analyse

Kris Peeters et Philippe Muyters sur la restructuration de Carrefour: si c'est pas moi, c'est toi

Kris Peeters et Philippe Muyters. ©BELGA

Le dossier Carrefour illustre à quel point il est difficile de résister à la tentation de recourir aux prépensions qui arrangent, en fin de compte, tout le monde.

C’est ce qu’on appelle se refiler la patate chaude. Dans l’épineux dossier des prépensions chez Carrefour, le ministre fédéral de l’Emploi Kris Peeters (CD&V) et son homologue au gouvernement flamand, Philippe Muyters (N-VA) ne sont pas d’accord sur qui endossera la responsabilité politique d’envoyer environ 600 personnes à la prépension à 56 ans, alors que le marché de l’emploi regorge de postes à pourvoir et qui ne trouvent pas preneur. Au-delà de la polémique, nous avons tenté de tirer cela au clair.

Que prévoit l’accord entre syndicats et direction de Carrefour?
Lors de l’annonce de la vaste restructuration de ses magasins le 25 janvier dernier, Carrefour annonçait la suppression de 1.233 postes de travail. Depuis lors, ce nombre a été ramené à un millier. Syndicats et direction sont tombés d’accord sur un plan social qui permet aux personnes qui avaient 56 ans le 25 janvier de bénéficier du chômage avec complément d’entreprise (l’ancienne prépension), donc à pouvoir rester à la maison avec 95% du salaire. D’après les syndicats, 600 à 700 personnes rentrent dans les conditions.

Une autre option est de se faire licencier purement et simplement, moyennant versement du préavis légal, augmenté de 35%. Les syndicats se sont déclarés satisfaits de ce qu’ils ont obtenu de la direction qui, elle, voulait clôturer le dossier le plus rapidement possible.

Pour mettre un terme à cette partie de ping-pong, Kris Peeters a invité hier ses collègues régionaux (Philippe Muyters, Didier Gosuin et Pierre-Yves Jeholet pour la Wallonie) pour une concertation commune.

Pourquoi est-ce que cela coince au plan politique?
Reste plus qu’à faire valider l’accord par le politique. Or c’est là que le bât blesse. Philippe Muyters a invité Kris Peeters à ne pas valider le plan, estimant qu’envoyer des gens à la prépension à 56 ans constitue un mauvais signal. Peeters a pour sa part rappelé que tous les ministres sont tenus de parapher l’accord, y compris les ministres régionaux. Ce à quoi Muyters a répondu que sa compétence se limite à l’outplacement, c’est-à-dire la réinsertion sur le marché du travail des personnes licenciées.

De son côté, le ministre bruxellois de l’Emploi, Didier Gosuin (Défi), a tenu à préciser que les Régions sont compétentes pour l'outplacement en cas de licenciements secs. "S'il n'y a pas de licenciements secs, elles n'auront pas d'avis contraignant à émettre et seul le fédéral aura à se prononcer."

Pour mettre un terme à cette partie de ping-pong, Kris Peeters a invité hier ses collègues régionaux (Philippe Muyters, Didier Gosuin et Pierre-Yves Jeholet pour la Wallonie) pour une concertation commune.

Que prévoit la loi?
Le cadre légal des prépensions a été considérablement resserré sous les deux derniers gouvernements (Di Rupo et Michel). Officiellement, on ne parle plus de prépension, mais de chômage avec complément d’entreprise. L’âge limite a été relevé de 60 à 62 ans, sauf en cas de faillite ou de restructuration où la prépension reste possible à 56 ans. L’accord de gouvernement prévoit de porter cette limite à 60 ans à partir de 2017.

Avec un certain résultat semble-t-il. En 2014, on dénombrait 140.000 prépensionnés. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 77.000. Sauf qu’entre-temps, on a, sous la pression des partenaires sociaux (Conseil national du Travail), repoussé la date butoir de 2017 à 2020. C’est que tant pour les syndicats que pour les patrons, les prépensions sont une façon bien commode de préserver la paix sociale en externalisant en quelque sorte le coût des restructurations.

Du côté de Kris Peeters, on précise toutefois que même en l'absence d'une nouvelle convention collective de travail du Conseil national du Travail, l'âge de la prépension sera en tout état de cause relevé à 59 ans le 1er janvier 2019 et à 60 ans le 1er janvier 2020. Pas de quoi pour autant rassurer les partenaires de majorité de l’Open Vld et de la N-VA. Le député Egbert Lachaert (Open Vld) vient de déposer une proposition de loi pour que la limite de 60 ans soit effective dès 2019.

Ces travailleurs sont-ils définitivement hors circuit?
Du côté syndical, on signale que les travailleurs prépensionnés ne sortent pas réellement du marché du travail puisqu’ils sont soumis au "régime de disponibilité adapté". Ils devront répondre aux offres d’emploi ou de formation transmises par les services régionaux pour l’emploi (Forem, VDAB, Actiris) et s’inscrire dans un parcours d’accompagnement. "Dans les faits cependant, on constate que ces gens sont très difficiles à activer", observe Thomas Pollet, porte-parole du ministre flamand de l’Emploi Philippe Muyters. Pourquoi en effet ces personnes iraient-elles postuler alors qu’elles reçoivent actuellement 95% de leur salaire pour rester à la maison?

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