourant ces développements.

Opérateur et intégrateur de services ICT, Win compte quelque 1.500 clients dans les entreprises, les soins de santé, les écoles et le secteur public notamment.

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