Carrefour mise sur la blockchain pour mieux interagir avec le client

©Carrefour

D’ici quelques semaines, Carrefour Belgique devrait lancer une plateforme décentralisée permettant aux clients de tracer l’origine de produits grâce à la blockchain. L’enseigne sera la première en Belgique à recourir à cette technologie de stockage et de transmission de données transparente et sécurisée.

Prononcez le mot blockchain, et neuf fois sur dix, votre interlocuteur répondra bitcoin. Cette plateforme technologique, qui permet de stocker et de transmettre des informations sur le web par blocs codés et identifiés par tous les intervenants de la chaîne (un "bloc de chaînes"), est effectivement apparue au lendemain de la crise financière de 2008, au moment du lancement des crypto-monnaies.

Cette base de données, qui n’est pas logée sur un serveur unique, offre des garanties beaucoup plus solides contre le piratage. Et favorise les interactions entre les parties prenantes.

Depuis quelques années, la blockchain s’étend à d’autres créneaux d’activité. Il y a trois semaines, le géant américain IBM annonçait le ralliement du groupe français Carrefour, numéro deux mondial de la distribution, à sa plateforme permettant aux consommateurs de tracer l’origine des produits alimentaires grâce à la blockchain. C’est le premier partenaire européen d’IBM, qui a déjà rallié à sa blockchain les géants américains Walmart et Kroger, ainsi que de gros acteurs de l’agroalimentaire tels que Dole ou Nestlé.

"Avec la blockchain, le client aura accès à des informations complètes et pourra formuler ses remarques."
Pascal Léglise
Directeur responsabilité sociétale chez Carrefour Belgique

En France, Carrefour a commencé à utiliser la blockchain en mars dernier pour permettre à ses clients de connaître l’origine de trois produits (œufs, tomates et poulet d’Auvergne).

Qu’en est-il de la filiale belge? Le passage à la blockchain est imminent. Carrefour Belgique, qui réfléchit à la question depuis un an et demi, est actuellement en pourparlers avec plusieurs partenaires technologiques potentiels. Il devrait sauter le pas dans les semaines qui viennent.

"L’accord avec IBM sur la blockchain ne concerne que quelques pays comme le Brésil, la France ou l’Italie. Si nous pouvons le faire, nous étudierons quelles sont les valeurs ajoutées du logiciel d’IBM par rapport aux autres qui sont sur le marché. Mais la décision n’est pas encore prise", précise Baptiste van Outryve, porte-parole de Carrefour Belgique.

Accès à l’information

Les responsables de l’enseigne belge entendent profiter des atouts de la blockchain pour faciliter l’accès du client à des informations sur la traçabilité et le contrôle des produits qu’il achète au supermarché. Et pour lui donner la possibilité d’interagir.

"Nous appliquons déjà un QR code à tous nos produits de la filière qualité Carrefour qui permet déjà de remonter jusqu’au niveau de l’éleveur. Avec la blockchain, le client aura accès à des informations complètes: Nutriscore, présence d’allergènes…, explique Pascal Léglise, directeur en charge de la responsabilité sociétale. Le client pourra formuler ses remarques. Il lui suffira de scanner le code-barres, de faire une photo et de nous l’envoyer."

En résumé, la blockchain rendra la traçabilité des produits Carrefour plus accessible au consommateur. "Depuis quatre ans, nous avons une solution QR code ‘statique’ permettant d’informer le client sur le concept global d’un produit, par exemple le porc d’antan. Avec la blockchain, nous pourrons dispenser une information complète sur la traçabilité du lot de production et de la ferme ou groupement de fermes d’où il est issu. Chaque fois que vous aurez un nouveau lot de production, le QR code changera sur l’emballage", précise Pascal Léglise.

Donnez votre avis

Il s’agira aussi de faire vivre ce nouveau vecteur d’information, ajoute-t-il. "Son développement passera par l’utilisation qu’en fera le client et par la façon avec laquelle il nous interpellera pour l’améliorer. Nous serons peut-être surpris des retours que nous aurons."

Le risque, c’est qu’en rendant toutes les informations disponibles au consommateur, celui-ci ne se retrouve noyé. "Il faudra donc choisir les informations mises en valeur en fonction du retour des clients, non pas pour cacher des choses, mais pour être sûr que le consommateur continue à les lire", dit Baptiste van Outryve.

Reste à voir si Carrefour Belgique, qui sort d’une restructuration destructrice d’emplois, aura les moyens humains d’assurer la mise en route de la blockchain. "Capter des données et les introduire dans le système, ce n’est jamais que de l’informatique. Le fait d’ajouter une touche ‘donnez votre avis’ peut susciter du travail supplémentaire. Mais quand on a la prétention d’écouter le client, il faut qu’on se donne les moyens de le faire", rétorque Pascal Léglise.

Delhaize et Colruyt en retrait

La technologie blockchain n’en est qu’à ses débuts. Ils sont encore balbutiants. Avec sa plateforme "IBM Food Trust", le géant américain de l’électronique n’a jusqu’ici rallié que trois géants de la distribution (lire ci-contre). Trop cher? Pas nécessairement. Mais le recours à cette technologie de stockage et de transmission de données transparente et sécurisée entraîne des ajustements stratégiques qui ne sont guère évidents à appliquer.

Un rapide sondage auprès des deux grands concurrents belges de Carrefour permet en tout cas de conclure que si la question est à l’étude, elle n’est pas à l’ordre du jour à ce stade.

Chez Delhaize, on reste très discret. L’idée n’est pas écartée d’office, mais le passage à la blockchain n’est pas envisagé avant 2019.

Colruyt, de son côté, étudie "de façon progressive et en toute confidentialité" les possibilités et les avantages de la blockchain. "Nous examinons comment cette technologie peut contribuer à plus de confiance et de transparence dans la filière alimentaire, notamment en ce qui concerne le tracé ‘de la ferme à l’assiette’ pour des catégories de produits très spécifiques", précise une porte-parole du groupe de Hal.

Celle-ci s’abstient de tout autre commentaire. "Nous sommes dans un secteur hyperconcurrentiel."

 

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