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Happy Hours Market, la start-up qui part en guerre contre le gaspillage alimentaire

©Tim Dirven

Deux jeunes Solvay boys ont lancé l’an dernier cette société qui entend lutter contre le gaspillage alimentaire. Après avoir validé leur modèle à Ixelles, ils veulent l’étendre à la Région bruxelloise. Avant de voir plus loin.

Les chiffres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sont implacables. Et ils interpellent Ludovic Libert et Aurélien Marino, deux jeunes entrepreneurs bruxellois. "Chaque année, on produit de quoi nourrir 12 milliards d’êtres humains alors que la terre en compte 7,7 milliards, mais 1 milliard de personnes crèvent encore de faim", s’indigne Aurélien Marino. Et la Belgique n’a pas de quoi être fière selon eux: "On est le deuxième plus mauvais élève européen, on jette à la poubelle 7 tonnes de nourriture par minute", relève Ludovic Libert. Ce sont ces constats qui sont à l’origine de Happy Hours Market, start-up qu’ils ont lancée voici un an et demi. Son but: lutter contre le gaspillage alimentaire dans les grandes surfaces.

Chaque année, on produit de quoi nourrir 12 milliards d’êtres humains mais un milliard de personnes crèvent encore de faim.
Aurélien MParino
Cofondateur de Happy Hours Market

Agé de 28 ans, les deux comparses sont l’exemple type de ces jeunes Solvay boys dont l’avenir semble tout tracé dans de grosses boîtes mais qui, à l’approche de la trentaine, se rendent compte que cet univers formaté ne répond pas à leurs aspirations. "Diplômé en gestion de Solvay, j’ai commencé comme consultant chez Avertim pour l’industrie chimique et pharmaceutique, explique Aurélien Marino. Je me suis rendu compte que cela ne correspondait pas avec mes attentes, je voulais me lancer dans un projet plus en lien avec mes valeurs écologiques, j’ai commencé à me renseigner sur différents secteurs, dont l’alimentaire. J’ai remarqué qu’il présentait de gros dysfonctionnements." Ludovic Libert, lui, a étudié l’économie à Solvay avant de décrocher un master en entrepreneuriat à Vlerick. Il a commencé par un CDD de 6 mois chez Solvay Group tout en planchant en parallèle sur le lancement de Happy Hours Market. "On s’est rencontrés via une connaissance commune qui avait remarqué que nous travaillions tous les deux sur un projet similaire", dit-il.

Vente à moitié prix

Incubée par le programme Start. Lab de Solvay Entrepreneurs, Happy Hours Market ambitionne donc de diminuer le gaspillage alimentaire en récoltant en fin de journée les invendus des grandes surfaces avant de les revendre à moitié prix sur sa plateforme web, puis de distribuer le surplus à des associations caritatives.

Concrètement, Happy Hours Market est parvenu à conclure un partenariat avec le groupe Carrefour pour retirer les invendus de deux de ses magasins Carrefour Market à Ixelles (Boondael et Molière) ainsi qu’avec la boulangerie Grain. Du lundi au vendredi (et bientôt le samedi), son camion frigorifique commence sa ronde à 17h30 pour recueillir, gratuitement, les produits frais invendus: viande, poisson, fruits, légumes, produits laitiers… À partir de 19 h, Happy Hours Market encode les produits sur son site web avant de les mettre en vente, à moitié prix, sur sa plateforme. À partir de 19h30, les consommateurs peuvent passer commande en ligne. à 20 h, le véhicule est stationné à un point de retrait: le lundi, le mardi et le mercredi à l’ULB, le jeudi et le vendredi à l’hôpital d’Ixelles. Là, les clients peuvent venir retirer leurs commandes qu’ils paient en ligne via la plateforme ou en cash.

"C’est le cœur de notre business model, détaille Aurélien Marino. C’est cela qui permet de payer le leasing du camion, les collaborateurs (deux mi-temps, deux étudiants et les deux fondateurs, NDLR) et de dégager un bénéfice pour développer la plateforme." "Le gros avantage pour les magasins, c’est que nous devenons gestionnaires de leurs déchets, embraie Ludovic Libert. La gestion de leurs déchets par des sociétés privées leur coûte 2.000 euros par mois par magasin; nous, nous les récupérons gratuitement avec une simplification opérationnelle, les magasins n’ont rien à faire. En réalité, on fait de la gestion de stock en leur remettant des apports identifiant les produits que l’on récupère de manière trop récurrente. Et nous centralisons la gestion des dons aux associations." Ce qui n’est pas écoulé auprès des consommateurs (environ la moitié des marchandises) est en effet donné à quatre ASBL venant en aide aux étudiants en difficulté, aux ménages désargentés et aux femmes avec enfants ayant subi des violences.

à ce jour, Happy Hours Market compte 5.500 clients inscrits sur son site web. Un millier ont passé commande en neuf mois, le site enregistrant actuellement entre 20 et 30 commandes par jour. La formule attire des étudiants à la fibre écolo, des jeunes travailleurs et des familles qui achètent en grande quantité. Selon le duo d’entrepreneurs, elle permettrait aux familles d’économiser 65 euros et de sauver 2 tonnes de nourriture par mois.

Le système fait penser à TooGoodTogo, plateforme internationale anti-gaspi créée en France en 2016 et qui a essaimé un peu partout en Europe, y compris en Belgique depuis le 1er mars 2018. "Effectivement, reconnaît Ludovic Libert, mais à notre avis, notre formule offre l’avantage que le supermarché ne doit s’occuper de rien, nous dispatchons tout nous-mêmes tant auprès des clients que des associations. En outre, TooGoodToGo propose des paniers surprises: le consommateur ne sait pas exactement ce qu’il achète. Avec Happy Hours Market, le client choisit ses produits. Je pense donc que nous sommes tout à fait complémentaires."

Il n’empêche, la concurrence s’avère rude. En Belgique, TooGoodToGo travaille déjà avec 450 points de vente Carrefour: "Nous représentons 1/6e des dons de TooGoodToGo", assure la porte-parole de Carrefour Belgique, Syrin Stambouli, selon laquelle Happy Hours Market n’a pas encore fait de demande pour étendre son réseau à d’autres magasins à Bruxelles où le groupe compte au total 23 Carrefour Market.

Crowdfunding

Cela ne devrait logiquement pas tarder. "Nous avons validé la formule, notre objectif est de l’étendre à Bruxelles en 2020 avec Carrefour Market mais aussi avec d’autres enseignes", déclarent les deux fondateurs de Happy Hours Market. Le but est d’opérer l’an prochain avec 8 camions et 14 nouveaux collaborateurs à mi-temps et livrer 16 points de retrait. Par après, d’autres grandes villes du pays et des villes universitaires sont dans leur collimateur. Avant, qui sait, une expansion à l’étranger.

Jusqu’ici ils se sont financés eux-mêmes et via leur famille. Ils veulent passer à l’étape suivante. Ils sont occupés à boucler un crowdfunding de 125.000 euros sur la plateforme Lita.co dédiée à l’investissement durable. L’opération se termine le 26 décembre, afin d’être dans les clous du Tax shelter pour start-ups qui offre un abattement fiscal de 45%. à ce jour, 80% du montant a été levé. L’opération sera complétée par un emprunt bancaire d’un montant équivalent.

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