"Cette fusion ne serait pas dans le meilleur intérêt de Carrefour"

Le Canadien Couche-Tard a abordé Carrefour de façon "amicale" pour discuter d'un éventuel rapprochement. ©AFP

Alimentation Couche-Tard a confirmé mercredi avoir récemment présenté une offre non contraignante à Carrefour en vue d'un rapprochement amical, basée sur un prix de 20 euros par action. L'action a grimpé de plus de 13% à 17,54 euros.

Serait-ce le coup d’envoi d’une vague de consolidation dans le secteur de la grande distribution? Une vague transatlantique?

Mardi soir, des discussions menées entre le Canadien Couche-Tard , inconnu au bataillon chez nous, et le groupe français Carrefour ont fuité via l’agence Bloomberg. Dans un communiqué de deux lignes, ce dernier a reconnu avoir été approché "dans une démarche amicale" pour un projet de fusion précisant que les discussions se trouvaient à un stade "très préliminaire". Alimentation Couche-Tard a confirmé mercredi avoir récemment présenté une offre non contraignante à Carrefour en vue d'un rapprochement amical, basée sur un prix de 20 euros par action. Le groupe canadien précise que l'offre serait majoritairement en numéraire et ajoute que les modalités de la transaction font l'objet de discussions. 

Le Canadien deux fois plus gros

Apparemment, le marché a tendance à croire à une publication des bans. Le titre a bondi de 14% en matinée à 17,6 euros avant de réduire légèrement ses gains, mais il est à noter que, depuis cinq ans, il ne fait que s’étioler en bourse avec un plus haut de 26,5 euros début 2016. Sa capitalisation boursière tourne aujourd’hui autour de 12,6 milliards d’euros contre près de 30 milliards pour le Canadien. Une fusion pas vraiment entre égaux... si elle se concrétise.

"Pour justifier un accord de cette taille, la société cible devrait présenter un avantage stratégique 'extrêmement convaincant'."
Peter Sklar
Analyste chez BMO Capital Markets

Pourtant, lorsque l’on examine les forces en présence, cette différence de valorisation peut étonner. Avec 12.225 magasins répartis dans 30 pays, Carrefour a dégagé un chiffre d’affaires de 75 milliards d’euros en 2019 et un bénéfice de 1,3 milliard. Quelque 50% de ses revenus sont issus de l’hexagone.

De son côté, Couche-Tard a généré un chiffre d’affaires de 49 milliards d’euros pour son dernier exercice, au sein duquel les ventes de carburant occupent une place prépondérante. Le bénéfice s’est élevé à 2,1 milliards d’euros. Le distributeur compte 16.000 points de vente dont 9.000 aux Etats-Unis et 2.700 en Europe (Scandinavie, Pologne et Irlande). L’explication de cet écart de valorisation s’explique sans doute par les marges. Pour Couche-Tard, celle de l’ebitda atteint 8% contre 5,9% chez Carrefour.

Intérêt limité

Voilà dressé sommairement le portrait de ces deux fiancés potentiels. Et maintenant la question à un dollar canadien: quelles sont les chances de voir cette union bénite? Disons-le tout net. Ce n’est pas la liesse des grands jours dans la communauté des analystes où l’on garde ses poignées de riz au fond des poches.

20
euros
Citi ne voit pas Carrefour renoncer à son indépendance pour moins de 20 euros par action.

Il y a une utilité stratégique limitée dans le chef de Couche-Tard pour racheter Carrefour, estime BMO. Pour justifier un accord de cette taille, la société cible devrait présenter un avantage stratégique "extrêmement convaincant", souligne Peter Sklar. Il se dit sceptique sur la conclusion d’un deal, Carrefour ayant "intrinsèquement" des marges plus faibles et des taux de croissance plus modestes.

RBC note, de son côté, que Carrefour serait une "bouchée plutôt grosse". En prenant en compte une prime de 30%, Couche-Tard pourrait néanmoins s’offrir le groupe français compte tenu de la qualité de son bilan.

"Deal-maker"

Une fusion et une double cotation ne seraient pas dans le meilleur intérêt de Carrefour, assure Citi avec Couche-Tard tenant les rênes. La banque ne voit pas le groupe français renoncer à son indépendance pour moins de 20 euros par action.

"Il n'existe pas de synergies d'achat intercontinentales dans la distribution alimentaire."
Fabienne Caron
Analyste chez Kepler Cheuvreux

Carrefour est bon marché et son CEO Alexandre Bompard est un "deal-maker", reconnaît Fabienne Caron chez Kepler Cheuvreux. Mais pour elle également, les avantages d’un tel rapprochement sont limités, car il n’existe pas de synergies d’achat intercontinentales dans la distribution alimentaire.

Cela dit, appartenir à un groupe plus grand permettrait à Carrefour de prendre plus rapidement des mesures de restructuration, particulièrement en France, car il serait "moins sous les projecteurs", estime l’analyste.

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