Colruyt mange son pain noir: les trois obstacles à surmonter

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Dans la foulée de ses résultats annuels publiés il y a deux mois, le titre Colruyt a chuté de 28%. Morgan Stanley a identifié trois défis auxquels le groupe doit faire face.

Après une année 2018 en fanfare à la Bourse de Bruxelles désavouant dans les faits les avis de la toute grande majorité des analystes financiers conseillant, en cœur, de se tenir à l’écart de la valeur, Colruyt mange aujourd’hui son pain noir.

La traversée du désert a débuté le 18 juin avec la publication des résultats annuels. Si les bénéfices se sont révélés conformes aux attentes, le marché n’a guère apprécié l’annonce d’une pression plus forte sur les prix attendue pour l’exercice en cours avec comme résultat la plus forte chute de l’action (-15%) depuis son introduction en Bourse en 1977. La baisse s’est poursuivie et elle atteint désormais 28%.

Signe avant-coureur?

En attendant un (éventuel) rebond de l’action, les analystes auront donc finalement vu juste à force de patience et de persévérance. Leur objectif de cours moyen s’élève à 43 euros, soit trois euros de moins que le niveau actuel en Bourse. Il y a moins de trois mois, l’action s’échangeait encore autour de 67 euros...

Faut-il y voir un signe avant-coureur de modification du sentiment général? Si aucun broker n’ose encore conseiller d’acheter l’action, Morgan Stanley a repris sa couverture avec une recommandation à "conserver" et un "target" de 43,4 euros. Maria-Laura Adurno reste toutefois circonspecte, estimant que le rapport risque/bénéfice est peu engageant. En revanche, le niveau du cash flow pourra offrir un soutien au titre.

La menace Jumbo

En résumé, l’analyste identifie trois éléments qui risquent de peser sur l’évolution des affaires de Colruyt.

• Tout d’abord, les fondamentaux du marché en Belgique connaissent des difficultés croissantes. Le nombre de magasins ne cesse de progresser. Jumbo (lire plus bas) entre en Belgique cette année et compte à terme ouvrir quelque 100 de points de vente. Ahold Delhaize, de son côté, a annoncé son intention d’ouvrir une centaine de supermarchés d’ici y trois-quatre ans et Albert Heijn vise 30 à 50 magasins supplémentaires en Flandre dans les prochaines années. En plus de cela, l’augmentation des accises sur l’alcool a provoqué une hausse des achats transfrontaliers des clients belges.

• Ensuite, le numéro deux néerlandais, Jumbo, débarque en Belgique cette année avec trois ouvertures prochaines annoncées en juin dernier. Objectif: une centaine de magasins. À ce stade, on ne sait pas quelle sera sa stratégie et s’il va entrer directement en concurrence avec Colruyt sur les prix, signale l’analyste. Mais si une guerre des prix venait à éclater, la promesse de Colruyt d’être toujours le moins cher pourrait peser sur ses marges.

• Enfin, le manque d’échelle en France où Colruyt exploite actuellement 85 magasins constitue un défi par rapport à ses concurrents. "Nous pensons que la société va devoir s’étendre fortement en termes de réseau de points de vente afin de gagner assez de volume pour les traduire en une progression du résultat opérationnel."

Croissance du dividende

Point positif souligné par Maria-Laura Adurno, Colruyt va générer un cash flow libre d’un peu moins d’un milliard d’euros sur la période 2020-2023. Il pourra servir à une augmentation du dividende et/ou une extension de l’actuel programme de rachats d’actions propres.

Le 25 septembre, le groupe tiendra son assemblée annuelle. On devrait en savoir davantage sur l’évolution de ses ventes sur les premiers mois de son exercice.

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