Des négociations difficiles pour le travail de nuit chez Colruyt

©BELGA

La chaîne de supermarchés Colruyt voudrait que son personnel prépare des colis pour sa clientèle en e-commerce jusqu’à minuit dans ses magasins. Il lui reste encore à s’accorder avec les syndicats.

Actuellement, le dernier qui quitte les magasins Colruyt éteint la lumière à 21h30. Mais les vœux de la direction sont clairs: les néons y fonctionneront bientôt jusqu’à minuit. En instaurant le travail de nuit, le groupe Colruyt entend s’adapter à la croissance de son magasin en ligne Collect & Go, annoncent les journaux SudPresse. En effet, l’entreprise familiale cotée en bourse a vendu pour 370 millions d’euros en marchandises via internet l’année dernière.

Bon nombre des paniers Collect & Go que les clients peuvent enlever auprès des 186 points de collecte proviennent de deux entrepôts situés à Zaventem et Erpe-Mere. Ceux-ci étant à la corde, le personnel de Colruyt emballe également les paquets des clients e-commerce en magasin. Mais ce modèle atteint ses limites. La direction ne veut pas que le personnel affecté à l’emballage perturbe les courses des clients. La solution selon elle? Préparer les colis pendant que les clients ne sont pas là. Un projet-test commencera en janvier. De quatre à cinq personnes dans neuf magasins travailleront par pauses entre cinq heures et minuit. Si l’expérience est concluante, Colruyt étendra la méthode à ses autres magasins.

Quid des syndicats

"Nous sommes compréhensifs envers la direction."
Filip Lembrechts
CGSLB

Mais il faudra d’abord que la direction conclue un accord avec les syndicats. "Nous n’y sommes pas encore", dit Filip Lembrechts de la CGSLB. Car deux sujets divisent les interlocuteurs. D’abord, le bonus obtenu par le personnel travaillant de nuit. La direction souhaite lui verser 30 pour cent de plus. Les syndicats veulent 50 pour cent. Ensuite, les représentants des travailleurs s’inquiètent des horaires. "Nous ne voulons pas d’horaires irréguliers et imprévisibles", avertit Filip Lembrechts. Les syndicats ne veulent pas d'une plage horaire qui aile au-delà de 22 heures.

Ils insistent aussi: une solution sur ces deux points ne résoudra pas tout. "De nombreuses questions-problèmes restent à débattre: la sécurité des travailleurs dans des horaires aussi inconfortables, la création d’emploi, la stabilité des horaires, le réel volontariat pour tous quelle que soit sa fonction, une polyvalence bien cadrée-organisée, des conditions d’embauche attractives, le respect des règles en matière de prestations…" 

Dans un communiqué commun, ils ajoutent que la balle est dans le camp de la direction. 

La menace étrangère

Syndicats et directions se revoient le 11 décembre. "La direction fera une nouvelle proposition", explique le syndicaliste. Selon lui, la plupart des travailleurs soutiennent le projet de travail de nuit. "Ils conçoivent que la vente en ligne de produits alimentaires est très importante pour Colruyt. Nous sommes compréhensifs envers la direction, qui ne veut pas que Colruyt se fasse enlever le pain de la bouche par les acteurs étrangers."

Colruyt entend développer sa branche e-commerce en 2019.

Le travail de nuit n’est pas le seul moyen envisagé: la chaîne proposera aussi la livraison à domicile de marchandises commandées en ligne. Colruyt compte livrer dans les grandes villes dès l’année prochaine. Les concurrents Carrefour et Delhaize se sont mis à la livraison à domicile il y a quelques années déjà.

Le travail de nuit, pas du jour au lendemain
Aux abords de l’été 2017, le gouvernement belge avait pris différentes mesures pour permettre aux entreprises de commerce de détail d’instaurer plus facilement le travail de nuit dans le cadre de l’e-commerce. Mais peu de grandes entreprises y sont parvenues.

Chaussures Torfs a été la première entreprise à franchir le pas. Depuis février 2017, douze personnes travaillent dans ses entrepôts jusque 23 heures, moyennant une prime de 25 pour cent.

Fnac Vanden Borre a été la deuxième grande entreprise à conclure un accord avec les syndicats, en 2017. Le travail de nuit sera une réalité dans les magasins du groupe à partir de l’année prochaine.

IKEA Belgique a aussi su se mettre d’accord avec les syndicats. Les collaborateurs des dépôts et des magasins emballent des colis jusqu’à minuit depuis le début de cette année. Ceux qui travaillent de nuit en semaine reçoivent en contrepartie un bonus de 50%. Les travailleurs de nuit sont payés en double le week-end.

 La chaîne de magasins de sport Decathlon essaie d’introduire le travail de nuit depuis deux ans déjà, sans encore arriver à un accord avec les syndicats. L’entreprise a construit un nouvel entrepôt en Belgique, d’où elle compte approvisionner à la fois les magasins et les boutiques en ligne en Belgique et aux Pays-Bas. Il y a un mois, la direction a menacé de renoncer à ce projet et de déménager le gros des activités e-commerce vers les Pays-Bas. La direction de Decathlon et les syndicats reprendront les discussions en décembre. De part et d’autre, on entend bien parvenir à un accord.

On compte aussi de nombreuses entreprises qui pratiquent le travail de nuit pour l’e-commerce depuis des années. Leur personnel ne travaille pas selon le statut d’une entreprise de détail, mais bien selon celui des entreprises logistiques. Celles-ci peuvent organiser le travail de nuit depuis des années. Ce sont des entreprises comme la marque de sport Nike en Campine et Katoen Natie sur le port d’Anvers.


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