interview

"Mestdagh n'est pas aux urgences, mais n'est pas en très bonne santé"

Le nouvel administrateur délégué du groupe, Guillaume Beuscart ©Aude Vanlathem

Depuis ce jeudi, le groupe Mestdagh a changé de direction. Les frères Eric et John Mestdagh se sont retirés de la direction opérationnelle pour se consacrer aux grandes opérations stratégiques. Pour redresser des comptes dans le rouge, le nouvel administrateur délégué, Guillaume Beuscart, prépare un plan stratégique pour la fin du trimestre.

Ils l’avaient annoncé début décembre: les frères Eric et John Mestdagh prennent du recul. Ils se retirent de la direction opérationnelle de leur groupe de distribution pour se consacrer aux grandes opérations stratégiques.

Depuis ce jeudi, le Français Guillaume Beuscart est le nouvel administrateur délégué du distributeur basé à Gosselies. Sa mission: assumer la gestion au quotidien du groupe et élaborer une stratégie en vue de ramener les comptes dans le vert.

M. Beuscart, connaissiez-vous le secteur de la distribution avant d’arriver chez Mestdagh?
J’ai dirigé les 220 magasins Relay et Press Shop du pays. Avant ça, j’ai ouvert des Relay et des Virgin Megastore en Europe de l’Est (Russie, Serbie, Roumanie…). Je connais donc la logistique et le retail. Ce qui m’intéressait, c’était d’apporter cette connaissance en non-food dans le secteur du frais. J’ai eu l’occasion de pratiquer les circuits courts et les évolutions technologiques chez Relay, et de développer de nouveaux concepts comme les 4 Relay de l’aéroport de Zaventem qui sont les plus grands au monde.

Comment les rôles sont-ils répartis avec les frères Mestdagh?
Guillaume Beuscart: Je suis chargé de la gestion opérationnelle au jour le jour.

Eric et John Mestdagh ©Dieter Telemans

Eric Mestdagh: Avec John, je m’occuperai des enjeux stratégiques. J’en vois principalement deux: comment faire évoluer le groupe Mestdagh dans un environnement macroéconomique fort changeant et, d’autre part, préparer la renégociation de notre contrat avec Carrefour, qui arrive à échéance fin 2020. Nous sommes en train de réfléchir sur la manière de nous intégrer dans l’évolution de Carrefour.

Ce renouvellement est-il inéluctable ou pourrait-on imaginer que vous vous tourniez vers un autre partenaire?
E.M: Tout est possible. Naturellement, il me paraît logique que nous allions vers Carrefour. Cela fait tout de même plus de 20 ans que nous travaillons avec eux, et nous avons renouvelé notre contrat à trois reprises. Mais pour se marier, il faut être deux. Nous allons donc étudier la position de Carrefour et verrons dans quelle mesure nous pourrons inscrire notre projet local dans le projet global de Carrefour.

Cela signifie-t-il que dans une logique de proximité, vous pourriez reprendre des Carrefour Express?
E.M.: Aucun scénario n’est à écarter. Mais dans un monde mouvant tel que celui qu’on connaît aujourd’hui, on se concentre généralement sur ce qu’on sait très bien faire. Notre priorité, aujourd’hui, c’est de miser d’abord sur l’excellence dans ce pour quoi le consommateur nous reconnaît une vraie valeur ajoutée plutôt que de nous disperser.

Quand le client vient dans notre magasin, il doit vivre une vraie expérience olfactive, gustative, visuelle. C’est plus important que de miser sur une expansion géographique qui, à un moment donné, risque de nous faire perdre notre ADN.

"Carrefour apporte des solutions globales, nous offrons des solutions locales."
Eric Mestdagh

Quelle est la différence majeure entre Carrefour et vous?
E.M.: Carrefour apporte des solutions globales, nous offrons des solutions locales. Nous ne nous appuyons d’ailleurs pas sur des parts de marché nationales mais nous basons sur des parts de marché au niveau local.

Et quelles sont celles où vous êtes le mieux implantés?
G.B.: Le bassin historique de Charleroi reste important. Nous avons aussi connu un beau développement en Brabant wallon et sur Liège, et nous commençons à avoir une présence significative à Bruxelles.

Comment se porte l’entreprise aujourd’hui?
E.M.: Je ne vais pas vous cacher que la société ne va pas très bien. Les chiffres ne sont pas encore disponibles, mais nous serons encore en perte en 2017. Nous ne sommes pas aux urgences, mais Mestdagh n’est pas en très bonne santé. Le chiffre d’affaires de nos 83 magasins (dont 52 intégrés) reste quant à lui stable aux alentours de 700 millions d’euros.

Guillaume Beuscart ©Aude Vanlathem

Que comptez-vous faire pour ramener les comptes dans le vert?
G.B.: C’est encore un peu tôt pour le dire. Un plan stratégique est en cours d’élaboration, et nous devrions avoir une idée assez claire de la vision de l’entreprise vers la fin du premier trimestre.

Il y a quelques pistes. Un exemple: Mestdagh s’est construit autour de la boucherie. Mais la consommation de viande décline de 5% par an en Belgique. Par contre, il y a une évolution sur les plats préparés. Une piste serait donc de travailler davantage là-dessus. Nous développons aussi de plus en plus le bio. Il faudra aussi revoir notre assortiment.

Avez-vous un échéancier?
G.B.: Le mandat qui m’est donné par le conseil d’administration est d’accompagner la transformation de l’entreprise. Il est évident, pour une société comme Mestdagh, que pour financer les développements futurs et les avancées technologiques, il faut pouvoir s’appuyer sur une activité rentable. Nous sommes en train d’analyser les paramètres sur lesquels nous devons nous adapter, et nous définirons tout cela dans le cadre d’un plan stratégique élaboré sur un horizon de deux ou trois ans.

E.M.: Comme nous ne sommes pas une société cotée, nous ne subissons déjà pas la pression du marché. Ramener les comptes dans le vert, c’est facile. On arrête la formation, les investissements et c’est réglé. Mais cela a-t-il du sens dans une entreprise familiale qui a 118 ans et qui regarde sur le très long terme? Ce n’est pas dans notre philosophie. Nous ne voulons pas dénaturer notre savoir-faire en réagissant à la petite semaine. Avec Guillaume, nous voulons bâtir sur des bases solides.

"Le supermarché d’aujourd’hui continuera à exister, mais les métiers, les produits, les assortiments évolueront."
Guillaume Beuscart

Vous restez optimistes?
G.B.: Mestdagh a déjà connu des évolutions significatives en 118 ans d’existence et il en connaîtra d’autres. Le supermarché d’aujourd’hui continuera à exister, mais les métiers, les produits, les assortiments évolueront. Les périodes difficiles doivent être l’occasion de se poser les bonnes questions. C’est aussi l’avantage des entreprises familiales: on a une vision à long terme et une connaissance du passé historique.

E.M.: Les résultats sont négatifs mais c’est plus le secteur qui souffre que Mestdagh seul.

G.B.: On vit une période de changements engendrés par la révolution numérique et par l’évolution des modes de consommation. Mais cela offre des opportunités à ceux qui sauront les saisir. Il y a de formidables défis, mais aussi de belles opportunités.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content