Et si la direction de Camaïeu organisait la faillite de sa filiale belge?

Camaïeu emploie quelque 130 personnes en Belgique. ©Photo News

La direction financière française de Camaïeu demande à ses filiales de faire remonter le cash vers la maison mère. Pour les syndicats, il s'agit tout au plus d'organiser la faillite des filiales et éviter en Belgique la loi Renault.

l'inquiétude du personnel belge des magasins Camaïeu n'est pas récente, mais elle prend de l'ampleur alors qu'un mail de la direction financière du groupe français circule appelant à faire remonter le cash des filiales vers le groupe.

"Dans un contexte tendu et incertain que nous traversons, je vous demande de mettre en place toutes initiatives afin que le cash remonte sur Camint (Camaïeu International, Ndlr) et ne reste pas sur nos filiales", lit-on dans ce mail dont "La Libre Belgique" a pu prendre connaissance.

Pour la CNE le message est clair: en cessation de paiement en France, le groupe organise la faillite de ses filiales belge, luxembourgeoise et suisse.

"L’organisation de la faillite de la filiale belge par la France permettra tout simplement de contourner la loi Renault et donc de ne pas prendre en charge les indemnités."
Jalil Bourhidane
CNE

Cette crainte est partagée par le SETCa. "J'ai eu des informations de mes collègues français qui craignent que Camaïeu, en PRJ en France, déclare la faillite dans les autres pays", ajoute Rita Liebens, du SECTa.

Eviter la loi Renault

Pour Jalil Bourhidane, CNE, l’organisation de la faillite de la filiale belge par la France "permettra tout simplement de contourner la loi Renault et donc de ne pas prendre en charge les indemnités." Appauvrir les filiales pour sauver la maison mère est une pratique courante dans le secteur, rappelle Fabienne Meulemans, SETCa, citant le cas de la faillite de MEXX.

130
Salariés
Camaïeu emploie 130 salariés belges répartis dans 28 magasins.

Le syndicaliste CNE demande donc la nomination d'un mandataire judiciaire et aux autorités de prendre leurs responsabilités pour les 130 salariés des 28 magasins belges du groupe. "Les législations belge et européenne laissent aujourd’hui les multinationales faire ce qu’elles veulent et même d’organiser des 'fausses faillites', nous ne pouvons l’accepter."

La Belgique sans repreneur

Fin mai, Camaïeu France avait été placé en redressement judiciaire. Fin juillet, Camaïeu Belgique avait annoncé aux syndicats qu'il allait aussi demander la PRJ pour se protéger de ses créanciers. À ce jour rien n'a été effectué. Pour Jalil Bourhidane, la raison porte sur l'absence d'une pièce indispensable à la PRJ: les comptes annuels de l'entreprise.

En France, le tribunal de commerce de Lille n'aurait à ce stade retenu que deux candidatures: la Foncière immobilière bordelaise et l'actuel propriétaire, Joannes Soënen. Aucun n'envisage de reprendre l'activité belge.

Jusqu'ici, la direction française n'a pas répondu à notre demande d'informations.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés