"Nous n'avons jamais été invités à la table Win" (NRB)

Pascal Laffineur, CEO de NRB. ©Anthony Dehez

Le Liégeois, patron de Mithra, propose via sa société Ardentia, d'acquérir les activités Win et Elicio de Nethys. Des questions se posent désormais sur le prix mis sur la table et jugé très faible. Qui plus est, deux autres candidats étaient sortis du bois: NRB et Telenet. "Mais nous n'avons jamais été invités autour de la table", déplore le patron d'NRB.

Alors que Nethys veut procéder à la vente de ses bijoux de famille, des questions s'élèvent quant à certains contrats d'achat.

Suite au démantèlement de Nethys, les activités de Win et d'Elicio pourraient atterrir dans le giron de François Fornieri, le patron de Mithra. Ces deux sociétés seraient ainsi désormais logées dans Ardentia et Ardentia Tech, qui compteraient comme administrateurs Fornieri et Stéphane Moreau, CEO de Nethys sur le départ. Selon le plan déposé sur la table du conseil d'administration d'Enodia, ce dernier prendrait également la gestion quotidienne des deux activités.

Un prix sous-évalué?

On sait que l'homme d'affaires gravite dans la galaxie Moreau. Il est administrateur de Nethys depuis 4 ans avec comme mission, explique-t-il, d'investir et de veiller à "sortir le management" de la structure Nethys.

8-10 millions
euros
Le 21 mai dernier, une offre liante unissait Nethys et Ardentia. Win était acquise à un prix oscillant entre 8 et 10 millions d'euros.

Dès lors, le retrouver dans le processus n'a rien de surprenant. Là où des interrogations fusent, c'est sur le prix proposé pour ces sociétés. Selon les informations du "Soir", plusieurs autres candidats auraient fait part de leur intérêt pour Win. Ils se disaient même prêts à mettre davantage sur la table. Pourtant, le 21 mai dernier, une offre liante unissait Nethys et Ardentia. Montant apposé sur le contrat: 8 à 10 millions d'euros.

NRB n'a "jamais été invitée"

Au moins deux autres candidats étaient sortis du bois: NRB, une société liégeoise anciennement filiale IT d'Ethias, et l'opérateur flamand Telenet.

"Cela fait une bonne année déjà que nous avions mandaté, aux côtés de Win, un consultant externe pour qu'il réalise une analyse factuelle au sujet d'un éventuel rapprochement entre les deux entreprises", confirme Pascal Laffineur, CEO de NRB.

L’affaire Nethys décortiquée

Sur cette base, le management du groupe informatique avait donné un feu vert à ce qu'une offre soit formulée. "Mais nous n'y avons jamais été invité. Ce n'est pas une catastrophe pour nous, car nous avons d'autres acquisitions dans le pipe. Dans la volonté de créer un acteur wallon fort, ce rapprochement aurait pourtant fait du sens." Pour autant, NRB affirme qu'il ne prévoit aucune action contre ce deal.

NRB dit être arrivée, à l'époque, à une valorisation de Win de l'ordre de 25 à 30 millions d'euros. "Ce n'est pas forcément la valeur à laquelle nous l'aurions rachetée, parce nous n'avons pas pu réaliser de due diligence en bonne et due forme, mais c'était le montant qui avait été évoqué".

Y a-t-il eu mise en concurrence?

N'y a-t-il donc pas eu de mise en concurrence des différentes offres? Chez Nethys, on s'en défend. "Il n'y a eu aucune marque d'intérêt pour Win de la part de quelque candidat que ce soit", martèle le porte-parole, Patrick Bloncry. "Il y a eu une analyse spontanée réalisée à notre demande par McKinsey pour évaluer un rapprochement avec NRB, mais elle ne permettait pas de dégager une plus-value suffisante pour qu'on la retienne."

En coulisse, on confirme toutefois qu'il y a bien eu une volonté de ne pas ouvrir la vente de Win à la concurrence. "Si nous étions allés trouver d'autres acteurs, tout le marché aurait été mis en alerte en quelques heures et nous n'aurions jamais pu remplir la mission qui nous avait été confiée par l'intercommunale: sauvegarder l'ancrage et l'emploi à Liège." 

Par ailleurs, le fonds américain, Providence, qui entend reprendre VOO avait clairement indiqué ne pas être intéressé par Win.

Pourquoi Fornieri a-t-il été intéressé?

Une deuxième question se pose. Alors que Nethys se montre sceptique quant à la capacité de Win de générer à long terme des résultats satisfaisants, pourquoi Fornieri tente-t-il d'investir dans une telle société? Il vise désormais pour Win, qu'il pourrait racheter à bas prix, la conclusion de synergies avec d'autres acteurs du secteur après un investissement de 10 à 15 millions réalisé avec un consortium. 

"Les atermoiements du gouvernement sur le dossier Nethys pourraient devenir funestes"

"On pensait avoir tourné la page et on se rend compte que la nouvelle législature débute sous les mêmes auspices que la précédente: une succession de révélations, de questionnements, voire de scandales", affirme Benoit Dispa, député wallon cdH, sur les ondes de Bel RTL.

Pour lui, il ne faut pas attendre 6 mois pour envoyer un commissaire spécial chez Nethys, "il faut aller plus vite". "Pierre-Yves Dermagne doit prendre le sujet à bras-le-corps. J'espère que la précédente ministre, Valérie de Bue, lui a transmis un dossier complet. (...) les atermoiements pourraient devenir funestes, car on voit que Nethys a déjà pris des décisions avant la fin du mois de mai et donc avant l'entrée en vigueur du décret sur une gouvernance plus stricte."

Benoit Dispa déplore aussi de retrouver dans ce dossier les mêmes personnes à la vente et à l'achat. "Je crois bien que l'armada de juristes qui entoure Nethys trouvera des arguments pour plaider le respect des contraintes légales, mais le conflit d'intérêts me paraît évident si on est à la fois d'un côté et de l'autre." Un conflit d'intérêts dont François Fornieri se défend. 

Histoire de faire au plus vite la lumière sur cet aspect, le groupe cdH demandera ce jeudi après-midi au nouveau ministre des Pouvoirs locaux de fournir les informations dont il dispose, voire d'envoyer un commissaire du gouvernement pour obtenir les informations.

Benoit Dispa, député wallon cdH, sur les ondes de Bel RTL

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