Beckers: il est temps pour Delhaize "de changer de capitaine"

(© Thierry du Bois) ©Thierry du Bois

L'annonce du départ de Pierre-Olivier Beckers de la tête du groupe Delhaize a pas mal surpris. Les raisons exactes de cette décision restent inconnues, ainsi que l'identité du successeur de Beckers.

En marge de la publication de ses résultats trimestriels, le groupe Delhaize a diversement surpris en annonçant le départ de son CEO, Pierre-Olivier Beckers, d'ici la fin de l'année. Si cette annonce permet de mieux comprendre le report à une date ultérieure du Capital Markets Day (CMD), elle suscite autant d'interrogations sur les raisons véritables de ce retrait que de spéculations sur l'avenir du groupe Delhaize et sa structure.

Au cours d'une conférence call, Pierre-Olivier Beckers a voulu rassurer le marché, qui en a sans doute bien besoin puisque le titre a "salué" son départ en caracolant en tête du Bel 20 pendant la séance de mercredi... avant de fléchir nettement jeudi. "Cela fait presque quinze ans que je suis CEO de Delhaize et cela n'a pas été une décision facile", a-t-il admis. "Je pense que tout le monde connaît ma passion pour cette entreprise et mon enthousiasme pour le secteur du retail. Mon énergie reste intacte. Mais le conseil d'administration et moi-même sommes arrivés à la conclusion que le temps était venu d'aller de l'avant", a-t-il ajouté.

Sur les raisons et le timing de ce départ, Pierre-Olivier Beckers est resté volontairement évasif. "Choisir le moment le plus approprié pour un CEO de se retirer n'est en aucun cas une science exacte. Parfois, il y a un bon moment et aujourd'hui, c'est le cas", a-t-il simplement déclaré. Le patron sortant estime en substance qu'il est "sain et important pour une entreprise de changer de temps en temps de capitaine, de choisir quelqu'un avec une nouvelle manière de penser et une vision fraîche sur les réalités, les défis et les opportunités auxquels une entreprise doit faire face".

Dans la bonne direction

"En outre, après plusieurs années exigeantes, Delhaize est en train de trouver un nouvel élan. Les résultats sur ces trois derniers trimestres et le prix de l'action le prouvent, il y a plus de stabilité dans nos opérations. Nous avançons dans la bonne direction", a poursuivi Pierre-Olivier Beckers.

Le patron de Delhaize s'est dit confiant pour le futur et même très réaliste sur le fait qu'il y aura de nouveaux défis à relever. "C'est la nature de notre industrie que de devoir constamment nous réinventer pour alimenter la croissance. Nous ne sommes pas une exception", a-t-il expliqué.

Le groupe a enregistré un premier trimestre particulièrement fort avec une croissance des revenus et des bénéfices tant chez Delhaize America qu'en Belgique, notamment grâce à des conditions climatiques favorables. "Notre rentabilité s'est améliorée mais notre part de marché reste sous pression", a toutefois reconnu Pierre-Olivier Beckers qui a en même temps souligné l'impact de l'inflation sur tous les marchés du groupe.

Aux Etats-Unis, les magasins repositionnés de Food Lion continuent de bien performer. Delhaize reste néanmoins prudent et y anticipe une diminution "modérée" de sa marge d'exploitation sous-jacente. "Les investissements en prix dans les magasins Food Lion repositionnés et chez Hannaford seront partiellement financés par des économies de coûts chez Delhaize America et par l'amélioration des résultats chez Bottom Dollar Food et Sweetbay", précise en outre le groupe.

Dans le Sud-Est de l'Europe, les activités ont été influencées par des investissements en prix en Grèce alors que les autres pays ont fait les frais d'une inflation élevée. Précisons que Delhaize entend consacrer une partie des 650 millions d'euros d'investissements prévus à l'ouverture de 200 magasins en 2013, dont la plupart dans le Sud-Est de l'Europe.

Pour le reste de l'année, le groupe a réitéré ses prévisions d'un bénéfice d'exploitation sous-jacent d'approximativement 775 millions d'euros. Delhaize entend également générer approximativement 500 millions d'euros de cash-flow libre en moyenne pour la période 2013-2015.

Leadership continu

Le Conseil d'Administration a donc entamé la recherche d'un successeur et examinera les candidatures tant internes qu'externes. Ce processus devrait permettre une transition ordonnée et harmonieuse d'ici la fin 2013. En attendant de trouver son successeur Pierre-Olivier Beckers continuera à exercer ses fonctions.

Il continuera, par ailleurs, à siéger au Conseil, en tant qu'administrateur non exécutif, après avoir quitté sa fonction d'administrateur-délégué. "Dans l'intervalle, je reste pleinement engagé en faveur de l'entreprise. Il n'y aura pas d'interruption de leadership", a-t-il assuré.

Pour l'heure, le successeur tant attendu n'est donc pas connu même si certains noms sont régulièrement revenus alimenter les bruits de couloir tout au long de la journée de mercredi. "Nous choisirons celui qui convient le mieux pour le job. Quelqu'un qui a de l'expertise et des compétences techniques bien entendu mais surtout qui s'inscrit en adéquation avec la culture de l'entreprise", s'est contenté de déclarer Pierre-Olivier Beckers.

Une nouvelle réorganisation?

Si pour beaucoup d'analystes, il y a davantage de chances de voir émerger une candidature interne, la plupart se demandent en outre si le remplacement du CEO n'est pas le prélude à des changements plus importants dans la structure du groupe lui-même. "Le départ de Monsieur Beckers pourrait alimenter les spéculations sur une scission entre les Etats-Unis et l'Europe dans le futur, en particulier dans le cas où les activités américaines n'afficheraient pas un redressement complet", estime ainsi Patrick Roquas, analyste chez Rabobank.

Il n'est pas le seul à penser qu'un tel scénario, ou à tout le moins une nouvelle réorganisation, soit déjà dans les cartons. Bien entendu, personne n'oserait l'affirmer à ce stade et il faudra probablement attendre le Capital Market Days (CMD), prévu après l'été, pour en apprendre davantage sur la stratégie à long terme du groupe.

Et encore. L'avenir reste décidément très flou dans la mesure où aucun calendrier n'a été fixé en ce qui concerne la nomination du nouveau CEO et qu'on ne sait donc même pas si c'est ce dernier assurera le show au moment du Capital Market Days. À se demander si Delhaize a jamais eu un plan de succession...

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