Tir de barrage contre la "poison pill" d'Ahold Delhaize

L'assemblée d'Ahold Delhaize du 11 avril prochain risque d'être animée. ©ANP

De plus en plus de voix s'élèvent pour que les actionnaires d'Ahold Delhaize aient leur mot à dire sur la reconduction de la pilule empoisonnée qui protège actuellement le groupe contre une éventuelle offre hostile.

L’assemblée d’Ahold Delhaize qui se tient mercredi prochain, 11 avril, à Amsterdam risque d’être un peu tendue.

Certes, on y évoquera certainement les changements annoncés ce matin à la tête du groupe de distribution avec la nomination d’un nouveau CEO, Frans Muller, et d’un nouveau président, Jan Hommen, tout comme le départ de deux administrateurs belges.

Mais le renouvellement de la pilule empoisonnée ("poison pill") qui pourrait intervenir dans les mois à venir va s’inviter dans le débat et pourrait cristalliser les tensions au sein des actionnaires.

On a déjà évoqué, il y a peu, ce montage qui permet au groupe de distribution de se mettre à l’abri d’une éventuelle offre hostile. Ses statuts prévoient la possibilité d’émettre des actions préférentielles cumulatives. Une fondation, la "Stichting Continuiteit Ahold Delhaize", SCAD, (dont la dénomination veut tout dire) dispose d’une option pour acquérir ces actions jusque fin décembre 2018. Celles-ci jouent un rôle de dissuasion mais peuvent permettre, dans un cas extrême, de diluer la participation d'un prédateur téméraire.

Les actionnaires tenus à l'écart

Cette option peut être prolongée à l’initiative du comité de direction avec accord du conseil d’administration. Une mesure dont on peut comprendre l’utilité dans un secteur, la grande distribution, en pleine mutation. "Ahold Delhaize et la SCAD ont entamé des discussions sur une possible extension de cette option mais aucune conclusion n’a encore été atteinte à ce stade" signalent le président du CA et le CEO (tous deux sur le départ, rappelons-le) dans une lettre aux actionnaires.

Lors de l’assemblée générale, la direction du groupe compte évoquer ce sujet mais il ne sera pas soumis au vote. Ce qui irrite certains actionnaires.

La VEB et un fonds spéculatif montent au créneau

Aujourd’hui, c’est au tour de l’association néerlandaise "Vereniging van Effectenbezitters" (VEB) de manifester son mécontentement et de demander que cette pilule empoisonnée fasse l’objet d’un scrutin. "Il a déjà été largement démontré que quand on a besoin d’argent les actionnaires sont sollicités mais lorsqu’il s’agit de prendre une décision qui concerne l’avenir du groupe on nous demande de nous taire" a lancé son président.

L'action Ahold Delhaize a nettement sous-performé l'an denier par rapport au Bel 20.

Le fonds activiste français CIAM qui détient une position de plusieurs dizaines de millions d’euros sur Ahold Delhaize avait déjà tiré à boulets rouges sur cette construction financière et réclamé un vote. "Le secteur est mal en point. Il doit se consolider. Nous souhaitons que le groupe trouve de bonnes idées et ne se cache pas derrière cette fondation" a indiqué une des responsables du fonds.

Bernstein aussi

Les analystes de Bernstein tapent sur le même clou. Ils estiment que le renouvellement de l’option va probablement à l’encontre des souhaits des investisseurs. "Les pilules empoisonnées constituent de la mauvaise corporate governance écrivent-ils dans la mesure où elles ôtent le contrôle aux actionnaires au moment où leur opinion est la plus importante."

Selon le dernier rapport annuel d’Ahold Delhaize ses actionnaires principaux (participation égale ou supérieure à 3%) sont BlackRock 4,49% du capital et 6,14% des droits de vote, DeltaFort Beleggingen 10,82% du capital et 3,43% des droits de vote, NN Group 4,89% du capital et 2,54% des droits de vote et, enfin, la Stichting Administratiekantoor Preferente Financierings Aandelen Ahold avec 14,42% du capital et 5,03% des droits de vote.

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