Jour J pour Carrefour

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Le nouveau CEO de Carrefour, Alexandre Bompard, présente ce mardi son plan stratégique pour relancer l’enseigne. La direction de la filiale belge a de son côté convoqué jeudi un conseil d’entreprise extraordinaire. Même si Carrefour n’est pas dans une situation aussi mauvaise que lors de la dernière restructuration en 2010, les travailleurs sont inquiets.

C’est à nouveau l’inquiétude chez Carrefour . On le sait, le nouveau CEO du n°2 mondial de la grande distribution, Alexandre Bompard, présente ce mardi son plan stratégique pour relancer une enseigne en panne de rentabilité. De quoi, déjà, tenir en alerte les 115.000 collaborateurs, dont 11.500 en Belgique. Une dose de stress est venue s’ajouter lundi pour les travailleurs belges avec la convocation pour jeudi après-midi un conseil d’entreprise extraordinaire.

Le porte-parole de la filiale belge, Baptiste van Outryve, est peu loquace. "À cette occasion, nous communiquerons aux travailleurs les dispositions de ce plan qui concernent la Belgique, c’est une manière classique de les informer", indique-t-il. Pour le reste, l’heure est aux supputations. Licenciements? Réorganisation en un modèle "omnicanal"? Fermetures de magasins? Passage en franchise de magasins intégrés?

Le souvenir de 2010

Côté syndical, on n’en sait pas plus. Mais on ne peut s’empêcher de se remémorer ces jours funestes de février 2010, lorsque la direction avait annoncé une vaste restructuration qui s’était terminée par la perte de 1.100 emplois (sans licenciements secs), la fermeture de 12 magasins et le passage en franchise de 16 points de vente via le groupe Mestdagh.

0,3%
En 2017, Carrefour a connu une faible croissance de 0,3% en Belgique, en dessous de l’inflation. Son chiffre d’affaires s’est élevé à 4,375 milliards d’euros.

La ressemblance avec 2010 est en effet assez troublante. À son arrivée, le nouveau CEO de l’époque, Gérard Lavinay, s’était muré dans un long silence avant d’annoncer son plan de restructuration. Huit ans plus tard, le constat est le même. Depuis son intronisation, le nouveau CEO de la filiale belge, Guillaume de Colonges, n’est pas encore sorti de sa réserve. "C’est vrai cela nous rappelle de mauvais souvenirs, se souvient Myriam Delmée, vice-présidente du Setca, en charge de la distribution, mais à l’époque, on s’attendait à des mesures difficiles car Carrefour Belgique ne se portait pas bien du tout. Aujourd’hui, c’est différent: la situation n’est pas brillante mais pas catastrophique non plus." L’an dernier, Carrefour Belgique a encore vu son chiffre d’affaires légèrement croître de 0,3% à 4,375 milliards d’euros, bien en dessous de l’inflation (+ 2,2%), toutefois.

"La procédure est inhabituelle, estime de son côté Delphine Latawiec, permanente pour le secteur commerce à la CNE. Quand le prédécesseur d’Alexandre Bompard, Georges Plassat, était arrivé, il n’avait pas convoqué de conseil d’entreprise. On ne sait donc pas du tout ce que cela cache; peut-être s’agit pour la Belgique d’un changement d’organigramme, d’une nouvelle organisation du travail ou autre." Myriam Delmée juge en tout cas "malsain" ce décalage de deux jours entre l’annonce du CEO du groupe et la communication au personnel belge, source de stress et de rumeurs.

En panne de croissance

Pour Gino Van Ossel, spécialiste de la distribution à la Vlerick School, on ne peut pas non plus comparer 2018 à 2010: "En 2010, la restructuration ne concernait que la Belgique qui allait très mal, cette fois, c’est l’ensemble du groupe qui est concerné", explique-t-il.

L’expert, et il n’est pas le seul, ne semble pas trop croire à une vaste restructuration en Belgique. "La situation de Carrefour en Belgique n’est ni bonne ni mauvaise, explique-t-il. Le nettoyage des magasins déficitaires a été effectué il y a huit ans. On peut encore franchiser quelques points de vente, mais cela me semble compliqué pour les hypers, là où cela va le plus mal."

Plusieurs seraient en effet en perte.

Malgré la promesse de "réenchanter l’hypermarché" proclamé par la direction, la mayonnaise tarde à prendre. Le concept est concurrencé par les enseignes spécialisées (Decathlon, Ikea, Media Markt…) et le commerce électronique. "Le problème est que si on en ferme, cela aura un impact important sur l’emploi et cela entraînera une grosse perte de revenus, puisqu’à eux seuls, les 45 hypers du parc pèsent encore près de la moitié du chiffre d’affaires", poursuit Gino Van Ossel.

Ce dernier évoque plutôt une potentielle réorganisation au niveau du siège, accompagnée d’une perte du pouvoir de décision au profit de la France. "Déjà le fait que le nouveau CEO en Belgique ne s’occupe pas que de la Belgique (il dirige également la Pologne et le Roumanie, NDLR) est révélateur. On peut imaginer un recentrage des achats ou du marketing en France; je songe à la gestion de la carte de fidélité ou des folders comme c’est par exemple le cas chez Albert Heijn." L’heure est donc aux supputations. Réponses ce mardi et dans les 48 heures qui suivent.

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