"Carrefour n'a pas compris comment le commerce fonctionnait en Belgique"

Myriam Delmée est la vice-présidente du Setca en charge du secteur de la distribution. Elle était déjà au cœur des négociations lors de la restructuration de 2010 chez Carrefour ayant conduit à la suppression de 1.600 postes. ©Photo News

Environ quatre mois après l'annonce par la direction de Carrefour d'un plan de restructuration menaçant 1.233 emplois, "rien n'a pu être engrangé" dans les négociations, a déploré Myriam Delmée, vice-présidente du Setca. Les discussions avec la direction sont au point mort. De nombreux hypermarchés Carrefour sont encore fermés.

800 questions. Depuis janvier dernier et l'annonce de la refonte de son modèle belge, passant par la suppression de jusqu'à 1.233 emplois, la direction de Carrefour explique avoir répondu à 800 questions lors des réunions avec les représentants du personnel. "L'agenda des discussions est fixé par les partenaires sociaux et la direction, ensemble. On nous a demandé de réexpliquer quatre fois la nouvelle organisation et de répondre à 800 questions. Tout cela prend du temps", explique Baptiste van Outryve, porte-parole de Carrefour Belgique.

"La direction vient avec une proposition qui est moins bonne que celle qui a été négociée en 2010 dans de pareilles circonstances."
Myriam Delmée
Setca

De l'autre côté de la table des négociations, on entend dire depuis quelques jours que ces 4 mois de tractations n'ont pas servi à grand-chose. Direction et syndicats se renvoyant la responsabilité du blocage. "Ce qui coince? A peu près tout...", selon Myriam Delmée, vice-présidente du Setca, et invitée ce vendredi dans la matinale de La Première. "De la désinformation totale", a répondu le porte-parole de Carrefour Belgique.

Un plan "voué à l'échec"

Les discussions entre direction et syndicats ont jusqu'ici principalement porté sur l'organisation du travail et sur la transformation de cinq hypermarchés en supermarchés. Sur ce dernier point, "la direction vient avec une proposition qui est moins bonne que celle qui a été négociée en 2010 dans de pareilles circonstances", regrette Myriam Delmée, dénonçant "une stratégie à la petite semaine" de Carrefour qui essaie "de négocier au plus bas pour finalement arriver à la même chose". "Moi j'appelle cela de la provocation, du non-respect des travailleurs, mais en tout cas pas une direction qui veut trouver des solutions."

Sur l'organisation du travail, le "plan de polyactivités" concocté par la direction est voué à l'échec, selon la responsable syndicale. "Quand on laisse traîner les oreilles dans les magasins, on a une série de directeurs qui nous disent que c'est du suicide, ce genre de plan et que cela ne marchera pas." "Je ne suis pas en train de négocier un plan de restructuration pour me dire dans deux, trois ans, on recommence. On en a déjà eu trois, cela doit être le dernier", a encore martelé Myriam Delmée.

Polyvalence et polyactivités

Du côté de la direction de Carrefour Belgique, le son de cloche est très différent. En plus de demander du temps, les patrons du distributeur, qui peinent à être audibles dans le débat, veulent clarifier la notion de polyvalence.

Au sujet du "plan de polyactivités", "cela veut dire que chaque collaborateur a une tâche principale et doit pouvoir aider un collègue dans une autre tâche. Il s'agit d'une autre tâche et pas de cinq autres. Le travailleur a une tâche principale et une tâche secondaire", situe Baptiste van Outryve le porte-parole de l'enseigne.

La direction conteste également les affirmations syndicales selon lesquelles elle n'aurait pas de plan commercial ambitieux et rappelle tout le volet commercial inclus dans le plan de transformation annoncé le 25 janvier.

Un rendez-vous orageux ce mercredi

Direction et syndicats doivent se remettre autour de la table mercredi prochain. Mais l'ambiance sera lourde. 17 hypermarchés Carrefour restent fermés ce samedi en raison d'une grève du personnel, qui proteste ainsi contre le plan de restructuration annoncé au début de l'année. 10 hypermarchés sont fermés en Wallonie (Haine-Saint-Pierre, Gosselies, Angleur, Mons, Soignies, Bierges, Bomerée, Froyennes, Marche, Arlon) trois à Bruxelles (Berchem, Evere, Auderghem) et quatre en Flandre, dont trois en périphérie de la capitale (Drogenbos, Crainhem et Strombeek). La plupart de ces magasins avaient déjà gardé leurs portes closes vendredi.

Et chez Mestdagh?

Tous les magasins intégrés Carrefour Market du groupe Mestdagh ont ouvert leurs portes ce vendredi matin, selon la CSC. Depuis lundi, la plupart de ceux-ci étaient fermés à la suite de la présentation du plan de restructuration visant 450 suppressions d'emplois et une nouvelle organisation du travail.

Bloqués début de semaine également, la centrale et le dépôt, situés à Gosselies (Charleroi), sont de nouveau accessibles après la levée des piquets de grève qui en obstruaient l'accès.

En avril dernier, avant de commencer officiellement les négociations avec les syndicats, la direction de Carrefour avait émis la possibilité de réduire la facture sociale à condition de parvenir à un accord sur la réorganisation avec cet été. Il semble toutefois difficile de rabibocher les deux camps et de retrouver de la sérénité dans les rayons de Carrefour avant le 21 juin.

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