La restructuration chez Cora ne surprend pas les syndicats

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Un conseil d’entreprise extraordinaire doit avoir lieu chez Cora suite à la décision de restructurer le capital. Une restructuration est possible, ce qui ne surprend pas les syndicats.

Il y a du tirage chez le distributeur Cora et, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, une restructuration devrait être annoncée au début de la semaine prochaine. Si les détails de celle-ci ne sont pas connus, il nous revient qu’un conseil d’entreprise extraordinaire est programmé pour le début de la semaine prochaine.

"Ca ne m'étonne pas", déclare Gino Cusumano, délégué CNE, qui préfère attendre le conseil d'entreprise pour s'exprimer. "La direction m'a confirmé ce matin vouloir maintenir l'entreprise et la recapitaliser", explique-t-il. Il regrette juste d'avoir lu la nouvelle dans la presse.

Un acte publié récemment au Moniteur belge fait état de délibérations relatives à la poursuite des activités de Cora SA dans le cadre de l’article 633 du code des sociétés. Le principe de cet article est clair. Si, à la suite de pertes, l’actif net de la société est réduit à un montant inférieur à la moitié du capital social, l’assemblée générale doit se réunir et se prononcer sur la dissolution de la société ou sur la poursuite des activités.

Si l’énoncé fait peur, il s’agit d’un procédé classique dans la vie des sociétés. Il n’empêche, l’activation de cette procédure n’est jamais synonyme de bonnes nouvelles. "Si le conseil d’administration propose la poursuite des activités, il expose dans son rapport les mesures qu’il compte adopter en vue de redresser la situation financière de la société", dit encore l’article 633. Nous y voilà!

• Du côté de la direction, voici ce qu'on en dit: "Il s’agit donc d’un acte financier et juridique qui ne signifie aucunement l’annonce d’un plan de licenciement collectif ou l’annonce de fermeture de magasins, que du contraire".

Redressement

Dans l’acte du Moniteur belge concernant Cora, il faut s’en douter, on ne trouve guère de détails. Mais le point "2. Décision" est assez éloquent. "L’assemblée se rallie à la proposition du conseil d’administration et, compte tenu des mesures de redressement proposées dans le rapport dudit conseil, décide de la poursuite des activités."

De quelles mesures de redressement parle-t-on? Nous n’en saurons pas plus. Du côté de Cora, on se borne à dire qu’une communication interne à ce sujet est prévue dans quelques jours. En grattant un peu, nous avons appris qu’un conseil d’entreprise extraordinaire devrait se tenir la semaine prochaine.

• Des réunions extraordinaires avec les Conseil d’entreprise des magasins sont prévues mardi prochain, confirme la direction de Cora dans son communiqué. "La direction prolongera ensuite le dialogue avec les partenaires sociaux en vue de rechercher les équilibres organisationnels et économiques pour rendre la société autonome financièrement et profitable économiquement."

Cora a donc bouclé l’année 2015 sur une perte reportée de 23 millions d’euros. C’est pour cette raison que Cora a décidé de réduire son capital du même montant pour apurer cette perte. Par ce mouvement, Cora a fait passer son capital de 37,9 millions d’euros à 14,9 millions d’euros. Dans la foulée, Cora a décidé d’augmenter son capital social à concurrence de 2,5 millions d’euros pour le faire passer à 17,4 millions d’euros. Cette augmentation s’est faite par le biais de la création de 250.000 nouvelles actions intégralement souscrites par la Société Louis Delhaize Financière et de Participation (Delfipar) au prix global de 25 millions d’euros: 2,5 millions au capital, tandis que le compte prime d’émission a, lui, été augmenté de 22,5 millions d’euros.

 

"La poursuite du plan Coravenir (…) est déterminante pour le redressement de Cora Belgique."
extrait du rapport de gestion

Nouveau plan social?

Reste encore à voir ce qui sera annoncé aux syndicats la semaine prochaine, mais il faut tout de même rappeler que Cora sort tout juste d’une restructuration. Ce plan précédent, baptisé Coravenir, n’est sans doute pas terminé. Il y a deux ans, le distributeur s’était séparé de plus de 400 travailleurs (voir ci-contre) sans faire la moindre vague.

Le rapport de gestion des comptes 2015 est en tout cas éloquent. Le parcourir permet, en attendant d’avoir plus de détails, de comprendre ce que traverse le distributeur.

