Partenariat Colruyt-Inex pour un lait acheté à prix fixe

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Le groupe Colruyt et la société laitière flamande Inex nouent un partenariat visant à proposer d'acheter, pendant 5 ans, du lait à prix fixe aux éleveurs laitiers affiliés auprès d'Inex. Mise à prix: 34,76 centimes le litre. Les producteurs ont 6 semaines pour y souscrire.

Face à la campagne agressive de l'enseigne néerlandaise Albert Heijn, qui a fortement baissé le prix du lait demi-écrémé dans ses supermarchés, le groupe Colruyt  entend rassurer les producteurs en misant sur la stabilité du marché. Et sur des relations à long terme avec les producteurs laitiers.

A cet effet, le distributeur de Hal a noué avec la société laitière flamande Inex un partenariat visant à proposer d'acheter, pendant 5 ans, du lait à prix fixe aux éleveurs laitiers affiliés auprès d'Inex. Mise à prix: 34,76 centimes le litre. Les 450 producteurs qui travaillent déjà avec Inex ont 6 semaines pour y souscrire. S'ils mordent à l'hameçon, les premiers produits laitiers - vendus sous la marque du distributeur, Boni Selection - seront disponibles en rayon à partir d'avril 2020. Le prix fixe sera alors d’application.

"Pour nous, un prix stable doit pouvoir permettre aux éleveurs de bénéficier d’un revenu fixe et d’investir. Nous pensons que ce prix, dont le calcul ne s’est certainement pas réalisé en une nuit, répond à ce besoin."
Stefan Goethaert
Directeur général de Colruyt

Chez Colruyt, on insiste sur la stabilité de revenus qu'induit un tel partenariat, dans un contexte de marché caractérisé par des fluctuations régulières des prix. Mais le distributeur assure aussi ses arrières: le pourcentage de la production susceptible de bénéficier de ce prix fixe ne dépassera pas 15 à 30 % de la production. La proportion exacte sera fixée une fois qu'aura été confirmé le nombre d'agriculteurs - et le volume de lait - intégrés dans le partenariat.

Les éleveurs laitiers seront-ils aguichés par le prix proposé ? A voir. En 2017, les producteurs laitiers avaient touché en moyenne 36 centimes le litre. L'an dernier, le prix moyen avait baissé à 32,80 centimes. La proposition de Colruyt et Inex se situe donc entre les deux.

Un "exercice approfondi"

"Un prix de 34,76 centimes le litre, c'est au moins un centime trop peu. Il est en tout cas inférieur à ce que les agriculteurs reçoivent actuellement quand ils peuvent faire valoir les primes à la quantité et à la qualité."
Philippe Duvivier
Président de la Fugea

Les responsables de Colruyt expliquent que le prix de 34,76 centimes/litre a été défini à la suite d’un "exercice approfondi" consistant à comparer, "sur une longue période", les chiffres des éleveurs laitiers avec les chiffres disponibles publiquement. "Pour nous, un prix stable doit pouvoir permettre aux éleveurs de bénéficier d’un revenu fixe et d’investir. Nous pensons que ce prix, dont le calcul ne s’est certainement pas réalisé en une nuit, répond à ce besoin", précise Stefan Goethaert, directeur général de Colruyt en charge, notamment, des marques du distributeur et de la politique agricole.

"Nous avons étudié les données de nos propres producteurs et la moyenne des prix des dix dernières années. Il n'y a que deux années durant lesquelles le prix du lait a été plus élevé", ajoute Peter Grugeon, directeur général d'Inex.

Les premières réactions recueillies côté agriculteurs sont plutôt tièdes. En substance, le principe d'un partenariat liant producteurs, transformateurs et distributeurs est accueilli favorablement, mais les conditions proposées par Colruyt et Inex sont jugées insuffisantes. 

"Un prix de 34,76 centimes le litre, c'est au moins un centime trop peu. Il est en tout cas inférieur à ce que les agriculteurs reçoivent actuellement quand ils peuvent faire valoir les primes à la quantité et à la qualité", explique Philippe Duvivier, président de la Fugea (Fédération unie de groupements d'éleveurs et d'agriculteurs). 

Celui-ci émet d'autres réserves, notamment sur la question de l'indexation du prix versé aux producteurs. "Le prix proposé ne prévoit l'indexation que sur la partie alimentation des animaux, mais pas sur le produit alimentaire, alors que celle-ci a atteint 1,5 % en 2018", ajoute-t-il. 

Même son de cloche du côté de la Fédération wallonne de l'Agriculture (FWA). "Sur le fond, la démarche est intéressante dans la mesure où c'est la première fois qu'un tel partenariat se noue dans le secteur laitier", dit Alain Masure, directeur du service d'études. Qui reste toutefois sur sa faim. "Le prix proposé est correct, sans plus, parce que les coûts de production sont à peine couverts. Et il serait à mon sens plus judicieux de dire que ces 34,76 centimes sont un prix minimum, susceptible d'être relevé si les prix du marché repartent à la hausse"

Si le projet enregistre une adhésion suffisante des  producteurs, Inex investira dans une nouvelle ligne de production pour pouvoir absorber le surcroît de capacité. Les agriculteurs ont 6 semaines pour peser le pour et le contre.

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