Divisions politiques sur la prépension à 56 ans chez Carrefour

©BELGAIMAGE

Au terme d’âpres discussions, direction et syndicats de Carrefour ont trouvé un compromis sur la restructuration de l’enseigne. Les syndicats s’engagent à défendre le texte. Reste au gouvernement et aux Régions à accepter la mesure.

L’échec des négociations de la semaine dernière avait laissé un goût amer aux interlocuteurs sociaux de Carrefour. Ceux-ci se sont retrouvé autour de la table lundi. En fin de soirée, ils ont fini par trouver un compromis jugé acceptable par les syndicats, qui le défendront devant leur base.

Selon nos informations, des éléments jugés "non négociables" par les syndicats, comme le renoncement à la commission paritaire 312 (grands magasins), ont été retirés du texte final. Le volet social prévoit par ailleurs, pour les candidats au départ volontaire, une prime de départ de 35 % s’ajoutant au préavis légal.

Les départs volontaires se feront en priorité au sein des cinq hypermarchés qui seront transformés en Carrefour Market (Angleur, Genk, Haine-Saint-Pierre, Bruges et Westerlo.

70 % du salaire net

Pour arriver au 1.042 suppressions de postes voulues par la direction - pour rappel, la direction a renoncé à la fermeture des hypermarchés d’Angleur et Genk et assoupli sa position dans quatre autres hypermarchés -, les négociateurs se sont également entendus sur un dispositif de prépension. Celui-ci s’appliquera aux travailleurs âgés d’au moins 56 ans à la date du 25 janvier 2018, jour de l’annonce de la restructuration.

Les salariés concernés recevront une prime complémentaire aux allocations de chômage qui leur permet, selon les calculs de la LBC, le syndicat chrétien flamand, de conserver environ 70 % de leur dernier salaire net.

Pour rappel, le régime de prépension prévoit désormais que les travailleurs concernés restent disponibles sur le marché de l’emploi. 

Les Régions auront leur mot à dire

Les Régions devront donner un avis contraignant sur les prépensions pour les travailleurs âgés de 56 ans, selon le cabinet du ministre de l'Emploi, Kris Peeters. L'octroi d'une prépension par le biais d'une mesure appelée régime de chômage avec complément d'entreprise (RCC) exige un accord du fédéral, mais aussi désormais des Régions, en vertu de la 6ème réforme de l'Etat.

Carrefour étant présent tant en Wallonie qu'en Flandre et à Bruxelles, ces trois Régions auront donc leur mot à dire. Les Régions seront aussi responsables de l'activation de ces prépensionnés. Ils devront rester disponibles sur le marché de l'emploi jusqu'à l'âge de 61 ou 62 ans, a-t-on précisé au cabinet Peeters.  

Dans le rang des partis, la proposition de Carrefour ne fait pas que des adeptes. Pour la N-VA, c'est un "mauvais signal". Le parti demande ainsi au ministre Peeters de ne pas valider la mesure. En Flandre, le ministre de l'Emploi, Philippe Muytens (N-VA) a même appelé le gouvernement fédéral à modifier la loi pour ne plus rendre possible la prépension à 56 ans.     

A Bruxelles, le discours est différent: les Régions n'auront pas voix au chapitre dans le plan social chez Carrefour s'il n'y pas de licenciements secs, affirmé le ministre de l'Emploi Didier Gosuin (DéFI).

 "Je m'étonne de ce débat entre deux formations du gouvernement fédéral. Les Régions sont compétentes pour l'outplacement en cas de licenciements secs. S'il n'y a pas de licenciements secs, elles n'auront pas d'avis contraignant à émettre et seul le Fédéral aura à se prononcer."

Alexander De Croo, vice-Premier ministre, tente de calmer le jeu. Il appelle son collègue fédéral de l'Emploi, Kris Peeters (CD&V), et le ministre flamand Philippe Muyters (N-VA) à ne plus se renvoyer "la patate chaude" et à tout mettre en oeuvre pour accompagner les travailleurs concernés vers un nouvel emploi, à l'heure où certains secteurs connaissent des pénuries de main d'oeuvre.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content