Passant en revue les faits marquants de l’année 2015, Olivier Haller, administrateur-délégué de Cora, précisait que le groupe a décidé de maintenir les règles d’évaluation préparées sous le principe de la continuité de l’entreprise. "Ce maintien se justifie d’une part par les effets du plan ‘Coravenir’ qui doivent s’accentuer en 2016 et au-delà, et d’autre part par les plans de relance commerciale en cours", lit-on dans le rapport de gestion.

Cora Belgique en quelques chiffres

589 millions €  de chiffre d’affaires

Le chiffre d’affaires de Cora ne cesse de baisser en en Belgique. En 2015, il est passé sous la barre des 600 millions d’euros. En 2014 il était encore de 608,5 millions et en 2013 de 636,3 millions.

- 22,5 millions €  de perte nette

Cela fait plusieurs exercices que Cora est dans le rouge. Et ses pertes ne cessent d’enfler: -11,5 millions d’euros en 2013, -19,4 millions en 2014 et -22,5 millions en 2015.

7 magasins

Cora ne compte que sept magasins en Belgique. Le dernier a ouvert il y a près de 20 ans à Anderlecht. Annoncé dès la fin des années… 90, un 8e magasin est attendu prochainement à Mouscron.

2.503 collaborateurs

En 2015, Cora employait en Belgique 2.471 travailleurs, soit 2.104 équivalents temps plein. Un an plus tôt il en employait respectivement 2.503 et 2.047.

2,3%de parts de marché

Selon les chiffres du magazine Gondola, la part de marché de Cora en Belgique oscille autour des 2,3%.

Poursuite de "Coravenir"

Au chapitre "risques et incertitudes", l’administrateur-délégué du groupe avançait la "baisse du chiffre d’affaires et l’érosion des marques de Cora Belgique" pour expliquer l’impact sur la structure financière. C’est la suite qui, compte tenu des derniers résultats et du besoin de réinjecter du cash dans la structure, devrait faire tiquer les syndicats et le personnel. "Une relance commerciale et un pilotage de notre marge doivent nous amener à maintenir notre niveau de revenu. La poursuite du plan Coravenir au travers du développement de la multi-activité, de la polyvalence et du pilotage de l’activité en fonction de la volumétrie prévue est déterminante pour le redressement des résultats de Cora Belgique", disait l’administrateur-délégué dans son rapport daté du 2 mai 2016.

1.908 ETP
Aux dernières nouvelles, 2.284 personnes (1.908 équivalents temps plein) travaillaient pour Cora à la fin de l’année 2015.

À la fin de celui-ci, Olivier Haller prenait le temps de remercier tous les collaborateurs du groupe "pour leur mobilisation dans cette année difficile". A priori, il semble que la période compliquée ne soit pas encore tout à fait passée pour le distributeur.

Près de 450 emplois déjà supprimés en 2014

Cora fait partie du groupe franco-belge Louis Delhaize, "cousin" de l’ex Delhaize Group. Il compte 3.664 collaborateurs et a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 1,256 milliard d’euros via quatre enseignes: Cora (hypermarchés), Match/Smatch (supermarchés), Delfood (supérettes Louis Delhaize et grossiste) et Delitraiteur (magasins de proximité).

Cora n’en est pas à son coup d’essai en matière de restructuration. Confronté à une baisse de chiffre d’affaires et à des pertes, il avait supprimé 447 emplois en 2014 juste après Delhaize. Mais contrairement à la firme au lion, le plan s’était conclu dans une relative sérénité: la direction avait travaillé sur la réorganisation de l’entreprise, négocié un plan de polyvalence et annoncé son plan en primeur aux syndicats. En outre, il n’y avait pas eu de licenciements secs (mais des départs naturels à la pension, des départs volontaires, etc.), aucun magasin n’avait été fermé et un plan d’investissement (Coravenir) avait été annoncé.

Las: la mayonnaise n’a pas pris. Le chiffre d’affaires continué à reculer et les pertes se sont accumulées, illustrant à nouveau les difficultés du format de l’hypermarché, de plus en plus concurrencé par les géants de la distribution spécialisée ainsi que par l’e-commerce. L’été dernier Makro a ainsi dû acter sa deuxième restructuration en 3 ans. Après s’être délesté de 374 collaborateurs en 2014, il en a supprimé 505 autres l’an dernier et cédé la gestion de son rayon électro à… Media Markt.

Seul Carrefour semble résister. Il est vrai qu’en 2010, il avait fermé définitivement pas moins de 14 hypermarchés. Depuis, il se fait fort de "réinventer" ce format en lui donnant un côté marché couvert, en le connectant et en multipliant les services. Au point que fin 2016, Comeos a décerné à son hyper montois le prix Mercure du meilleur concept de l’année.

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